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Pascal Boniface, géopolitologue sous pression : agressé en Israël et banni des médias

Fondateur de l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), Pascal Boniface est l'un des géopolitologues français les plus reconnus. Auteur de plus de 70 ouvrages, il paie depuis des années le prix de ses prises de position sur le conflit israélo-palestinien : agressé physiquement à l'aéroport Ben Gourion en 2018, progressivement écarté des grands plateaux télévisés, il refuse pourtant de se taire. Dans un entretien fleuve accordé à la chaîne YouTube « Le Fauteuil », il revient sur son parcours, ses combats et cette liberté d'expression qu'il voit se rétrécir en France.

C'est un homme serein mais lucide qui s'installe face à la caméra. « Très bien... Enfin, très bien quand je vois ce qui se passe dans le monde », lâche Pascal Boniface en guise de préambule, avant d'ajouter que « le spectacle du monde et le spectacle de l'interprétation de ce monde en France, c'est deux raisons de ne pas être très joyeux ». Le ton est donné : le directeur de l'IRIS ne mâche pas ses mots, quitte à en payer le prix fort.

Rien ne prédestinait pourtant ce fils d'un milieu modeste à devenir une figure incontournable de la géopolitique française. Inscrit en fac de droit pour devenir avocat, c'est la rencontre avec le professeur Alain Pellet, spécialiste de droit international, qui change la trajectoire. « C'est vraiment le jeu du hasard et des rencontres », confie-t-il. Sous la protection bienveillante de son mentor, il glisse progressivement du droit vers la science politique, puis vers la géopolitique. « J'avais un peu le sentiment que le droit ne suffisait pas pour expliquer le monde », justifie-t-il.

Mais la fibre politique, elle, est ancienne. Lycéen dans les années 1970, dans le sillage de Mai 68, Pascal Boniface milite au PSU, monte un foyer socio-éducatif, organise des concerts, crée un journal. Le coup d'État au Chili le 11 septembre 1973, la guerre du Vietnam, les luttes pour le droit à l'avortement : autant de combats fondateurs. « La soif de justice, le fait de vouloir être actif, de ne pas se contenter des choses qui existent », résume-t-il quand on l'interroge sur les origines de son engagement.

De la liberté post-68 à la criminalisation des opinions

Pour Boniface, le contraste entre cette époque et la période actuelle est saisissant. « Quand on se mobilisait contre la guerre au Vietnam, on n'était pas susceptible d'être condamné pour apologie du terrorisme comme maintenant », observe-t-il. Il évoque Léo Ferré, dont les textes incendiaires galvanisaient toute une génération : « Là, maintenant, tu vas en tôle si tu chantes ça », lance-t-il avec une pointe d'amertume. L'espace de liberté d'expression s'est considérablement rétréci, selon lui, et la criminalisation de certaines luttes politiques constitue un recul démocratique préoccupant.

Cette réflexion sur les limites du dicible prend une dimension très personnelle dans le parcours de Boniface. En avril 2018, invité par le consulat français à Jérusalem pour donner des conférences, il est violemment pris à partie à son arrivée à l'aéroport Ben Gourion. « Ils m'ont bousculé, ils m'ont craché dessus, ils voulaient me crever les yeux », a-t-il raconté à l'époque. Ses agresseurs l'accusaient d'antisémitisme, une confusion que le géopolitologue ne cesse de dénoncer : critiquer un gouvernement n'est pas haïr un peuple.

Sur les plateaux de télévision français, la sanction est plus feutrée mais tout aussi efficace. Boniface constate qu'il est progressivement devenu persona non grata sur plusieurs chaînes où il intervenait régulièrement. Son dernier ouvrage, Permis de tuer Gaza, a fait l'objet de ce qu'il décrit comme un « boycott total des médias mainstream ». Paradoxe d'une époque : celui qui se voit refuser l'accès aux grands médias touche désormais des centaines de milliers de personnes via les réseaux sociaux et les chaînes YouTube indépendantes.

Géostratégix : la BD comme arme de vulgarisation

Loin de se résigner, Pascal Boniface multiplie les formats pour continuer à informer. Sa bande dessinée Géostratégix : Israël-Palestine, publiée chez Dunod en septembre 2025 avec le dessinateur Tommy, retrace l'histoire du conflit depuis la naissance du sionisme jusqu'au 7 octobre 2023 et ses suites. Un outil pédagogique accessible, salué pour sa rigueur et sa clarté, qui permet d'expliquer les ressorts d'un conflit aux ramifications régionales et internationales majeures.

Au fil de l'entretien, l'homme livre aussi une analyse sans concession de l'autocensure qui, selon lui, gangrène le débat public français. « L'autocensure est bien plus présente que la censure », affirme-t-il, rapportant que de nombreux universitaires, journalistes et responsables politiques lui confient en privé partager ses analyses, sans jamais oser les exprimer publiquement. La preuve, selon lui, que des pressions directes ou indirectes pèsent sur la liberté d'expression dès lors qu'il s'agit du Proche-Orient.

Malgré les attaques et l'ostracisme, Pascal Boniface affiche une fierté intacte. « L'adolescent que j'étais n'aurait pas honte de l'adulte que je suis devenu », confie-t-il avec une émotion contenue. Une phrase qui résonne comme un manifeste : celui d'un intellectuel qui, de la cour du lycée aux couloirs de l'IRIS, n'a jamais renoncé à dire ce qu'il pense, quelles qu'en soient les conséquences.

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