Dubaï : des centaines d'animaux abandonnés par des expatriés en fuite
Alors que les tensions géopolitiques au Moyen-Orient s'intensifient, Dubaï fait face à une crise d'abandons d'animaux sans précédent. Des centaines de chiens et de chats sont laissés pour compte par des expatriés qui fuient précipitamment les Émirats arabes unis, suscitant l'indignation des associations de protection animale.
Depuis début mars 2026, les refuges de Dubaï et de la région sont submergés par l'afflux d'animaux abandonnés. L'association K9 Friends Dubai rapporte être "littéralement submergée d'appels concernant des chiens abandonnés". Des photos choquantes circulent sur les réseaux sociaux, montrant des animaux attachés à des lampadaires près de poubelles, attendant en vain le retour de leurs propriétaires. La situation est telle que certains résidents tentant de quitter Dubaï via Oman ont été contraints d'abandonner leurs animaux dans le désert après s'être vu refuser le passage à la frontière avec eux.
Les méthodes d'abandon révèlent une cruauté parfois stupéfiante. Un chat a récemment été découvert dans sa caisse de transport à l'aéroport, son passeport et ses documents de vaccination soigneusement scotchés à la cage. D'autres propriétaires, refusant d'assumer les démarches administratives ou les frais de rapatriement, se sont présentés dans des cliniques vétérinaires pour demander "l'euthanasie de leurs animaux en parfaite santé". La clinique Bubbles Pet Care a exprimé son indignation face à ces demandes qu'elle juge contraires à l'éthique vétérinaire et traumatisantes pour le personnel soignant.
Des procédures administratives jugées trop contraignantes
Selon les témoignages recueillis par les associations, de nombreux expatriés invoquent la lourdeur des démarches pour justifier leurs abandons. Pour entrer dans certains pays européens avec un animal, des tests d'anticorps antirabiques doivent être effectués 30 jours après la vaccination et trois mois avant l'arrivée en France, comme le précise la Fondation Brigitte Bardot. L'entrée à Oman nécessite également des documents spécifiques et des vaccinations, avec des résultats d'analyses prenant deux à trois semaines. Face à l'urgence de la situation sécuritaire, certains préfèrent tout simplement abandonner leurs compagnons.
Des cas médiatisés ont attisé la polémique. L'influenceuse française Maddy Burciaga a ainsi quitté Dubaï pour l'île Maurice avec sa famille, laissant son chien à sa nounou en expliquant que c'était "trop compliqué à cause des papiers". Ces abandons par des personnalités suivies par des millions d'abonnés ont déclenché une vague d'indignation sur les réseaux sociaux. Les groupes de défense des animaux dénoncent une irresponsabilité qui transforme des êtres vivants en objets jetables dès que la situation devient inconfortable.
Les refuges au bord de la saturation
Les structures d'accueil comme K9 Friends Dubai ou le refuge Six Hounds à Al Ain sont désormais saturées. Une source confie recevoir "environ cinq messages par jour" de personnes menaçant d'abandonner leur animal dans la rue si personne ne le prend en charge. Cette situation met les refuges face à des choix déchirants, incapables d'accueillir tous les animaux en détresse. Les bénévoles multiplient les appels aux dons et tentent d'organiser des adoptions internationales pour sauver un maximum de vies.
Ce drame révèle les limites d'une expatriation souvent idéalisée, où les animaux de compagnie sont adoptés comme accessoires d'un mode de vie, puis abandonnés sans état d'âme lorsque les circonstances changent. Les associations appellent à une prise de conscience et réclament des sanctions plus sévères contre les abandons. À Dubaï comme ailleurs, adopter un animal devrait signifier un engagement à vie, quelles que soient les circonstances. Dans l'immédiat, des milliers de chiens et de chats attendent dans les rues et les refuges, victimes silencieuses d'une crise humanitaire qui n'épargne personne, pas même les plus vulnérables.