Droits TV de la Ligue 1 : Nasser Al-Khelaïfi visé par Anticor pour prise illégale d'intérêts
L'association anticorruption Anticor a déposé un signalement au parquet de Paris le 3 mars 2026 contre Nasser Al-Khelaïfi, président du Paris Saint-Germain et de beIN Media Group. L'homme d'affaires qatari est accusé de prise illégale d'intérêts dans l'attribution des droits télévisés de la Ligue 1, un dossier qui secoue le football français depuis plusieurs mois.
Selon les informations révélées par L'Équipe, Anticor pointe du doigt la « triple casquette » de Nasser Al-Khelaïfi : président du PSG, patron de beIN Media Group et membre du conseil d'administration de la Ligue de football professionnel (LFP). Cette accumulation de fonctions aurait permis au dirigeant qatari d'influencer les décisions en faveur de ses propres intérêts.
L'association anticorruption s'appuie notamment sur la réunion houleuse de juillet 2024, au cours de laquelle une altercation mémorable avait opposé Nasser Al-Khelaïfi à John Textor, propriétaire de l'Olympique Lyonnais. Ce jour-là, le patron du PSG aurait menacé de retirer l'offre de beIN Sports si le ticket DAZN-beIN n'était pas retenu par la LFP.
Un appel d'offres controversé
En août 2024, la LFP avait finalement attribué les droits de diffusion de la Ligue 1 au duo DAZN-beIN Sports pour 478,5 millions d'euros annuels. Un montant bien inférieur aux attentes initiales du football français, qui espérait dépasser le milliard d'euros. Aujourd'hui, la situation s'est encore dégradée : la chaîne Ligue1+ peine à attirer les abonnés, tandis que beIN Sports ne verse que 78,5 millions d'euros par saison.
Pour Anticor, Nasser Al-Khelaïfi aurait tenté « d'influer sur la décision du conseil d'administration de la Ligue en faveur de la société qu'il préside ». L'association estime que cette situation constitue un cas flagrant de conflit d'intérêts au sommet du football français.
L'entourage du président parisien a immédiatement réagi en condamnant ces accusations. Ses proches rappellent que « ce sont les clubs, les représentants de la Ligue et même des personnalités politiques qui ont fait pression pour que beIN maintienne son offre ». Ils soulignent également que Nasser Al-Khelaïfi s'est déporté du vote final et que Yousef Al-Obaidly est le véritable décisionnaire chez beIN Media Group.
Une crise systémique des droits TV
Ce signalement s'inscrit dans un contexte de crise profonde pour le football français. Le contrat avec DAZN, qui détient huit matchs par journée pour 400 millions d'euros annuels, fait l'objet d'un conflit ouvert. La plateforme britannique, qui n'a attiré que 500 000 abonnés au lieu des 1,5 million espérés, accuse la LFP de « tromperie sur la marchandise » et réclame 573 millions d'euros de compensation.
La médiation entre les deux parties n'a pas abouti en avril 2025. DAZN a refusé l'offre de rupture proposée par la LFP, moyennant une indemnité de 110 à 125 millions d'euros. Cette impasse plonge les clubs français dans une situation financière délicate, certains peinant à boucler leur budget.
Cette affaire rappelle que le PSG reste le club le plus puissant économiquement en France, avec 837 millions d'euros de revenus, ce qui renforce les interrogations sur l'influence de son président dans les instances dirigeantes du football français. Le parquet de Paris devra désormais décider des suites à donner à ce signalement.