Émeutes à Turin : l'Italie accélère son arsenal sécuritaire avant les JO d'hiver
Plus de 100 policiers blessés, un agent frappé au marteau, des cocktails Molotov lancés sur les forces de l'ordre : les violences survenues à Turin le 31 janvier lors d'une manifestation pro-Askatasuna ont provoqué une onde de choc en Italie. Le gouvernement de Giorgia Meloni en a fait un argument pour accélérer l'adoption d'un décret sécuritaire très contesté, à cinq jours de la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques d'hiver de Milan-Cortina.
Ce samedi-là, entre 15 000 et 50 000 personnes selon les sources avaient convergé vers Turin pour protester contre l'expulsion, le 18 décembre dernier, du centre social Askatasuna. Occupé depuis 1996 par des militants autonomes, ce lieu emblématique de la gauche radicale italienne avait été évacué par la police à la suite d'actions pro-palestiniennes menées contre le quotidien La Stampa.
La manifestation s'est déroulée dans le calme jusqu'à la tombée de la nuit. Des groupes de manifestants masqués ont alors tenté de forcer les cordons policiers dans le quartier de Vanchiglia. Bouteilles, pierres, engins incendiaires artisanaux, mobilier urbain arraché : les affrontements ont été d'une rare violence. Un véhicule blindé de la police a été incendié.
Un policier de 29 ans frappé au marteau
L'image qui a cristallisé l'indignation est celle d'Alessandro Calista, 29 ans, agent de l'unité mobile de Padoue, encerclé par une douzaine de manifestants cagoulés et roué de coups, notamment avec un marteau. Un collègue muni d'un bouclier antiémeute a réussi à l'extraire de la mêlée. Hospitalisé à l'hôpital Molinette de Turin, le policier a été déclaré avec un pronostic de 20 jours d'arrêt.
« Ce n'est ni de la dissidence ni de la protestation : c'est une agression violente visant à cibler l'État et ses représentants », a réagi Giorgia Meloni, qualifiant l'attaque de « tentative d'homicide ». La Première ministre s'est rendue au chevet du policier blessé avant de convoquer une réunion d'urgence sur le paquet sécuritaire en préparation.
Le bilan officiel fait état de 108 membres des forces de l'ordre blessés : 96 policiers, sept agents de la Guardia di Finanza et cinq carabiniers. Trois hommes, âgés de 22, 31 et 35 ans, ont été arrêtés. Angelo Simionato, 22 ans, originaire de la province de Grosseto et soupçonné d'avoir participé à l'agression au marteau, a été assigné à résidence.
Un décret controversé en accélération
Le gouvernement a saisi l'occasion pour accélérer l'adoption d'un décret sécuritaire déjà en gestation. Le vice-Premier ministre Matteo Salvini a réclamé son approbation immédiate, le décrivant comme « le meilleur antidote pour bloquer immédiatement la tentative de l'extrême gauche de ramener la violence dans les rues des villes italiennes ».
Les mesures envisagées comprennent une détention préventive d'au moins 12 heures pour les récidivistes violents, des restrictions sur la vente de couteaux aux mineurs et une extension des protections en matière de légitime défense au-delà des seuls policiers. Ce texte, qui a déjà suscité les critiques de huit rapporteurs spéciaux de l'ONU et du Commissaire aux droits de l'homme du Conseil de l'Europe, doit être examiné en Conseil des ministres.
L'opposition dénonce une instrumentalisation politique. La cheffe du Parti démocrate, Elly Schlein, a condamné les violences tout en questionnant la stratégie sécuritaire du gouvernement. Des participants à la manifestation venaient de France et d'autres pays européens, ce qui alimente les accusations de « terrorisme urbain » formulées par l'exécutif. Le débat s'annonce explosif entre impératifs de sécurité et droit de manifester, alors que l'Italie s'apprête à accueillir le monde entier pour les Jeux olympiques d'hiver dont la cérémonie d'ouverture se tiendra le 6 février à Milan.