Walther PPK, mélodie pour un tueur
Mélodie
Pour un tueur
Nouvelle augmentée
Playlist sur Deezer
https://www.deezer.com/fr/playlist/15065535443
Fabien VIE
Paul est une tueur à gages, drogué au dernier stade.
Il est devenu psychopathe et totalement paranoïaque.
Il a toujours un petit sac en plastique sur lui.
Non pas pour emballer le corps de ses victimes, mais parce qu’il peut avoir d’un coup une crise de spasmophilie, des crises d’angoisse au paroxysme avec l’impression qu’il va crever.
Paul fume joint sur joint pour calmer ses putains d’angoisses qui surgissent sans prévenir ou il prend un petit valium avec un verre de Mezcal lorsqu’il est chez lui à Marseille.
Il a toujours son casque vissé sur la tête.
Il écoute non stop de la musique, du funk, de la soul, de l’électro, parfois du jazz.
La cocaïne et le shit au quotidien lui ont fait perdre toute appétence pour les femmes.
Paul n’a plus eu aucune érection depuis des années.
il n’a plus aucune libido.
Les contrats lui sont proposés via des vidéos éphémères Snapchat. Lorsqu’il accepte, Paul répond en écrivant un commentaire sur une vidéo YouTube postée par l’organisation du crime pour laquelle il travaille.
Paul bute les gens, homme, femme sans sourciller dans le monde entier, jamais d’enfants.
Mais, depuis que ses crises d’angoisse se sont rapprochées, il ne peut plus prendre l'avion, même pour moins de deux heures de vol. Il y a deux ans, sur son dernier vol longue distance, Milan Malpensa - Istanbul, en manque de nicotine et de came, Paul fut à deux doigts d’avoir envie d’étrangler une hôtesse de l’air lorsqu’elle le surpris allumant une clope dans les toilettes.
Il aime le bateau, le train. De rares endroits où Paul dort bien, arrive à faire une nuit. Enfin, là où il peut s’endormir sans trop de difficultés, bercé par le roulis et les cahots.
Paul ouvre les yeux.
Il est allongé sur le sol, habillé, vautré dans sa pisse et le front écrasé dans son vomi.
Il tourne la tête difficilement vers la porte fenêtre du salon.
Il fait jour.
“Fade to grey” de Visage jaillit encore de la baffle.
“Devenir gris”
Tant bien que mal, Paul se relève et se dirige à quatre pattes vers la salle de bain.
Il se met debout en se tenant au lavabo.
Il entre dans la douche à l’italienne tout habillé.
Paul fait couler l’eau et verse directement du gel douche au savon de Marseille parfumé au citron vert sur sa tête.
Il retire un à un ses vêtements qu’il jette par terre, chemise, caleçon, jean, chaussettes.
“Devenir gris”
Au bout de longues minutes, Paul sort de la douche.
Il se regarde dans la glace.
Il a vraiment une sale tronche avec l’arcade sourcilière gauche légèrement tuméfiée, sans doute dû à sa chute sur le sol complètement défoncé.
Il se rase.
Il sort de la salle de bain nu avec juste une serviette de bain autour de la taille.
“Devenir gris”
Il arrête cette putain de musique post-punk “Fade to grey” une extended version. Il n’est plus du tout dans ce mood, de ce son qui le bouleverse.
La table basse du salon et le comptoir de la cuisine américaine sont jonchés de bouteilles vides de vin, de bières, et de Mezcal qu’il adore.
Les cendriers débordent de mégots de clopes et de joints.
Paul nettoie tout.
Il branche son smartphone qui n’a plus de batterie.
Il se fait un grand bol de café expresso soluble d’une grande marque, rien à foutre du café en grains, du bio et il ne sait quel truc de bobo à la con équitable, ramassé à la main par des producteurs locaux en Colombie.
Paul a envie d’une clope, toujours après le café du matin.
Avant, c’était aussi après… à chaque fois qu’il baisait, faisait l’amour.
Cela, c’était avant…
La première bouffée le fait légèrement vaciller.
Ding ding ding !
Son téléphone à peine rechargé crache des notifications.
Paul le prend pour regarder.
“Putain ! 16h36, samedi”, s’exclame-t-il.
Paul était sorti la veille à midi faire l’apéro à la plaine, sur la place, en
terrasse du café qui fait l’angle où il a ses habitudes.
C’est un habitué depuis des années.
