Visite de Nuñez à Alger : l'Algérie et la France sur le chemin du dégel
Le ministre français de l'Intérieur Laurent Nuñez est attendu à Alger les 16 et 17 février pour une visite officielle qui pourrait marquer un tournant dans les relations franco-algériennes. Après près de deux ans de gel diplomatique, ponctués de crises consulaires, d'expulsions de diplomates et du dossier brûlant du journaliste Christophe Gleizes, Paris et Alger semblent enfin prêts à renouer le dialogue. En parallèle, l'activisme du patronat français, le MEDEF, auprès de l'ambassadeur de France à Alger confirme que les signaux de détente se multiplient des deux côtés de la Méditerranée.
C'est une visite que les chancelleries des deux rives attendaient depuis des mois. Laurent Nuñez, qui a succédé à Bruno Retailleau au ministère de l'Intérieur, se rendra à Alger lundi et mardi prochains pour rencontrer son homologue algérien Saïd Sayoud. Les deux hommes se sont longuement entretenus par téléphone le 12 février pour préparer ce déplacement, le premier d'un ministre de l'Intérieur français en Algérie depuis la visite de Gérald Darmanin fin 2022.
L'ordre du jour est chargé. La question des Obligations de quitter le territoire français (OQTF) figure en tête des discussions. Paris réclame depuis des mois la reprise effective des réadmissions de ressortissants algériens en situation irrégulière, un dossier qui empoisonne les relations bilatérales. La coopération en matière de lutte contre le terrorisme et le narcotrafic sera également au menu, tout comme plusieurs dossiers judiciaires sensibles, dont des demandes d'extradition croisées.
L'affaire Gleizes, épine persistante du rapprochement
Le cas du journaliste sportif Christophe Gleizes reste l'un des points les plus délicats de cette reprise de contact. Arrêté en mai 2024 en Algérie et condamné à sept ans de prison pour « apologie du terrorisme », le Français est devenu malgré lui un symbole des tensions entre les deux pays. Quelques jours avant la visite de Nuñez, l'ancienne ministre socialiste Ségolène Royal, présidente de l'association d'amitié France-Algérie, s'est rendue à Alger où elle a obtenu l'autorisation de rendre visite au détenu et a été reçue par le président Tebboune. Elle a affirmé avoir « obtenu son transfert vers Alger », un geste interprété comme un signal d'apaisement de la part des autorités algériennes.
Initialement, Paris avait conditionné la visite de Nuñez à des avancées concrètes sur le dossier Gleizes et sur la reprise des réadmissions. Mais face au refus catégorique d'Alger d'accepter des préalables, le ministre a finalement choisi de se rendre en Algérie sans conditions. Un pragmatisme qui traduit la volonté française de ne pas laisser passer cette fenêtre de dialogue.
Le MEDEF en éclaireur économique
Au-delà du volet sécuritaire, c'est le front économique qui donne la mesure du réchauffement en cours. Le MEDEF a annoncé ces derniers jours une rencontre avec l'ambassadeur de France en Algérie, Stéphane Romatet, celui-là même qui, en janvier dernier, avait publiquement appelé au dégel des relations bilatérales en 2026. Le patronat français prépare une mission économique à Alger, signe que les milieux d'affaires parient sur une normalisation prochaine.
Le choix de Laurent Nuñez pour cette mission diplomatique n'est pas anodin. L'ancien préfet de police de Paris, réputé pour son profil discret et sa maîtrise des dossiers sécuritaires, offre un contraste saisissant avec son prédécesseur Bruno Retailleau, dont les déclarations musclées sur l'immigration avaient contribué à envenimer la crise. En héritant de ce portefeuille explosif, Nuñez incarne un changement de ton que les Algériens semblent disposés à entendre.
La crise franco-algérienne, rappelons-le, trouve ses racines dans la reconnaissance par Emmanuel Macron de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental à l'été 2024. Depuis, les incidents se sont enchaînés : enlèvement d'un influenceur algérien opposant au régime en avril 2024, mise en examen d'un agent consulaire algérien en France en avril 2025, puis expulsion de douze agents de l'ambassade française à Alger. La coopération sécuritaire avait été brutalement interrompue, privant Paris de relais stratégiques dans un Sahel où la Russie et la Turquie ont considérablement renforcé leur présence.
La visite des 16 et 17 février ne réglera pas, à elle seule, l'ensemble de ces contentieux. Mais elle pourrait poser les jalons d'une désescalade durable, à condition que les deux parties acceptent de traiter les dossiers sensibles avec patience et discrétion. La députée Sabrina Sebaihi a noté des « indicateurs de désescalade » émanant des deux capitales. Reste à transformer ces signaux en actes concrets.