Rima Hassan : CBD légal, affaire classée sans suite, médias dans la tourmente
Le parquet de Paris a officiellement classé sans suite, le 9 avril 2026, la procédure ouverte pour détention de stupéfiants contre Rima Hassan, eurodéputée de La France insoumise, à la suite de sa garde à vue du 2 avril. L'expertise toxicologique réalisée cinq jours plus tôt avait formellement démontré que la substance découverte dans ses affaires n'était pas un stupéfiant illicite, mais du CBD acheté légalement dans une boutique de Bruxelles. Cette révélation intervient après une vague de publications médiatiques présentant la substance comme de la 3-MMC, une drogue de synthèse illégale en France, soulevant de graves questions sur les fuites judiciaires et la responsabilité des médias.
L'affaire débute le 2 avril 2026, lorsque Rima Hassan est placée en garde à vue par les services de police parisiens dans le cadre d'une enquête pour apologie du terrorisme, liée à des déclarations publiques concernant le conflit israélo-palestinien. Lors de la fouille systématique de ses affaires, les policiers découvrent deux substances. L'une est identifiée visuellement comme pouvant ressembler à du CBD, l'autre comme du 3-MMC, une drogue de synthèse dont la possession est interdite en France depuis 2021. La garde à vue se déroule dans le plus grand secret judiciaire, mais ce secret ne sera pas respecté longtemps.
Dès le lendemain et les jours suivants, des informations issues de la procédure judiciaire en cours commencent à circuler dans les médias. C'est Le Parisien qui publie en premier un article affirmant que des substances stupéfiantes auraient été retrouvées dans les affaires de l'eurodéputée insoumise. L'Agence France-Presse reprend l'information et la diffuse massivement, conduisant de nombreux médias nationaux à publier à leur tour la nouvelle sans vérification indépendante. Sur les chaînes d'information en continu, le sujet est abondamment commenté, parfois avec des raccourcis suggestifs portant atteinte à la présomption d'innocence de la parlementaire.
L'eurodéputée maintient fermement ses déclarations dès sa sortie de garde à vue : il s'agit de CBD, un produit à base de cannabidiol légal, acheté dans une boutique spécialisée à Bruxelles, où sa commercialisation est réglementée et autorisée. Son avocat, Me Vincent Brengarth, dénonce immédiatement des fuites organisées et illégales, destinées selon lui à décrédibiliser sa cliente dans l'espace public avant même que les analyses scientifiques soient rendues. Il annonce son intention de porter plainte pour violation du secret de l'enquête, tandis qu'une conférence de Rima Hassan avait déjà été annulée dans plusieurs universités françaises ces derniers mois.
L'expertise toxicologique donne entièrement raison à Rima Hassan
Le 4 avril 2026, le laboratoire chargé des analyses toxicologiques rend ses résultats. Ils sont sans ambiguïté et contredisent frontalement ce qui avait été diffusé dans la presse. La première substance, présentée lors de la fouille comme pouvant être de la 3-MMC, contient en réalité 82,1 % de CBD. Pas une trace de drogue de synthèse illicite. La seconde substance révèle une teneur de 24,9 % en CBD et seulement 1,04 % de delta-9-THC, un taux conforme à la réglementation européenne pour les produits dérivés du chanvre vendus dans le commerce. Les experts sont formels : aucun stupéfiant illégal n'a été retrouvé dans les affaires de Rima Hassan.
Sur la base de ces résultats, le parquet de Paris annonce officiellement le 9 avril le classement sans suite de la procédure ouverte pour détention de stupéfiants. Le motif retenu est explicite : les investigations « n'ont révélé aucune infraction suffisamment caractérisée ». Pour Me Brengarth, ce classement sans suite constitue une victoire juridique pour sa cliente, mais il ne suffit pas à effacer ce qu'il qualifie de campagne de diffamation orchestrée via des fuites illégales. Le même jour, il confirme le dépôt d'une plainte formelle pour violation du secret de l'enquête et envisage d'autres procédures judiciaires contre les organes de presse ayant diffusé les informations litigieuses.
Fuites judiciaires : médias, parquet et Chancellerie dans la tourmente
La question des fuites judiciaires est au cœur du scandale. Le Canard Enchaîné affirme dans son édition du 9 avril qu'une fuite aurait transité depuis les services de police judiciaire jusqu'à la Chancellerie, soit le ministère de la Justice. Cette révélation provoque une réaction immédiate du ministre Gérald Darmanin, qui saisit l'Inspection générale de la justice pour identifier l'origine des fuites. Le parquet de Paris ouvre de son côté une enquête préliminaire pour violation du secret de l'enquête, une infraction punie en France d'un an d'emprisonnement et de 15 000 euros d'amende.
Le Parisien se retrouve au centre des critiques. Rima Hassan et ses soutiens lui reprochent d'avoir relayé sans vérification des informations issues d'une garde à vue, contribuant à façonner dans l'opinion publique une image négative de l'élue avant même que l'expertise soit rendue. L'article en question était toujours accessible en ligne sans rectificatif au moment où le classement sans suite a été prononcé, une attitude dénoncée comme irresponsable par de nombreux observateurs et journalistes.
Du côté de LFI, la séquence est interprétée comme une tentative délibérée de déstabilisation politique. Les dirigeants du mouvement dénoncent une instrumentalisation de la justice et des médias contre leur parti, dont plusieurs figures ont fait l'objet de procédures judiciaires ces derniers mois. Rima Hassan reste par ailleurs toujours mise en cause dans le volet principal de l'affaire, celui concernant l'apologie du terrorisme, qui n'est nullement affecté par le classement sans suite relatif aux stupéfiants.
L'Arcom, le régulateur de l'audiovisuel public et privé, est interpellé par des parlementaires insoumis qui lui demandent de se prononcer sur la diffusion d'informations judiciaires non vérifiées par des chaînes d'information en continu. L'affaire Rima Hassan relance ainsi un débat fondamental sur la responsabilité éditoriale dans le traitement médiatique des gardes à vue de personnalités politiques, dans un contexte de tensions croissantes entre pouvoir médiatique, institutions judiciaires et opposition parlementaire en France.