Pour le patron, les serveurs, les habitués, il est Monsieur Paul, un personnage insaisissable qui raconte des histoires incroyables, qui peut autant prendre un seul verre que de se mettre à l’envers des heures durant en laissant parfois des pourliches (pourboires) de cent balles, payer des tournées sans compter jusqu’à la fermeture et partir avec la plus belle pouliche du bar.
- 102 perruche (double 51 avec un trait de menthe) avec des glaçons ou rosé piscine aujourd’hui Monsieur Paul ?
- Va pour le 102. J’ai l’âme marseillaise aujourd’hui.
Paul ne se souvient de rien.
Cinq notifications Snapchat sont en attente.
Il ouvre l’application aux messages éphémères.
WAOUW !
Paul a le sourire d’un coup.
Son organisation lui propose de buter Lady Gaga.
Il se marre.
Il buterai cette nase gratos.
Il ne supporte pas sa musique de merde et le personnage.
Immédiatement, Paul confirme le contrat selon le protocole en commentant avec un de ses pseudos sous une des vidéos YouTube de bouffe à la con qui pullulent sur le web par ces mots “Cette recette semble facile. Je vais la faire.”
Paul se sent heureux.
Cela ne lui était pas arrivé depuis une éternité.
Sauf des fois où juste avant d’être ivre et ne plus rien contrôler, Paul danse; où de vieux souvenirs de bonheur pas encore effacés de sa mémoire rejaillissent et l'étreignent tout entier. Ce sont des moments où il se sent en apesanteur.
“Putain ! Je vais buter cette nase de Lady Gaga.
Je vais me faire un rail de dingo et me prendre un verre de Mezcal pour fêter ça.”
Paul vit depuis 10 ans à Marseille, impasse de l’Escalette, à côté de la calanque du même nom. C’est tranquille, personne pour lui casser les couilles. Il se déplace à vélo ou en scout Vespa. Il n’en bouge que pour exécuter ses contrats à travers toute l’Europe et faire la java de malade mental une fois par semaine. Le reste du temps, il fait du vélo comme un ouf, du yoga. Il nage en mer en combi par tous les temps. Il danse en solo sur sa terrasse face à la mer en se défonçant la gueule, la meilleure musique à fond.
Paul ne sait pas qu’il s’agit d’une erreur, qu’il s’agit d’un bugue de l’ia utilisée depuis peu par son organisation et un blanc bec sortit tout droit du M.I.T. (Massachusetts Institute of Technology) persuadé de pouvoir inventer l’eau chaude et pétri de certitudes à la con.
Il fait une recherche Lady Gaga immédiatement sur le web.
La Lady sera à Londres pour un concert dans trois jours pour une œuvre caritative au mythique et emblématique Royal Albert Hall à Kensington en bordure d’Hyde Park. Les plus grands artistes s’y sont produits depuis plus de cent cinquante ans, Verdi, Wagner, Fairuz, Beatles, Rolling Stones, Dylan, Brel, Pink Floyd, Led Zeppelin, Santana, Cure et tant d’autres.
Paul connaît déjà l’adresse d’un fourgue pour acheter un flingue à Londres, son flingue, toujours un Walther PPK avec ou sans silencieux.
Il réserve immédiatement un billet VIP à 15000£ pour le concert et un billet de train en première pour Paris le jour même et un autre pour Le Havre où il prendra le ferry pour Southampton. Le premier est parfait avec un départ gare Saint-Charles à 6h03 qui arrive à 12h30.
La traversée du channel lui prendra sept heures. La gare Southampton central est à moins de vingt minutes à pied. Il y prendra un train pour Londres qui arrive en gare de Waterloo. Rien à foutre du temps passer, il écoute de la musique tout le trajet, fume une clope à chaque arrêt ou sur le pont du ferry et il peut se faire un petit trait de coke tranquillou dans les chiottes quand l’envie s’en fait sentir.
C’est mieux que de prendre l’avion et de péter les plombs.
Après chaque contrat, Paul fait toujours un grand détour sans passer par les grands axes. Il prépare dès à présent son retour qui est parfois une véritable odyssée. Il achète un billet de train pour Newcastle dans le nord et il réserve une cabine dans un ferry qui le conduira jusqu’à Amsterdam. ll réserve une bagnole de location qui le conduira jusqu’à la gare de Bruxelles Midi pour prendre ensuite un train direct pour Marseille.
A chaque étape, Paul change de passeport, d’identité.
