Casti : ''Maintenant, la balle est dans leur camp !''
Entretien exclusif avec Casti, supporter ultra victime d'un tir de flashball entendu jusqu'à l'Assemblée nationale par la commission parlementaire sur le « maintien de l'ordre républicain ».
Trois semaines après son audition au Palais Bourbon avec toute "l’Assemblée des blessés, des familles et des collectifs contre les violences policières", Florent Castineira, dit Casti, revient avec Médiaterranée sur ce premier épisode parlementaire, ainsi que sur son affaire toujours en cours devant les tribunaux, deux ans et demi après les faits...
Le combat de Justice Pour Casti continue................!!!
Posted by Liberté Pour Les Auditeurs on mercredi 1 avril 2015
Éborgné par un tir de flashball en marge du match MHSC-ASSE, ce supporter Ultra est ensuite devenu un militant actif, notamment auprès du collectif Face aux armes de la police, partie intégrante de « l'Assemblée des blessées ». A l'Assemblée Nationale, il a rappelé devant Noël Mamère, le président de la commission sur le « Maintien de l'ordre Républicain » que « depuis 1995 pour le flashball et depuis 2007 pour le LBD, on compte 36 mutilés ou blessés graves connus » et « un mort ». Et que sur toutes les plaintes judiciaires déposées, « on compte seulement une condamnation de policier contre 36 classements sans suite, non-lieux ou relaxes », ce qui signifie que « l'impunité policière est la règle » :
Le combat de Justice Pour Casti...............Suite !!!A écouter à partir de 4 min
Posted by Liberté Pour Les Auditeurs on jeudi 2 avril 2015
En attendant les conclusions des travaux de cette commission, Casti nous raconte ce qu'il retient de cette expérience, ce qu'il en attend et là où il en est aujourd'hui de sa procédure personnelle. Interview...
Casti, dans quel cadre avez-vous été invité à cette audition parlementaire à l'Assemblée nationale ?
« En novembre dernier, nous, blessés et mutilés de la police et plus précisément du flashball, nous sommes réunis afin de créer ''l'Assemblée des blessés, des familles et des collectifs contre les violences policières''. Cette démarche est née de la souffrance et de la solitude engendrés par le fait de s'être fait tirer dessus par des forces de l'ordre, quelle que soit la situation à l'origine de nos blessures. Qui peux comprendre ce que l'on vit, ce que l'on subit, sinon ceux qui vivent la même chose ? C'est pourquoi nous avons créé cette association et c'est en son nom que nous avons demandé à être auditionnés par la ''Commission d'enquête parlementaire sur les techniques de maintien de l'ordre Républicain''.
Qu'avez-vous dit à cette audition ?
Concrètement, nous avons démontré que c'est l’État qui impose le niveau de violence des conflictualités avec le peuple. En nous tirant dessus, ils proposent la guerre, en leur demandant de poser les armes, nous proposons la paix... Nous avons été victimes d'une politique spéculative qui déshumanise et propage la haine en soumettant un peuple à ces choix par la violence, c'est ce que nous avons voulu dire lors de cette commission où nous avons demandé la suppression totale des flashball et LBD (Lanceurs de Balle de Défense).
Quel est votre sentiment général à l'issue de cette audition et qu'en attendez-vous ?
Maintenant, la balle est dans leur camp ! Nous verrons bien ce qu'il en ressortira et nous espérons que nos demandes soient entendues et appliquées. De notre coté, les objectifs restent les mêmes : se soutenir humainement face à toutes les violences d’État auxquelles nous pouvons être confrontés. Il nous faut faire face à sa violence physique, vivre avec ce choc et il nous faut aussi faire face à la violence médiatique. Car, dans de nombreux médias, nous avons tous été qualifiés de '' violents '', de '' menaçants '', de '' dérangeants '', afin de faire tolérer ces actes à l'opinion publique, et ça marche...
Nous sommes aussi confrontés à une violence juridique. Ceux qui le cherchent le savent, leurs récits sont incohérents et remplis de mensonges... Les procédures sont laborieuses et les policiers sont jusqu'ici quasi-systématiquement blanchis ou alors, récemment, faiblement condamnés... Il y a enfin la violence politique, car ce n'est pas nous en tant qu'individu qui avons été visés mais bien nos modes de vie. Nous sommes des manifestants révoltés, habitants de quartiers dit "sensibles" ou militants d'un football populaire, dans tous les cas, de fait, nous sommes devenus défenseurs des droits fondamentaux que notre Pays de respecte plus...
Au-delà de votre engagement collectif dans cette action, où en êtes-vous de votre affaire personnelle suite au tir de Flashball que vous avez subi ?
Personnellement, je me ''bats'' toujours pour que justice soit faite face à un policier qui nie, encore récemment, les faits, comme si j'avais été éborgné par magie, ils s'enferment dans leur mensonge, un grand mensonge qui prend des formes multiples, la vérité sortira un jour... Un face à face devant la vidéo devrait arriver dans les prochains mois, mais le juge d'Instruction vient de changer pour la seconde fois, ce qui repousse encore la fin de cette histoire et ne me permet toujours pas de tourner cette page... Aujourd'hui, je me reconstruis grâce à mon groupe et mes amis, j'ai pas mal de projets à concrétiser, autour du stade et du football en général, de la musique et même de la pétanque ! J'apprends à aimer la vie, à ne pas confondre la rage et la haine... J'avance déterminé comme José Bové dans un champ de maïs ! »
Propos recueillis par N.E
Pour aller plus loin !
Pour voir la vidéo intégrale des auditions parlementaires tenues le 19 mars par la commission « maintien de l'ordre républicain », cliquez sur le lien ici.