Algérie : quand des chauffeurs VTC deviennent complices de racket et d'agressions
En Algérie, un phénomène inquiétant prend de l'ampleur sur les réseaux sociaux : des passagers de VTC témoignent avoir été victimes de racket, voire d'agressions physiques, après avoir commandé une course via des applications comme InDrive, Yassir ou Heetch. Des vidéos virales, des témoignages glaçants et un vide juridique persistant alimentent un climat de méfiance envers ces plateformes de transport devenues incontournables dans les grandes villes algériennes.
Le scénario se répète avec une régularité alarmante. Un passager commande une course via une application de VTC. Le chauffeur accepte, puis dévie de l'itinéraire prévu. La course se termine dans une zone isolée, où la victime est dépouillée de ses effets personnels sous la menace. Sur TikTok et Instagram, les témoignages se multiplient, souvent filmés en direct par des passagers paniqués, alertant les internautes sur les risques encourus.
Le cas le plus médiatisé reste celui d'une jeune Algéroise qui, en 2025, a filmé son chauffeur InDrive en train d'annoncer au téléphone son intention de l'emmener vers « la forêt de Bouchaoui », un espace vert isolé en périphérie d'Alger. Terrorisée, la passagère a menacé de sauter du véhicule en marche avant de réussir à s'échapper. La vidéo, visionnée des millions de fois, a relancé le débat sur la sécurité des femmes dans les transports en Algérie.
Un vide juridique qui profite aux prédateurs
Le problème de fond réside dans l'absence totale de régulation des applications de VTC en Algérie. Contrairement aux chauffeurs de taxi traditionnels, soumis à une enquête judiciaire et à un agrément délivré par les directions de transport, les conducteurs VTC s'inscrivent en ligne avec un simple registre de commerce. « N'importe qui peut s'inscrire, ces applications ne demandent même pas le casier judiciaire », dénoncent régulièrement les syndicats de taxieurs.
Cette absence de contrôle crée un terreau fertile pour les individus mal intentionnés. Au Maroc voisin, la police de Casablanca a démantelé un réseau criminel qui utilisait précisément l'application InDrive pour piéger des usagers, principalement des femmes. Les malfaiteurs les conduisaient dans des zones isolées à la tombée de la nuit avant de les menacer à l'arme blanche. Deux individus ont été arrêtés, dont un en flagrant délit.
En Algérie, d'autres pratiques abusives, moins violentes mais tout aussi préoccupantes, se banalisent. Certains chauffeurs annulent volontairement plusieurs courses avant d'exiger un supplément au passager piégé. « Un véritable racket des utilisateurs est en train de se mettre en place », alerte un usager de Heetch dans un avis publié sur l'App Store. Des majorations allant jusqu'à 50 % du prix initial de la course sont ainsi imposées, profitant de la vulnérabilité de passagers pressés ou accompagnés d'enfants.
Une régulation attendue pour 2026
Face à la multiplication des incidents, le gouvernement algérien prépare un projet de loi visant à encadrer les plateformes de transport électronique. Le ministre des Transports, Saïd Sayoud, a confirmé que « le projet de loi de régulation des applications de transport électronique se trouve actuellement au secrétariat général du gouvernement » et devrait être présenté prochainement au Parlement. Le texte prévoit notamment des exigences en matière de vérification des antécédents des chauffeurs et de protection des usagers.
Le Syndicat national des transporteurs en taxi (SNTT) ne réclame pas l'interdiction de ces applications, mais exige une « organisation stricte incluant la sécurité et la supervision des conducteurs dangereux ». Une position partagée par de nombreux Algériens qui, malgré les risques, continuent d'utiliser ces services devenus indispensables dans un pays où le transport public reste défaillant.
En attendant cette régulation, les autorités recommandent aux passagers de toujours partager leur trajet en temps réel avec un proche, de privilégier la banquette arrière et de signaler immédiatement tout comportement suspect. Les plateformes, elles, assurent appliquer une « tolérance zéro » envers les chauffeurs indélicats, sans toutefois pouvoir garantir l'absence totale de risques dans un secteur qui échappe encore largement au contrôle de l'État.