Meloni face à Trump : l'Italie refuse de s'engager dans le conflit iranien
La Première ministre italienne Giorgia Meloni a marqué une rupture historique avec son allié Donald Trump en refusant catégoriquement toute participation de l'Italie au conflit contre l'Iran. Devant le Sénat italien, elle a défendu la souveraineté européenne face aux pressions américaines, estimant que Rome n'avait pas à assumer les conséquences des décisions unilatérales de Washington.
Le 11 mars 2026, Giorgia Meloni a pris la parole devant les sénateurs italiens pour clarifier la position de son pays dans la crise iranienne. Dans un discours remarqué, celle qui était considérée comme la principale alliée européenne de Donald Trump a dénoncé les frappes américano-israéliennes comme faisant partie d'une « crise du système international, où les menaces deviennent de plus en plus effrayantes et où se multiplient les interventions unilatérales menées en dehors du cadre du droit international ».
La dirigeante italienne a été catégorique : « L'Italie ne participe pas et n'a pas l'intention de participer à cette intervention ». Une déclaration qui tranche avec la proximité affichée entre Rome et Washington depuis l'arrivée au pouvoir de Meloni en 2022. La Première ministre avait été la seule dirigeante européenne présente à l'investiture de Trump en janvier 2025.
Le détroit d'Ormuz, ligne rouge pour l'Europe
La question du détroit d'Ormuz cristallise les tensions transatlantiques. Lorsque Donald Trump a demandé à ses alliés d'envoyer des navires de guerre pour sécuriser cette artère vitale du commerce pétrolier mondial, Meloni a répondu fermement que tout déploiement militaire italien dans la région « constituerait un pas vers une implication effective dans le conflit ».
Le ministre italien des Affaires étrangères, Antonio Tajani, a renchéri : « Rome n'est pas impliquée dans des opérations militaires à Ormuz. Nous devons œuvrer à la désescalade ». Cette position rejoint celle exprimée par Emmanuel Macron, qui a qualifié le conflit de « guerre qui n'est pas celle de l'Europe ».
Pour Meloni, la responsabilité de la situation actuelle incombe directement à Washington. Les tensions dans le détroit d'Ormuz résultent de la politique américaine envers Téhéran, et les États-Unis ont « l'obligation, devant le monde entier, de rétablir la sécurité du passage des pétroliers », selon les termes relayés par plusieurs analystes européens.
Une opinion publique italienne hostile à l'intervention
La prise de distance de Meloni s'explique aussi par l'évolution de l'opinion publique italienne. Selon un sondage SWG publié le 10 mars, 59 % des Italiens sont opposés aux frappes américano-israéliennes contre l'Iran, contre seulement 24 % qui y sont favorables. Plus significatif encore, la cote de popularité de Donald Trump auprès des Italiens a chuté de 35 % à 19 % entre mars 2025 et mars 2026.
La Première ministre a également condamné le bombardement de l'école primaire Shajareh Tayyibeh à Minab, dans le sud de l'Iran, qui a fait au moins 175 victimes, dont de nombreux enfants. « J'exprime ma forte condamnation du massacre des fillettes à l'école de Minab », a-t-elle déclaré, appelant à une enquête indépendante.
Cette rupture avec Trump intervient dans un contexte politique difficile pour Meloni. Elle vient de perdre un référendum constitutionnel sur la réforme de la justice les 22 et 23 mars, sa première défaite majeure depuis son arrivée au pouvoir. L'ancien conseiller de Trump, Steve Bannon, a critiqué sa position, affirmant que « Giorgia Meloni n'est pas un pont entre l'Amérique et l'establishment politique européen ».
Malgré ces pressions, l'Italie maintient sa ligne : défendre ses intérêts nationaux et refuser de s'engager dans un conflit qui, selon Rome, ne ferait qu'aggraver l'instabilité au Moyen-Orient sans servir les intérêts européens.