sfy39587stp17
Aller au contenu principal

Algérie : au Bac 2026, l'Internet n'est plus coupé dans tout le pays

C'est une rupture avec une pratique vieille de plusieurs années. Depuis le dimanche 7 juin 2026, plus de 876 000 candidats algériens affrontent les épreuves du baccalauréat sans que la connexion Internet soit coupée à l'échelle nationale. Les autorités ont opté cette fois pour un dispositif ciblé, limité aux abords immédiats des centres d'examen, mettant fin à des restrictions générales longtemps décriées pour leur coût économique et social.

Chaque année, le Bac rythmait la vie numérique du pays au prix fort. Pendant les cinq journées d'épreuves, l'accès au web était suspendu sur l'ensemble du territoire afin d'empêcher la diffusion des sujets sur les réseaux sociaux. Cette mesure radicale, devenue presque rituelle, paralysait des pans entiers de l'activité, des banques au commerce en ligne, à mesure que l'économie algérienne se numérisait. La grogne montait d'année en année.

Le ministère de l'Éducation nationale a donc décidé de changer de méthode pour la session 2026. Le ministre Mohamed Seghir Saâdaoui a confirmé que la coupure ne s'appliquerait désormais qu'aux centres d'examen et à leur voisinage immédiat, et uniquement durant les heures d'épreuves. Le blocage des plateformes sociales suit la même logique : il est circonscrit aux zones où se déroulent les compositions, et non plus imposé à tout le pays.

Une coupure ciblée pour préserver l'économie

L'objectif affiché reste inchangé : préserver l'intégrité de l'examen le plus important du calendrier scolaire algérien. Il s'agit d'empêcher tout contact des candidats avec l'extérieur et toute fuite des sujets pendant les épreuves. Mais le moyen, lui, a profondément évolué pour tenir compte des réalités d'un pays de plus en plus connecté.

En restreignant les restrictions au seul périmètre des établissements, les autorités entendent éviter la paralysie des services en ligne. Les citoyens, les entreprises et les administrations peuvent ainsi continuer à travailler normalement, sans subir l'interruption brutale des services bancaires, commerciaux ou logistiques qui caractérisait les précédentes sessions. La continuité économique et administrative est désormais préservée sur l'ensemble du territoire national, un changement salué par de nombreux acteurs.

Cette inflexion répond à des critiques récurrentes. Les organisations professionnelles dénonçaient depuis longtemps les pertes engendrées par ces coupures généralisées, jugées disproportionnées au regard du nombre limité de tentatives de fraude réellement déjouées. « L'impératif est de ne pas porter préjudice aux citoyens et aux entreprises », résume en substance la nouvelle doctrine des pouvoirs publics, soucieux de concilier sécurité et vie numérique.

Un examen national à grande échelle

La session 2026 confirme l'ampleur du défi logistique. Plus de 876 000 candidats sont répartis dans 2 973 centres d'examen à travers le pays, une mobilisation considérable qui illustre le poids symbolique du baccalauréat dans la société algérienne. Le coup d'envoi des épreuves a été donné dimanche, dans un climat plus apaisé que les années précédentes sur le plan de la connectivité.

Le baccalauréat demeure un rendez-vous scruté, où la lutte contre la triche occupe une place centrale. Les coupures générales avaient pourtant montré leurs limites : malgré le black-out, des cas de fraude continuaient d'être signalés, alimentant le débat sur l'efficacité réelle du dispositif. Le pari de 2026 consiste à concentrer les moyens là où le risque est le plus élevé, c'est-à-dire au plus près des salles de composition.

Reste à mesurer, à l'issue des épreuves, si cette approche ciblée parvient à concilier les deux exigences contradictoires qui pèsent sur l'examen : garantir la sincérité des résultats tout en épargnant l'économie nationale. L'enjeu dépasse le seul cadre scolaire. Il touche à la manière dont l'Algérie gère sa transition numérique et arbitre entre sécurité publique et liberté d'accès à Internet. Le secteur éducatif, déjà confronté à de nombreux défis comme la lutte contre l'absentéisme, observe avec attention cette évolution.

Quinze ans après le coup d'envoi de la session 2010, le rituel du Bac a donc changé de visage. Si l'expérience 2026 est jugée concluante, elle pourrait bien sonner la fin définitive des coupures nationales et inspirer d'autres pays de la région confrontés au même dilemme entre sécurité des examens et continuité des services numériques.

sfy39587stp16