Détroit d'Ormuz : pourquoi l'Iran brandit l'arme du blocage pétrolier
Alors que l'Iran a annoncé la fermeture « de facto » du détroit d'Ormuz ce samedi 1er mars 2026, en réponse aux frappes américano-israéliennes sur son territoire, le monde retient son souffle. Ce passage maritime stratégique, véritable goulet d'étranglement du commerce pétrolier mondial, devient l'épicentre d'une crise géopolitique majeure aux conséquences économiques potentiellement dévastatrices.
Le détroit d'Ormuz est un bras de mer d'à peine 33 kilomètres de large à son point le plus étroit, situé entre l'Iran au nord et le sultanat d'Oman au sud. Il constitue l'unique voie maritime reliant le golfe Persique à l'océan Indien, et par extension, aux marchés énergétiques mondiaux. Les couloirs de navigation n'y dépassent pas trois kilomètres de large dans chaque direction, rendant le passage particulièrement vulnérable à toute perturbation.
Chaque jour, environ 20 millions de barils de pétrole brut transitent par ces eaux, représentant près de 30 % du commerce maritime mondial de brut. À cela s'ajoute un cinquième des exportations mondiales de gaz naturel liquéfié (GNL), principalement en provenance du Qatar. L'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Koweït et l'Irak dépendent tous de cette artère pour acheminer leur or noir vers l'Asie, l'Europe et les Amériques.
Une arme stratégique entre les mains de Téhéran
Pour l'Iran, le détroit d'Ormuz représente bien plus qu'une simple voie de passage : c'est un levier de pression géopolitique considérable. Téhéran dispose d'un arsenal militaire conséquent pour perturber le trafic maritime. Missiles anti-navires Noor et Qader, capables d'atteindre des cibles à 200 kilomètres, missiles balistiques Fateh-110 et Zelzal, mines sous-marines et flottille de vedettes rapides des Gardiens de la Révolution constituent autant de menaces pour les supertankers qui empruntent ce corridor.
En fermant ou en menaçant de fermer ce passage, l'Iran peut faire pression sur les économies occidentales sans même engager un conflit direct. « Le détroit constitue une carte nucléaire entre les mains de l'Iran », analysent plusieurs experts en géostratégie. Cette capacité de nuisance explique pourquoi Téhéran a toujours refusé de renoncer à cette option, malgré les pressions internationales.
La cinquième flotte américaine, basée à Bahreïn, assure depuis des décennies la liberté de navigation dans le golfe Persique. Mais cette présence militaire n'a jamais totalement dissuadé l'Iran de brandir la menace d'un blocage, notamment lors des pics de tension avec Washington. Les sanctions économiques, les négociations sur le nucléaire iranien et les conflits régionaux ont régulièrement ravivé ce scénario redouté par les marchés.
Les conséquences économiques d'une fermeture
L'annonce de la fermeture « de facto » du détroit par les Gardiens de la Révolution a provoqué une onde de choc immédiate. La compagnie maritime allemande Hapag-Lloyd a suspendu toutes ses traversées, et plus de 150 pétroliers ont jeté l'ancre dans les eaux du Golfe, immobilisés dans l'attente de directives. Les assureurs ont commencé à annuler les polices couvrant les risques de guerre, préparant des hausses tarifaires de 50 %.
JP Morgan estime qu'un blocage prolongé pourrait propulser le baril de pétrole au-delà de 130 dollars, voire atteindre les 200 dollars selon le Financial Times. Une telle flambée des cours affecterait directement les prix à la pompe, le coût du transport et, par ricochet, l'ensemble de l'économie mondiale. La Banque mondiale avait déjà alerté sur ces risques dès 2023.
Des alternatives existent, mais elles restent insuffisantes. Les oléoducs saoudiens et émiratis disposent d'une capacité inutilisée d'environ 2,6 millions de barils par jour, permettant de contourner partiellement le détroit. Mais ce volume ne représente qu'une fraction du trafic habituel. L'embrasement régional actuel, avec des frappes iraniennes touchant le Qatar, les Émirats et le Koweït, complique encore davantage toute solution logistique alternative.
La crise du détroit d'Ormuz illustre la fragilité de l'approvisionnement énergétique mondial, concentré sur quelques points de passage névralgiques. Elle rappelle aussi que dans le grand échiquier géopolitique, le contrôle des routes maritimes demeure un enjeu de puissance aussi ancien que stratégique.