Dans la foulée, Paul réserve également sous un faux nom une chambre d’hôtel dans le quartier central au calme qu’il apprécie de Paddington non loin de Hyde park pour deux nuits. Il n’aura qu’à traverser le jardin pour rentrer à son hôtel, une fois qu’il aura buté Lady Gaga.
Ce contrat l’excite.
Paul a le sourire jusqu’aux oreilles.
“Je prends sans hésiter tous les contrats pour buter les nases qui m’insupportent. Putain ! la liste est trop longue.” se dit-il à voix haute en éclatant de rire tout seul de sa propre remarque.
Paul voyage léger.
Il a juste un petit sac de voyage en cuir avec son Ipad, ses recharges, et le strict nécessaire en fringues.
Paul peut-être parfois un dandy.
En arrivant à Waterloo, il se dit qu’il va déposer directement son sac, pour aller s’acheter deux ou trois fringues, puis récupérer son flingue.
Paul se présente devant l’entrée du Royal Albert Hall à 20h.
Il est venu en taxi de Piccadilly.
Paul pense à la liste des plus grands artistes qui se sont produits ici au Royal Albert Hall depuis sa création en 1860… il en a le vertige… Verdi, Wagner, Fairuz, les Beatles, les Rolling Stones, Jacques Brel, Pink Floyd, Hendrix, Cure, et tant d’autres.
Il porte un pantalon zèbre noir et blanc, une chemise noire en soie près du corps, un blouson en peau de lézard marron et des santiags basses.
Paul a putain de look qui ne passe pas inaperçu.
Par réflexe, il penche la tête pour éviter l'œil des caméras de surveillance et le contrôle facial.
Paul pénètre dans le Royal Albert Hall. Il passe tous les contrôles de sécurité en prenant soin de glisser un bifton dans la main ou la poche de chacun des personnels qu’il croise et le fouille. Son flingue, le Walther PPK est fixé à sa cheville droite. Il y a du beau monde ce soir, tout le gratin londonien. Un putain de membre de la famille royale est sans doute présent car il reconnait des membres pas très discret du RaSP (Royalty and Specialist Protection) en charge de leur sécurité de cette famille de dégénérés et du MI5 ((Military Intelligence, Section 5) la sécurité intérieure du territoire britannique.
Paul a ses écouteurs sans fil car il ne veut pas entendre une seule seconde de concert de cette nase de Lady Gaga qui l’insupporte.
La musique au taquet le met toujours en condition.
“Illusion”
Le remix “Just an illusion” d’Imagination tourne en boucle.
Sa concentration est totale.
Paul va buter Lady Gaga.
Lorsqu’elle descendra dans la foule pour danser avec le public après sa prestation scénique, Paul lui logera une bastos dans la tronche sur le son du DJ.
Une heure, pas une seconde de plus de concert, la Gaga est au service minimum. A peine les lumières éteintes, une énorme boule à facette descend au-dessus du public au son du premier beat du DJ Black Coffee qui enflamme le public immédiatement.
Paul retire ses écouteurs. Il adore ce son sur lequel il a dansé des milliers de fois.
Le petit ecsta qu’il avait gobé une heure plus tôt juste avant le concert de la Lady pour se sentir cool lui monte direct au cerveau.
Paul esquisse ses premiers pas de danse.
C’est un danseur né.
Depuis ses trois ans, lorsqu'il entendait de la musique dans la rue avec ses parents, il suffisait à Paul de fermer les yeux pour être traversé par la vibe.
Paul plonge son regard noir perçant dans celui d’une divine afro-asiatique ultra sexy qui se déhanche à chaque beat d’une façon sensuelle incroyable.
Elle est seulement vêtue d’une nuisette.
Ses seins et ses tétons magnifiquement dessinés transparaissent.
Elle transpire le sexe.
Elle lui sourit avec un regard brûlant.
L’effleure.
Un frisson parcourt son corps des pieds à la tête.
Pour la première fois depuis une éternité, Paul ressent une trique colossale.
Paul est happé.
Il oublie tout, absolument tout, cette nase de Lady Gaga, le contrat, la salle de concert, le public, les flics, Londres, le monde.
Il n’y a plus que le beat de ouf et ces paroles qui tournoient dans sa tête…
“Ouh ouh ouh ah hein illusion”
Paul n’a d’yeux que pour elle.
Ils dansent ensemble de plus en plus proches à être collés l’un à l’autre en rythme très sensuellement.
Elle se met sur la pointe des pieds et l’embrasse éperdument.
“Ouh ouh ouh ah hein illusion”
Leurs langues se mélangent.
