Pétrole iranien : Washington lève temporairement les sanctions face à la flambée des prix
Face à l'envolée des cours du brut au-delà de 112 dollars le baril, l'administration Trump a annoncé vendredi 20 mars une suspension temporaire des sanctions sur le pétrole iranien déjà chargé en mer. Une mesure d'urgence qui contraste singulièrement avec le discours officiel proclamant l'Iran « totalement vaincu ».
Le département du Trésor américain a émis une licence générale autorisant la vente de pétrole brut iranien et de produits pétroliers chargés sur des navires au 20 mars. Cette autorisation, valable jusqu'au 19 avril 2026, concerne environ 140 millions de barils – l'équivalent d'un jour et demi de consommation mondiale de pétrole, selon l'Agence américaine d'information sur l'énergie.
« Nous utiliserons les barils iraniens contre Téhéran pour maintenir les prix bas », a déclaré Scott Bessent, secrétaire au Trésor, sur le réseau social X. Le responsable a précisé que cette mesure vise à soulager les pressions temporaires sur l'approvisionnement causées par le conflit.
Une troisième dérogation en deux semaines
Cette décision marque la troisième fois en à peine quinze jours que Washington lève temporairement des sanctions pétrolières visant ses adversaires. L'administration a également suspendu le Jones Act, assoupli certaines réglementations maritimes et temporairement levé les sanctions sur le pétrole russe. Le baril de Brent a clôturé vendredi à 112,19 dollars, son niveau le plus élevé depuis le début des hostilités.
La licence couvre également les services connexes tels que la gestion des équipages, les assurances et l'accostage, et s'applique au pétrole transporté sur des navires précédemment sanctionnés. Le Trésor insiste néanmoins sur le caractère « strictement limité » de cette autorisation, qui ne permet pas de nouveaux achats ni de nouvelle production iranienne.
Le paradoxe d'une « victoire totale »
Cette mesure intervient alors que Donald Trump répète que l'Iran serait « totalement vaincu » et que son appareil militaire aurait été « écrasé ». Pourtant, le Pentagone reconnaît que Téhéran conserve d'importantes capacités de nuisance, notamment le blocus de facto du détroit d'Ormuz par lequel transite environ un cinquième du pétrole mondial.
Pour les analystes, cette dérogation révèle les contraintes réelles pesant sur Washington : hausse des prix à la pompe aux États-Unis, pression des alliés européens et asiatiques, et crainte d'une récession mondiale en pleine année électorale. La flambée historique de 35 % du baril en une semaine début mars avait déjà contraint la Réserve fédérale à suspendre toute perspective de baisse des taux.
Scott Bessent a rejeté les critiques estimant que cette mesure profiterait à Téhéran, affirmant que l'Iran aurait des difficultés à accéder aux revenus générés en raison des restrictions financières maintenues. Une rhétorique qui peine toutefois à masquer l'évidence : trois semaines après le début des frappes, l'économie de guerre pèse lourdement sur les États-Unis eux-mêmes.
Le G7, réuni en urgence, envisage désormais de puiser dans ses réserves stratégiques pour tenter de stabiliser les marchés. Une option qui témoigne de l'ampleur de la crise énergétique déclenchée par ce conflit dont l'issue apparaît chaque jour plus incertaine.