Le baril de pétrole à 115 dollars : un pic choc inédit depuis 2022
Le prix du baril de pétrole vient de franchir la barre symbolique des 115 dollars, un niveau qui n'avait plus été atteint depuis l'invasion de l'Ukraine par la Russie en 2022. Cette flambée spectaculaire, provoquée par le conflit en Iran et le blocage du détroit d'Ormuz, fait craindre une crise énergétique mondiale aux conséquences économiques majeures.
Dans la nuit de dimanche à lundi, les marchés pétroliers ont connu un véritable séisme. Le West Texas Intermediate (WTI), référence américaine, a bondi de plus de 30 % pour atteindre près de 120 dollars le baril. Le Brent, référence internationale, s'est établi autour de 117 dollars. « C'est une hausse inédite en aussi peu de temps », confirment les analystes de Kpler. Depuis le début de l'offensive américano-israélienne contre l'Iran, les cours ont progressé de 70 %.
Le détroit d'Ormuz, passage stratégique par lequel transite quotidiennement environ 15 millions de barils de brut – soit 20 % de la production mondiale –, est désormais quasi impraticable. La menace de missiles et de drones iraniens a contraint les tankers à suspendre leurs traversées. Cette artère vitale pour l'approvisionnement mondial, notamment vers l'Asie, reste paralysée depuis plusieurs jours.
Une production régionale en chute libre
Les répercussions sur la production sont immédiates et massives. En Irak, deuxième producteur de l'OPEP, l'extraction dans les trois principaux champs pétroliers du sud a chuté de 70 %, passant de 4,3 millions de barils par jour à seulement 1,3 million. Le Koweït a également commencé à réduire sa production, tandis que les Émirats arabes unis gèrent leurs capacités offshore pour répondre aux contraintes de stockage. L'offensive américano-israélienne contre l'Iran fait basculer la région dans une zone de danger extrême.
Les Gardiens de la révolution iraniens ont par ailleurs menacé de cibler les installations énergétiques de toute la région. « Le pétrole pourrait atteindre 200 dollars le baril si les États-Unis et Israël poursuivent cette escalade », a averti Téhéran. Homayoun Falakshahi, analyste chez Kpler, estime quant à lui que les cours pourraient grimper jusqu'à 150 dollars d'ici la fin du mois de mars si le passage par le détroit d'Ormuz ne reprend pas.
Les marchés mondiaux sous pression
Les conséquences se font déjà sentir sur les places financières. À Tokyo, le Nikkei 225 a clôturé en baisse de plus de 5 % après avoir plongé de 7 % en début de séance. Le Kospi sud-coréen a reculé de 6 %, tandis que le Hang Seng hongkongais perdait 1,35 %. Aux États-Unis, le prix moyen du gallon d'essence a bondi de 16 % en une semaine pour atteindre 3,45 dollars, selon les données de l'AAA.
Face à cette situation, les ministres des Finances du G7 devraient discuter d'un éventuel recours aux réserves stratégiques de pétrole lors d'une visioconférence prochaine. En France, la ministre déléguée à l'Énergie Maud Bregeon a estimé qu'il était « trop tôt » pour évoquer de nouvelles aides à l'achat de carburant, alors que Emmanuel Macron s'apprête à s'adresser aux Français sur la crise au Moyen-Orient.
Cette envolée des prix du brut survient alors que l'OPEP+ avait annoncé début mars une augmentation modeste de sa production de 206 000 barils par jour, bien insuffisante pour compenser les perturbations actuelles. La communauté internationale retient son souffle face à une crise énergétique qui pourrait redessiner les équilibres économiques mondiaux pour les mois à venir.