Prix des PC en hausse : Bezos rêve de vous faire louer votre ordinateur
Les prix des composants informatiques connaissent une flambée sans précédent. RAM, SSD, disques durs : tout augmente, porté par la demande insatiable de l'intelligence artificielle. Face à cette crise, Jeff Bezos, fondateur d'Amazon, avance une solution qui fait débat : abandonner le PC personnel au profit du cloud computing. Un modèle qui rappelle la logique des plateformes de streaming et soulève des questions profondes sur la propriété numérique.
Les chiffres donnent le vertige. Selon les relevés du marché, les prix de la mémoire vive DDR5 ont bondi de 89 à 130 % entre septembre et novembre 2025. En janvier 2026, la hausse moyenne atteint 344 % par rapport à septembre 2025. Un kit de 2×16 Go de DDR5-5600 qui se vendait 70 euros en début d'automne coûte désormais plus de 120 euros. La DDR4, pourtant en fin de vie, suit la même trajectoire avec des augmentations de 60 à 80 %.
Les SSD ne sont pas épargnés. Le prix de la NAND TLC est passé de 4,80 à 10,70 dollars en six mois, selon le PDG de Phison, principal fabricant de contrôleurs SSD. Les disques durs mécaniques enregistrent eux aussi leur plus forte hausse depuis deux ans, avec une progression de 4 % sur le seul quatrième trimestre 2025. Conséquence directe : Dell et Lenovo préparent des hausses de 15 à 20 % sur leurs ordinateurs, et HP évoque une seconde moitié de 2026 « particulièrement difficile » pour les consommateurs.
La cause principale de cette envolée est identifiée : l'intelligence artificielle. Les géants de la tech – OpenAI, Microsoft, Amazon – construisent des centres de données colossaux qui engloutissent la production mondiale de mémoire. Le segment datacenter représente désormais 56 % du chiffre d'affaires de Micron, en hausse de 257 % sur un an. Ce même Micron a d'ailleurs annoncé la cessation de sa filiale Crucial, marque grand public emblématique, pour concentrer ses ressources sur le marché professionnel. « La croissance tirée par l'IA a provoqué une explosion de la demande en mémoire », reconnaît Sumit Sadana, directeur commercial du groupe.
Bezos et la fin annoncée du PC personnel
C'est dans ce contexte que la vision de Jeff Bezos prend une résonance nouvelle. Le fondateur d'Amazon estime que le PC personnel est voué à disparaître. Dans une interview devenue virale, il compare l'informatique personnelle aux générateurs électriques d'antan : avant l'existence du réseau électrique, chaque usine ou hôtel devait produire sa propre énergie. Puis le réseau centralisé a rendu ces installations obsolètes. Selon Bezos, la puissance de calcul suivra le même chemin et sera « achetée comme un service, à la manière de l'électricité ».
Amazon ne se contente pas de théoriser. Le groupe a déjà transformé son Fire TV Cube en client léger pour son écosystème cloud, baptisé WorkSpaces Thin Client. Microsoft a lancé le Windows 365 Link, un boîtier verrouillé conçu pour fonctionner exclusivement via le cloud. Au CES 2026, HP a dévoilé l'EliteBoard AI PC, un ordinateur de bureau réduit à la taille d'un clavier. Des services comme Nvidia GeForce Now ou Xbox Cloud Gaming démontrent déjà qu'il est possible de jouer à des jeux exigeants sans posséder de carte graphique dédiée.
Le piège de la dépossession numérique
Mais cette promesse d'un accès simplifié cache un changement de paradigme bien plus profond. Le modèle proposé par Bezos s'inscrit dans une tendance déjà bien installée : celle de l'accès par abonnement au détriment de la propriété. Spotify a remplacé la collection de disques, Netflix a rendu le DVD obsolète, et les jeux vidéo dématérialisés rappellent régulièrement aux joueurs qu'ils ne possèdent qu'une licence révocable. Le PC cloud pourrait être la prochaine étape de cette logique.
Les critiques y voient un « subterfuge » classique des grandes entreprises technologiques. En centralisant la puissance de calcul dans leurs serveurs, Amazon, Microsoft et Google s'assurent non seulement un flux de revenus récurrents, mais aussi un contrôle accru sur les données des utilisateurs. Comme le résume un commentateur de Windows Central : « Bezos a dit tout haut ce que l'industrie pense tout bas. » Dans un monde où l'ordinateur est loué, vos fichiers, vos logiciels et votre environnement de travail dépendent entièrement du bon vouloir d'un prestataire.
Cette vision ne fait pourtant pas l'unanimité. Le site PC Gamer estime que « le PC domestique n'est pas près de disparaître ». Les problèmes de latence, de bande passante et de coût d'abonnement restent des obstacles majeurs, notamment pour les joueurs. Et l'ironie de la situation n'échappe à personne : ce sont les mêmes géants de la tech, par leur course effrénée à l'intelligence artificielle, qui provoquent la pénurie rendant les PC inabordables, pour ensuite proposer leur alternative cloud comme solution.
Les analystes ne prévoient pas de retour à la normale avant 2027, voire 2028. La construction de nouvelles usines de mémoire nécessite plusieurs années. D'ici là, le consommateur se trouve pris en étau : payer plus cher pour un PC traditionnel ou accepter un modèle de location qui le prive du contrôle sur ses propres outils numériques. Un choix qui dépasse largement la simple question du prix et touche à celle, fondamentale, de la liberté numérique.