Minimum contributif 2026 : ce complément ignoré que des milliers de retraités risquent de perdre
Ils sont des centaines de milliers à y avoir droit sans même le savoir. Le minimum contributif, ce mécanisme méconnu de la retraite de base, permet de compléter les pensions les plus modestes jusqu'à 903,93 euros brut par mois en 2026. Pourtant, faute d'information ou de démarches adaptées, de nombreux assurés passent à côté de plusieurs centaines d'euros chaque mois, parfois à vie.
Depuis le 1er janvier 2026, les montants du minimum contributif (MiCo) ont été revalorisés de 1,18 %, conformément à l'indexation sur le SMIC instaurée par la réforme des retraites de 2023. Concrètement, le MiCo de base s'établit désormais à 756,29 euros brut par mois, tandis que sa version majorée atteint 903,93 euros mensuels pour les assurés justifiant d'au moins 120 trimestres cotisés, soit trente années de travail effectif.
Ce dispositif concerne exclusivement la retraite de base versée par la Cnav ou les Carsat. Il vise les salariés, artisans, commerçants ou agriculteurs ayant cotisé toute leur vie sur de faibles revenus. « Le minimum contributif n'est pas une aide sociale, c'est un droit acquis par le travail », rappelle la Caisse nationale d'assurance vieillesse. Contrairement à l'Aspa (ex-minimum vieillesse), il n'est pas soumis à condition de ressources globales : seul le montant total des pensions de retraite entre en ligne de compte.
Un complément automatique, mais soumis à des conditions strictes
En théorie, le versement du MiCo est automatique dès lors que les conditions sont réunies. Encore faut-il les connaître. La première exigence est de partir à la retraite à taux plein, c'est-à-dire d'avoir validé le nombre de trimestres requis pour sa génération, ou d'avoir atteint l'âge du taux plein automatique (67 ans). La seconde condition porte sur un plafond : l'ensemble des pensions personnelles – base et complémentaires confondues – ne doit pas dépasser 1 410,89 euros brut par mois en 2026. Au-delà, le MiCo est réduit ou supprimé.
C'est là que le piège se referme sur de nombreux retraités. Ceux qui disposent d'une petite complémentaire Agirc-Arrco suffisante pour franchir ce seuil voient leur complément amputé, parfois intégralement. Et ceux qui n'ont pas liquidé l'ensemble de leurs pensions – condition obligatoire – se retrouvent tout simplement exclus du dispositif, sans nécessairement en comprendre la raison.
Le calcul de la majoration ajoute encore un niveau de complexité. La différence entre le MiCo majoré et le MiCo de base (147,64 euros) est attribuée au prorata des trimestres effectivement cotisés par rapport aux trimestres requis. Un assuré ayant validé 162 trimestres dont seulement 128 cotisés percevra ainsi environ 116 euros de majoration, pour un total avoisinant 873 euros mensuels.
Des trimestres manquants, des pertes qui s'accumulent
Le risque le plus grave concerne les carrières incomplètes. Avec 120 trimestres validés au lieu des 172 requis, la garantie minimale fond à environ 533 euros par mois, soit une perte de plus de 222 euros mensuels. Sur vingt ans de retraite, ce manque à gagner représente plus de 53 000 euros. « La double peine est réelle », soulignent les spécialistes : au MiCo réduit s'ajoute une complémentaire Agirc-Arrco elle aussi diminuée, ce régime ne prévoyant aucun montant minimal garanti.
Plusieurs catégories de travailleurs sont particulièrement exposées : les salariés à temps partiel, les indépendants aux revenus modestes, les personnes ayant connu des périodes de chômage non indemnisé, ou encore celles ayant travaillé à l'étranger sans accord de coordination entre régimes. Pour ces dernières, les pensions étrangères viennent gonfler le total des revenus de retraite et peuvent faire sauter le plafond d'éligibilité.
Face à ces risques, des solutions existent. Le rachat de trimestres, dont le coût varie entre 1 055 et 3 973 euros par trimestre selon l'âge et les revenus, permet de compléter sa durée d'assurance. Prolonger son activité de quelques trimestres supplémentaires peut également suffire à basculer du MiCo de base vers le MiCo majoré, avec un gain de près de 150 euros par mois. Il est aussi recommandé de vérifier son relevé de carrière sur le site de l'Assurance retraite pour repérer d'éventuelles anomalies qui pourraient coûter cher au moment de la liquidation.
En définitive, le minimum contributif reste un filet de sécurité essentiel pour les petites retraites. Mais son fonctionnement opaque et ses conditions méconnues en font aussi un droit fragile. À l'heure où les pouvoirs publics promettent une retraite minimale de 1 200 euros pour les carrières complètes, des milliers de Français continuent de passer à côté d'un complément qui pourrait significativement améliorer leur quotidien. Une vérification auprès de sa caisse de retraite peut suffire à éviter cette perte silencieuse.