Fausse convocation de la Brigade des Mineurs : anatomie d'une arnaque redoutable
Depuis l'été 2020, une escroquerie par courriel particulièrement insidieuse touche des milliers de Français. Les victimes reçoivent un message prétendument envoyé par la « Brigade de Protection des Mineurs », les accusant de pédopornographie ou d'exhibitionnisme. Derrière cette mise en scène anxiogène se cache un mécanisme d'extorsion bien rodé, qui continue de piéger de nouvelles cibles en 2026. Décryptage.
Le scénario est toujours le même. Un courriel arrive dans votre boîte de réception, arborant des logos officiels et une mise en page soignée. Le message, signé par un prétendu « Commissaire Divisionnaire, Chef de la Brigade de Protection des Mineurs », affirme qu'une enquête de « Cyber-infiltration » a révélé votre implication dans des infractions graves sur des mineurs. Le ton est péremptoire, les termes juridiques abondent, et un délai de 24 à 72 heures vous est imposé pour répondre, sous peine d'un mandat d'arrêt.
L'objectif est limpide : « sidérer la victime par la gravité des accusations pour court-circuiter toute réflexion rationnelle », résume le site spécialisé DPO Partage. Si le destinataire répond, l'escroc engage alors un échange direct et propose de « classer l'affaire » moyennant le paiement d'une amende de plusieurs milliers d'euros. Une transaction qui, bien évidemment, n'a aucune valeur légale.
Trois indices qui trahissent la supercherie
Premier signal d'alerte : l'institution mentionnée n'existe pas. Le courriel évoque une « Direction centrale de la brigade de police pour la protection des Mineurs », une appellation purement fictive. La véritable structure, la Brigade de Protection des Mineurs (BPM), est rattachée à la Direction régionale de la Police judiciaire de Paris et n'a aucune « Direction centrale » portant ce nom.
Deuxième indice : les versions récentes du message sont signées « Adjoint au Major Général Christophe Marietti ». Or Christophe Marietti est un général de corps d'armée de la Gendarmerie nationale. La Gendarmerie et la Police nationale étant deux institutions distinctes, un officier général de la Gendarmerie ne saurait signer de convocations au nom d'une brigade de police. Ce mélange des structures est un marqueur flagrant de fraude.
Troisième élément révélateur : l'adresse de réponse. Les escrocs utilisent des adresses de type « [email protected] ». Or aucune administration française ne communique via Gmail, Hotmail ou Yahoo. Les courriels officiels du ministère de l'Intérieur se terminent systématiquement par @interieur.gouv.fr. « Si ce n'est pas le cas, il s'agit d'un mail frauduleux », rappelle la plateforme gouvernementale Cybermalveillance.gouv.fr.
Que faire si vous recevez ce message ?
Le ministère de l'Intérieur est catégorique : « Les services du ministère n'envoient jamais de courriel pour procéder à des auditions. Les infractions mentionnées dans cette pseudo-convocation ne font jamais l'objet de transaction. » En France, une convocation judiciaire est toujours adressée par courrier postal recommandé avec accusé de réception, jamais par simple courriel.
Si vous recevez un tel message, ne répondez sous aucun prétexte, ne cliquez sur aucun lien et supprimez immédiatement le courriel. Il est recommandé de le signaler à l'adresse officielle de l'OCLCTIC : [email protected], ou sur la plateforme Signal-Arnaques. Le tchat du site moncommissariat.interieur.gouv.fr est également disponible 24 heures sur 24 pour orienter les victimes potentielles.
Si vous avez malheureusement déjà répondu ou effectué un paiement, déposez plainte sans délai au commissariat ou à la brigade de gendarmerie la plus proche. Contactez également votre banque en urgence, muni de la preuve de votre dépôt de plainte, afin de tenter d'obtenir un remboursement. Le numéro Info Escroqueries, 0 805 805 817, est joignable en semaine de 9 heures à 18 h 30. L'association France Victimes, au 116 006, propose un accompagnement gratuit sept jours sur sept.
Cette arnaque, qui exploite la peur et la honte pour neutraliser l'esprit critique de ses cibles, est un rappel que la vigilance numérique doit rester un réflexe quotidien. Comme pour l'arnaque à la carte Vitale ou les nouvelles arnaques téléphoniques, la règle d'or reste inchangée : aucune institution publique ne vous demandera jamais de payer par courriel.