Mal-logement : près de 600 000 Français contraints de vivre chez un proche
Près de 600 000 personnes en France sont contraintes de vivre chez un proche, un ami ou un membre de leur famille faute de pouvoir accéder à un logement autonome. Ce chiffre alarmant, révélé par le 31e rapport de la Fondation pour le Logement des Défavorisés publié le 3 février 2026, met en lumière une forme de précarité souvent invisible mais en constante augmentation.
Cette situation, qualifiée de « facette relativement méconnue du mal-logement » par la Fondation, touche des profils variés : jeunes adultes incapables de quitter le domicile parental, personnes en rupture conjugale contraintes de rester chez leur ex-conjoint, anciens enfants placés sortant de l'aide sociale à l'enfance, ou encore personnes arrivant en exil. Le phénomène a progressé de 15 % en sept ans, passant de 513 000 personnes en 2013 à près de 590 000 aujourd'hui.
« Les hébergés chez un tiers n'ont qu'une angoisse, c'est de se retrouver à la rue », alerte Jean-Baptiste Eyraud, porte-parole de l'association Droit au Logement (DAL). Cette situation représente en effet « la dernière marche avant la rue » pour ces personnes en grande précarité.
Une dépendance qui expose aux abus
La Fondation pour le Logement met en garde contre les risques inhérents à cette forme d'hébergement contraint. Les personnes concernées se trouvent souvent en situation de précarité financière et donc de dépendance vis-à-vis de leur hébergeur. Cette vulnérabilité peut déboucher sur « des abus et des maltraitances physiques, sexuelles ou psychologiques », souligne le rapport.
La précarité étudiante illustre également cette tendance. De plus en plus de jeunes sont contraints de faire des choix entre se nourrir ou se chauffer, alimentant le cercle vicieux de la dépendance au logement familial.
Le phénomène reste difficile à mesurer précisément en raison de « pratiques qui restent en partie sous les radars des appareils de mesure statistiques », reconnaît la Fondation. Multiplication des séparations conjugales, hausse du nombre de familles monoparentales, dégradation du pouvoir d'achat et progression du chômage nourrissent directement ce recours croissant à l'hébergement chez des tiers.
Une crise du logement généralisée
Ce chiffre de 590 000 hébergés contraints s'inscrit dans un contexte de crise profonde du logement en France. Selon le rapport, plus de 4,2 millions de personnes sont aujourd'hui sans logement personnel ou mal logées, auxquelles s'ajoutent 12,3 millions de personnes fragilisées par la crise du secteur.
Le nombre de personnes sans domicile a plus que doublé en quinze ans, passant de 143 000 en 2012 à 350 000 en 2025. Les expulsions locatives ont bondi de 50 % entre 2022 et 2024, passant de 16 200 à 24 500. La demande de logement social atteint un niveau record avec 2,8 millions de demandeurs en attente, tandis que les chances d'obtenir un logement « n'ont jamais été aussi faibles ».
La précarité énergétique touche également de plus en plus de ménages : 35 % d'entre eux ont déclaré avoir eu froid dans leur logement en 2025, contre 30 % l'année précédente. En 2024, 912 personnes sont décédées dans la rue, soit une hausse de 16 % en un an, dont 31 enfants de moins de quatre ans.
Face à cette situation, la Fondation pour le Logement des Défavorisés qualifie l'année 2025 d'« année noire » et pointe « des années d'abandon par l'État ». Elle estime que 400 000 nouveaux logements par an pendant dix ans seraient nécessaires pour résorber la crise. Le gouvernement a pour sa part annoncé un plan « relance logement » promettant 2 millions de logements d'ici 2030, un objectif que beaucoup jugent insuffisant au regard de l'urgence sociale.