Ils sont électrisés par l’intensité incroyable de ces baisers torrides.
“Ouh ouh ouh ah hein illusion”
Paul la prend par la main sans lui dire un seul mot.
Il a l’impression que la mer rouge s’ouvre devant eux jusqu’au bar.
Après deux coupes de champagne et trois chupitos de Mezcal pour lui et toujours ces baisers surnaturels, Paul a toujours une érection de l’espace. Cinq ans sans une trique, quand cela revient, c’est cataclysmique. Il l’entraine direct vers les toilettes.
Il veut la baiser sans fard.
La porte battante claque.
Il ferme le loquet.
Il la tourne de dos sans un mot.
Il remonte sa nuisette au-dessus de ses fesses.
Il écarte ses longues fines jambes avec son pied, puis son tanga.
Il la doigte avec le pouce doucement.
Elle est trempée de désir.
“Ouh ouh ouh ah hein, Ouh ouh ouh ah hein illusion”
Avec sa main droite, elle sort son sexe énorme qu’elle fait glisser entre ses doigts.
Cambrée, Paul s’enfonce en elle jusqu’au fond de son âme.
“Ouh ouh ouh ah hein illusion”
Paul ne cesse pas les va-et-vient doucement, puis de plus en plus fort en s’agrippant à son magnifique cul bombé.
“Ouh ouh ouh ah hein illusion”
Elle essaye de se tenir tant bien que mal à la cuvette des chiottes.
A chaque coup plus fort, elle vacille et laisse échapper un cri de jouissance.
Paul la défonce maintenant comme un dingo !
“Ouh ouh ouh ah hein”
“Ouh ouh ouh ah hein”
“Ouh ouh ouh ah hein”
“Ouh ouh ouh ah hein illusion”
“Ouh ouh ouh ah hein illusion”
“Ouh ouh ouh ah hein illusion”
“Ouh ouh ouh ah hein illusion”
Ils ne font plus qu’un dans leur jouissance.
Ils pourraient exploser à chaque seconde et être emportés par cette déflagration orgasmique.
“Ouh ouh ouh ah hein illusion”
A l’instant où Paul va jaillir en elle d’années d'abstinence, son pied droit est écrasé.
“Ouh ouh ouh ah hein illusion”
Paul, d’un réflexe instinctif, cogne de toutes ses forces le type d’un crochet du gauche dans le pif, KO.
“Ouh ouh ouh ah hein illusion”
Paul esquive deux autres molosses qui s'apprêtent à lui tomber dessus à sa gauche.
Il enchaîne uppercut au premier, une droite au second.
“Ouh ouh ouh ah hein illusion”
Ce putain de beat et ces paroles résonnent encore plus fort.
“Ouh ouh ouh ah hein illusion”
Paul attrape son Walther PPK à sa cheville.
Le retour brutal à la réalité lui fait remonté acides, coke, LSD pris pendant près d’une décennie sans demi-mesure, lui brûlant les synapses.
“Ouh ouh ouh ah hein”
“Ouh ouh ouh ah hein”
“Ouh ouh ouh ah hein”
“Ouh ouh ouh ah hein illusion”
“Ouh ouh ouh ah hein illusion”
“Ouh ouh ouh ah hein illusion”
“Ouh ouh ouh ah hein illusion”
Son regard balaye la foule cherchant la Gaga pour la buter.
Paul flingue à tout va.
“Ouh ouh ouh ah hein illusion”
C’est un véritable carnage.
Paul sort un petit sachet de coke pure de la poche intérieure de son blouson en peau de serpent.
Il s’enfile trois grammes sans sourciller dans le nez.
“Ouh ouh ouh ah hein illusion”
Les projecteurs sont braqués sur lui.
Paul recharge son Walther PPK vide.
Il esquisse à nouveau un pas de danse bras levés, flingue en main, prêt à dézinguer tout ce qui bouge.
Les sept agents des deux services de sécurité présents le crible de balles sans sommations.
“Ouh ouh ouh ah hein”
“Ouh ouh ouh ah hein”
“Ouh ouh ouh ah hein”
“Ouh ouh ouh ah hein illusion”
“Ouh ouh ouh ah hein illusion”
“Ouh ouh ouh ah hein illusion”
“Ouh ouh ouh ah hein illusion”
Walther PPK,
Mélodie pour un tueur
Nouvelle augmentée
Playlist Deezer
Fabien Vita
Marseille, Bruxelles
Dédicace à mon ami Nicolas Etheve partie trop tôt