Une guerre de trop ? Ce que la presse internationale redoute d’une intervention américaine contre l’Iran
L’hypothèse d’une intervention militaire des États-Unis contre l’Iran, possiblement menée en coordination avec Israël, n’est plus cantonnée aux cercles stratégiques. Dans la presse internationale, et tout particulièrement anglo-saxonne, le scénario est désormais analysé comme une option crédible… et profondément déstabilisatrice. Des éditoriaux aux analyses d’experts, un même avertissement revient : une telle guerre pourrait plonger le Moyen-Orient dans un chaos durable, avec des répercussions économiques, politiques et sécuritaires à l’échelle mondiale.
Depuis plusieurs mois, le ton a changé dans les grands médias américains et britanniques. Là où dominaient encore la dissuasion et la diplomatie sous contrainte, la possibilité d’une action militaire directe contre l’Iran est désormais traitée comme un scénario plausible. La multiplication des frappes indirectes, les tensions autour du nucléaire iranien et l’enchevêtrement des conflits régionaux nourrissent une inquiétude croissante.
Le New York Times, le Washington Post, The Atlantic ou encore The Economist s’accordent sur un point : une intervention des États-Unis, qu’elle soit limitée ou massive, ne resterait pas contenue. Elle entraînerait presque mécaniquement une escalade régionale, impliquant alliés, milices et puissances rivales.
Dans un éditorial récent, The Guardian résumait cette crainte en une formule lapidaire : « Une guerre contre l’Iran ne serait pas un conflit, mais une chaîne de conflits. » Une idée largement partagée à Washington comme à Londres, y compris par d’anciens responsables militaires.
Une option militaire jugée incontrôlable
Dans la presse anglo-saxonne, les arguments contre une intervention sont moins moraux que stratégiques. L’Iran n’est ni l’Irak de 2003, ni une puissance isolée. Il dispose de capacités militaires asymétriques, d’un réseau régional dense et d’une influence directe ou indirecte sur plusieurs zones clés : Liban, Syrie, Irak, Yémen, Golfe.
Foreign Affairs souligne ainsi que « toute frappe américaine ouvrirait la porte à une riposte diffuse, étalée dans le temps, et presque impossible à dissuader ». Attaques contre des bases américaines, frappes de drones, sabotages maritimes : le spectre est large, et surtout durable.
La question d’une action conjointe avec Israël accentue encore les craintes. Si l’État hébreu considère l’Iran comme une menace existentielle, plusieurs analystes rappellent que cette perception n’est pas partagée par l’ensemble des alliés occidentaux. « Une opération israélo-américaine ferait immédiatement basculer le conflit sur un registre civilisationnel aux yeux de nombreuses opinions publiques de la région », écrit The Economist.
Autrement dit : une guerre qui, au-delà des frappes, redéfinirait durablement les lignes de fracture au Moyen-Orient.
Un chaos régional aux effets mondiaux
C’est sans doute sur ce point que la presse internationale est la plus alarmiste. Les conséquences d’un conflit avec l’Iran dépasseraient largement le cadre militaire. Le détroit d’Ormuz, par lequel transite une part essentielle du pétrole mondial, est systématiquement cité comme un point de vulnérabilité majeur.
Le Financial Times avertit : « Même une perturbation temporaire du trafic énergétique provoquerait une onde de choc sur les marchés mondiaux, alimentant inflation, instabilité financière et tensions sociales bien au-delà du Moyen-Orient. »
À cela s’ajoute le risque d’un embrasement politique. En Irak, au Liban ou en Syrie, des gouvernements déjà fragiles pourraient vaciller. Les groupes armés pro-iraniens deviendraient des acteurs centraux du conflit, rendant toute désescalade presque impossible sans concessions majeures.
Sur le plan diplomatique, plusieurs journaux anglo-saxons évoquent également une fracture durable entre l’Occident et le reste du monde. Le New York Times note que « dans de nombreuses capitales du Sud global, une attaque contre l’Iran serait perçue comme une démonstration supplémentaire d’un ordre international à géométrie variable ».
Enfin, le risque nucléaire, même indirect, n’est jamais loin. Une attaque pourrait accélérer la décision iranienne de se doter de l’arme atomique, transformant un conflit préventif en échec stratégique majeur.
Dans l’ensemble, la presse internationale ne décrit pas une guerre inévitable, mais une tentation dangereuse. Une option militaire qui, loin de résoudre les tensions, risquerait de les cristalliser pour une génération. Comme le résume The Atlantic dans une formule lourde de sens : « La vraie question n’est pas de savoir si l’on peut frapper l’Iran, mais si le monde peut encaisser ce qui viendrait après. »
À lire ces analyses convergentes, une certitude s’impose : une intervention américaine, surtout si elle est menée aux côtés d’Israël, ouvrirait une séquence de chaos dont ni le Moyen-Orient ni le reste du monde ne sortiraient indemnes.