Italie : démantèlement d'un réseau entre l'Algérie, la Sardaigne et la France
La police italienne a annoncé jeudi avoir démantelé un vaste réseau d'immigration clandestine opérant entre l'Algérie, la Sardaigne et la France, dans le cadre de l'opération Phantom. Huit ressortissants algériens, dont le chef présumé de l'organisation, ont été placés en détention provisoire à l'issue d'une enquête menée conjointement par la Polizia di Stato et la division antimafia de Cagliari.
L'enquête, débutée en février 2026, a mobilisé plus d'une centaine de policiers pour exécuter ce coup de filet en Sardaigne. Parmi les huit hommes arrêtés, âgés de 25 à 39 ans, figurent trois passeurs ainsi que le cerveau de l'organisation. Ce dernier, un citoyen algérien demandeur d'asile récemment installé dans la région de Cagliari, orchestrait les traversées clandestines depuis le sud de la Sardaigne.
Les investigations ont permis de reconstituer au moins cinq traversées clandestines parties de la ville algérienne d'El Kala, située au nord-est du pays, vers les côtes méridionales de la Sardaigne. Ces opérations s'effectuaient sur de petits bateaux à moteur pouvant transporter dix à douze migrants. Au total, le réseau aurait permis à 50 à 60 personnes, principalement des Algériens et quelques Tunisiens, de rejoindre illégalement l'Italie avant de poursuivre leur route vers la France.
Une organisation transnationale structurée
L'organisation criminelle déployait une structure complexe reliant trois pays. Depuis El Kala en Algérie, les migrants étaient acheminés vers Cagliari en Sardaigne, puis dirigés vers Marseille dans le sud de la France. Ce type de réseau de passeurs illustre la sophistication croissante des filières d'immigration clandestine en Méditerranée.
Les tarifs pratiqués par les passeurs variaient selon les services proposés et la destination finale. Les enquêteurs ont découvert que l'organisation utilisait des téléphones cryptés et des applications de messagerie sécurisées pour coordonner les traversées et éviter les contrôles policiers. Les migrants étaient logés dans des appartements de Cagliari avant leur transfert vers la France continentale.
Trafic de drogue connexe découvert
Les écoutes téléphoniques et les perquisitions menées dans le cadre de l'opération Phantom ont également révélé un projet distinct et non exécuté de trafic de stupéfiants entre l'Espagne et l'Italie. Ce volet de l'enquête concernait des centaines de kilogrammes de résine de cannabis et de cocaïne, démontrant la polyvalence criminelle du réseau démantelé.
Cette opération s'inscrit dans un contexte de durcissement des politiques migratoires en Méditerranée. Les autorités algériennes ont récemment renforcé leur arsenal législatif contre l'immigration clandestine, tandis que l'Italie intensifie ses opérations de lutte contre les réseaux de passeurs. Les traversées de la Méditerranée centrale demeurent l'une des routes migratoires les plus dangereuses et les plus meurtrières au monde, avec des milliers de disparus chaque année.
Les huit suspects seront présentés devant un juge d'instruction de Cagliari pour répondre d'accusations d'aide à l'entrée et au séjour irréguliers, d'association de malfaiteurs et de trafic d'êtres humains. Ces chefs d'accusation sont passibles de peines de prison pouvant aller jusqu'à quinze ans en Italie. Les autorités françaises et algériennes ont été informées de cette opération et pourraient ouvrir leurs propres enquêtes sur les ramifications du réseau sur leur territoire.