L'Iran déploie des missiles à sous-munitions inédits contre Israël
Depuis le début du conflit ouvert entre l'Iran et Israël fin février 2026, Téhéran a recours à une arme redoutable : les missiles balistiques équipés d'ogives à sous-munitions. Cette technologie, qui permet de contourner le système de défense antimissile israélien, a déjà fait plusieurs victimes civiles et représente un défi stratégique majeur pour l'État hébreu.
Le 18 mars dernier, l'Iran a lancé une nouvelle salve de missiles à ogives multiples visant le centre d'Israël, en représailles à l'assassinat de deux hauts responsables sécuritaires iraniens. Selon les autorités militaires israéliennes, environ la moitié des missiles balistiques tirés depuis le début de la guerre au Moyen-Orient sont équipés de ces charges à fragmentation.
Le principe de ces armes est aussi simple qu'efficace : la tête du missile s'ouvre à haute altitude, entre 7 et 10 kilomètres du sol, libérant des dizaines de petites bombes qui s'éparpillent sur une zone de plusieurs kilomètres. Chaque sous-munition contient entre 2,5 et 5 kilogrammes d'explosifs et explose à l'impact. « C'est un mécanisme pour contourner la défense active antimissile », explique Tal Inbar, expert en missiles qui conseille des entreprises de défense israéliennes.
Le missile Khorramshahr, l'arme la plus redoutée
Si la plupart des missiles balistiques iraniens transportent environ 24 bombelettes, le Khorramshahr peut en embarquer jusqu'à 80, selon les experts. Une analyse de CNN portant sur deux attaques distinctes a confirmé des impacts répartis sur des zones de 11 à 13 kilomètres de diamètre, touchant indistinctement habitations, commerces, routes et espaces verts.
Les conséquences humaines sont dramatiques. Le 1er mars, une frappe sur un quartier résidentiel de Beit Shemesh a tué neuf civils israéliens. Plus récemment, deux ouvriers du bâtiment ont péri à Yehud, en banlieue de Tel Aviv, alors qu'ils se trouvaient sur un chantier sans protection. Le 21 mars, l'attaque sur Arad et Dimona a blessé au moins 180 personnes. Au total, depuis le début du conflit le 28 février, plus de 4 500 blessés ont été recensés en Israël.
Le système Iron Dome, pourtant réputé l'un des plus performants au monde, peine à intercepter ces projectiles. « Les concepteurs iraniens ont probablement opté pour une dispersion à haute altitude afin de minimiser les chances d'interception au sol », analyse N.R. Jenzen-Jones, expert en munitions et directeur d'Armament Research Services. Même lorsqu'un missile est intercepté, les bombelettes peuvent déjà avoir été libérées.
Une stratégie d'usure psychologique
Au-delà des dégâts matériels, l'Iran semble poursuivre une stratégie d'épuisement. Avec un seul missile équipé de sous-munitions, Téhéran peut contraindre des millions d'Israéliens à se réfugier dans les abris et forcer les défenseurs à utiliser des intercepteurs coûteux. « L'utilisation continue de ces munitions vise probablement un effet principalement suppressif et psychologique, l'Iran cherchant à éroder la détermination israélienne et à imposer des coûts économiques et sociaux », estime Jenzen-Jones.
L'armée de l'air israélienne poursuit ses efforts pour neutraliser les quelque 150 lanceurs iraniens encore opérationnels. Les tirs de missiles ont diminué, passant d'environ 90 le premier jour du conflit à une dizaine quotidiennement. Parallèlement, Benjamin Netanyahu a appelé d'autres pays à rejoindre la coalition contre l'Iran.
Les sous-munitions ont été interdites par la Convention de 2008, signée par plus de 100 pays. Ni l'Iran ni Israël n'en sont signataires. Le directeur exécutif de l'Arms Control Association qualifie le ciblage iranien de zones résidentielles de « délibéré », accusant Téhéran de vouloir « produire des dommages civils potentiels ».