Un Français exécuté en Chine après 15 ans dans le couloir de la mort
Chan Thao Phoumy, ressortissant français de 62 ans, a été exécuté ce vendredi 4 avril 2026 à Canton (Guangzhou) pour trafic de drogue, a annoncé le ministère français des Affaires étrangères dans un communiqué exprimant sa « consternation ». L'homme avait été condamné à mort en 2010 par un tribunal chinois après avoir passé cinq ans en détention provisoire suite à son arrestation en 2005.
Né au Laos et naturalisé français, Chan Thao Phoumy avait été arrêté en 2005 dans le cadre d'une vaste opération contre le trafic de méthamphétamine. Les autorités chinoises l'accusaient d'avoir participé à un réseau criminel qui aurait produit jusqu'à huit tonnes de cette drogue synthétique entre 1999 et 2003. Son arrestation avait permis aux forces de l'ordre chinoises de démanteler cinq réseaux transfrontaliers de trafic de stupéfiants et de résoudre 41 affaires liées à la drogue, selon les informations fournies par les autorités de Canton.
Initialement condamné à la prison à vie lors d'un premier jugement, Chan Thao Phoumy avait vu sa peine aggravée en peine capitale en 2010 suite à l'apparition de « nouveaux éléments » dans son dossier. Les détails de ces nouveaux éléments n'ont jamais été rendus publics, alimentant les interrogations sur la transparence du processus judiciaire. Pendant plus de quinze ans, le condamné a vécu dans le couloir de la mort, dans l'attente de son exécution, malgré les multiples interventions diplomatiques françaises.
Un procès contesté par la diplomatie française
Le Quai d'Orsay a vivement déploré que la défense de M. Chan n'ait pas eu accès à la dernière audience du tribunal, dénonçant une « atteinte à ses droits » fondamentaux. Cette irrégularité procédurale soulève des questions sur le respect des standards internationaux en matière de procès équitable. Les autorités françaises ont multiplié les démarches auprès de leurs homologues chinois pour obtenir une mesure de clémence pour raisons humanitaires, notamment en raison de l'âge avancé du condamné et de la durée exceptionnelle de sa détention.
Malgré ces efforts diplomatiques soutenus, menés au plus haut niveau de l'État français, les autorités chinoises ont maintenu leur décision d'exécuter la sentence. L'exécution a été réalisée ce vendredi matin à Canton, marquant l'aboutissement d'une procédure judiciaire qui aura duré plus de deux décennies. La famille de Chan Thao Phoumy, qui avait pu lui rendre visite à plusieurs reprises au cours de ces années, a été informée de l'exécution après qu'elle ait eu lieu.
Cette affaire s'inscrit dans un contexte plus large de tensions diplomatiques autour de la question des droits de l'homme et de la peine de mort entre la France et la Chine. Paris a toujours maintenu une position ferme contre la peine capitale, qu'elle considère comme une violation des droits humains fondamentaux, tandis que Pékin défend sa souveraineté judiciaire et sa politique pénale stricte en matière de trafic de drogue.
La France réaffirme son opposition à la peine de mort
Dans son communiqué officiel publié quelques heures après l'annonce de l'exécution, le ministère des Affaires étrangères a rappelé avec fermeté la position française contre la peine capitale : « La France réitère son opposition à la peine de mort, en tout lieu et en toute circonstance, et appelle à son abolition universelle ». Cette déclaration s'inscrit dans la tradition abolitionniste française, le pays ayant supprimé la guillotine en 1981 sous la présidence de François Mitterrand.
Cette exécution intervient alors que la Chine reste l'un des pays pratiquant le plus la peine de mort dans le monde, notamment pour des crimes liés au trafic de drogue. Bien que Pékin ne publie pas de statistiques officielles sur le nombre d'exécutions annuelles, les organisations de défense des droits humains estiment que des milliers de personnes sont exécutées chaque année en République populaire de Chine, ce qui en fait le premier pays exécuteur au monde.
La législation chinoise prévoit la peine de mort pour plusieurs dizaines d'infractions, dont le trafic de drogue au-delà de certains seuils. Les autorités chinoises justifient cette sévérité par la nécessité de lutter contre le fléau de la drogue et de protéger la société. Cette position reste inflexible malgré les critiques internationales récurrentes et les appels à l'abolition de la part de nombreuses organisations non gouvernementales.
Cette affaire met en lumière les difficultés auxquelles font face les ressortissants étrangers dans le système judiciaire chinois, particulièrement dans les affaires de stupéfiants où la législation est particulièrement sévère et où les marges de manœuvre pour la défense sont limitées. Chan Thao Phoumy devient ainsi l'un des rares citoyens français exécutés en Chine ces dernières décennies, malgré les interventions répétées de la diplomatie parisienne à tous les échelons du pouvoir chinois.
La France continue de plaider pour l'abolition universelle de la peine de mort et demande aux autorités chinoises de garantir un accès équitable à la justice pour tous les prévenus, quelle que soit leur nationalité. Paris rappelle également l'importance du respect des conventions internationales sur les droits de l'homme, auxquelles la Chine est partie prenante, et plaide pour une plus grande transparence des procédures judiciaires dans les affaires impliquant des ressortissants étrangers.