Nancy-Grenoble : des sièges piégés avec des fumigènes, une première en France
Le match de la 24e journée de Ligue 2 entre l'AS Nancy Lorraine et le Grenoble Foot 38, disputé vendredi 20 février au stade Marcel-Picot, a été le théâtre d'un incident sans précédent dans le football français. Des ultras nancéiens ont dissimulé une quinzaine de fumigènes sous les sièges du parcage visiteur, déclenchés à distance en pleine rencontre. Un acte de sabotage inédit qui a provoqué l'interruption du match pendant près de cinquante minutes et qui soulève de graves interrogations sur la sécurité dans les enceintes sportives.
La soirée avait pourtant débuté dans un calme relatif à Marcel-Picot. Mais dès le début de la première mi-temps, un épais nuage de fumée rouge a soudainement envahi le parcage réservé aux supporters grenoblois. La scène s'est répétée en seconde période, à la 59e minute, provoquant une interruption de la rencontre qui allait durer près de cinquante minutes.
Selon les informations d'ICI Lorraine, le stratagème avait été minutieusement préparé. Les membres du groupe ultra nancéien « Saturday » avaient dissimulé une quinzaine de pots de fumée sous les sièges du parcage visiteur avant l'arrivée des supporters grenoblois. Chaque engin était relié à un boîtier d'activation à distance, permettant leur déclenchement depuis une autre tribune du stade. Des bombes agricoles ont également été utilisées. « C'est une première totalement inédite en France », ont souligné plusieurs observateurs.
Un piège pour faire accuser les Grenoblois
L'objectif des ultras nancéiens était aussi cynique qu'ingénieux : faire croire que les fumigènes provenaient des supporters visiteurs afin de provoquer l'arrêt définitif du match et faire sanctionner le GF38. Mais le stratagème a rapidement été éventé. Les supporters grenoblois, découvrant les engins sous leurs sièges, ont allumé les pots restants qui n'avaient pas encore été déclenchés, ajoutant à la confusion générale.
Une commission de sécurité a été immédiatement réunie, rassemblant les directions des deux clubs, des représentants de la préfecture de Meurthe-et-Moselle, l'arbitre et le délégué de la rencontre. Après de longues délibérations, les différentes parties ont conclu que les conditions de sécurité permettaient la reprise du match. Le chronomètre affichait alors la 90e minute plus 24 minutes de temps additionnel lorsque le jeu a finalement repris.
La rencontre s'est achevée sur un triste 0-0, dans une atmosphère devenue irrespirable. L'expulsion de Yadaly Diaby à la 69e minute n'a rien changé au scénario d'un match devenu anecdotique au regard des événements qui l'ont entouré. Des portes ont été forcées, des affrontements entre les deux groupes de supporters ont éclaté et un stadier a été blessé au mollet par un jet de pétard, nécessitant l'intervention du Samu. Au moment de quitter le stade, le bus des joueurs grenoblois a été caillassé.
Des sanctions lourdes en perspective
« On a franchi un cap inacceptable et on réfléchit à porter plainte », a déclaré Max Marty, directeur général du GF38, évoquant « une forme de sidération » face à cet acte. « Il aurait pu y avoir des blessés », a-t-il ajouté, mesurant la gravité de l'incident.
Du côté nancéien, le club a réagi par un communiqué publié le 21 février dans lequel les propriétaires Krishen Sud et Chien Lee affirment condamner « avec la plus grande fermeté » ces débordements et assurent que « toute la lumière sera faite sur les circonstances précises de ces événements ». L'ASNL a annoncé son intention de porter plainte et de tenter d'identifier les auteurs pour prononcer des interdictions de stade.
La situation est d'autant plus préoccupante que Nancy avait déjà disputé quatre matchs à huis clos en début de saison pour des incidents liés à des fumigènes lors de la saison précédente en National. Le club est encore sous le coup d'un sursis portant sur la fermeture de la tribune Piantoni pour un match. La commission de discipline de la Ligue de football professionnel, qui devait se réunir mercredi, pourrait infliger des sanctions particulièrement sévères, alors qu'il ne reste que cinq matchs à domicile à disputer cette saison.
Cette rivalité entre Nancéiens et Grenoblois, née du vol réciproque de banderoles il y a plusieurs années, a franchi un nouveau palier. En 2024, trois supporters toulousains avaient écopé de 18 mois d'interdiction de stade et de 10 000 euros d'amende pour des faits comparables, bien que le dispositif ait été découvert avant le coup d'envoi. L'affaire de hooliganisme dans le football français prend ici une dimension nouvelle, où la technologie se met au service de la nuisance. Le football, comme le rappelait Max Marty, « est hélas un reflet de la société, mais il faut absolument empêcher certains de faire n'importe quoi dans les stades ».