Départementales 2015 : l'urgence d'un renouveau démocratique face au vote FN
En France, les régions Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon restent à gauche, mais montrent aussi l'impérieuse nécessité du lancement d'un véritable chantier politique, social et économique attendu par les électeurs. Zoom...
Dans un contexte national marqué par une vague bleue historique de l'union de la droite UMP-UDI sous la 5ème République française, les régions Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon destinées à fusionner avec le scrutin régional de décembre 2015, font figure de seuls grands bastions de résistance à gauche dans l'hexagone.
En effet, ces deux régions sont les seules à être ultra majoritaires à gauche au niveau de leurs départements. Du côté de la région Midi-Pyrénées, la droite conserve seulement le conseil général de l'Aveyron, sur 8 départements, tandis que le Languedoc-Roussillon réalise (presque) un grand Chelem à confirmer en Lozère, en fonction de la décision que prendra le tandem Boyer-Malige qui, classé « DVG » par le ministère de l'Intérieur, clame haut et fort depuis lundi être « apolitique » et se trouve donc, de fait, en position d'arbitre face aux 12 cantons confiés à égalité par les électeurs à la gauche et à la droite, ce dimanche 29 mars.
Au-delà de cet épiphénomène, le constat de la victoire de la gauche s'impose incontestablement en Midi-Pyrénées et en Languedoc-Roussillon, comme l'a salué et encouragé Carole Delga, candidate PS aux régionales d'ores et déjà déclarée au côté de Damien Alary, le président de la Région LR.
Les Français en ont marre
Ceci dit, le FN est arrivé dans ces deux régions, comme ailleurs, à de très hauts niveaux dans les urnes, au premier, comme au deuxième tour, ce qui est une première historique en France, notamment pour ce type de scrutin local. En Languedoc-Roussillon, le 22 mars, le Front National caracolait en tête dans 4 départements sur 5, à l'exception de la Lozère : les Pyrénées-Orientales, l'Aude, l'Hérault et le Gard ; tandis qu'en Midi-Pyrénées, 2 des 8 départements avaient revêtu d'emblée les couleurs bleu marine, en l’occurrence, le Tarn et le Tarn-et-Garonne.
Au second tour, le sursaut républicain a eu lieu dans ces deux régions comme dans toute la France, aucun département n'ayant été conquis par le Front National. Pas de quoi cependant minimiser la percée très inquiétante de ce parti d'extrême droite qui est désormais représenté en France par 62 conseillers généraux, contre un seul jusqu'à présent à l'échelon départemental.
Six d'entre-eux sont élus sur les trois cantons de Béziers où Robert Ménard a réalisé un grand Chelem avec de très hauts scores allant de 54 à 59 % des suffrages exprimés. Un succès made in Ménard 100% biterrois qui vient démentir les pronostics du sondage Ipsos/Sofres confidentiel révélé par Médiaterranée selon lequel aucun candidat FN ne sortirait victorieux du second tour des départementales 2015 dans l'Hérault.
Cette entreprise sondagière dont on connaît les difficultés à capter les propensions du vote FN ne s'était cependant pas trompée sur le fait que le département de l'Hérault resterait à gauche à l'issue de ce scrutin. Au-delà du carton plein du FN à Béziers, un peu plus loin dans l'Hérault, l'analyse des résultats du Front National sur le Canton de Frontignan est aussi révélatrice, comme beaucoup d'autres cas d'école dans l'hexagone, quant à l'emprise toujours plus importante du Front National sur les électeurs français.
La politique du pire
Alors qu'il était certain, à l'issue du second tour de ce scrutin local, que le Département de l'Hérault ne pourrait être présidé par un élu FN, 9 114 voix sur 20 337 votants, se sont portées sur la candidature de Frédéric Briand parachuté de Pérols par le FN. Surréaliste quand on sait que la liste « En Avant l'Hérault » représentée par Pierre Bouldoire (conseiller général sortant et maire de Frontignan), Sylvie Pradelle (première adjoint au maire de Gigean), Christophe Durand (maire de Mireval) et Laure Soriteau (conseillère municipale de Balaruc-les-Bains), était aussi soutenue par les quatre autres maires des communes de ce canton (Gigean, Balaruc-les-Bains, Balaruc-le-Vieux et Vic-la-Gardiole). Et ce, au-delà de la diversité de leurs sensibilités politiques. Parce que tous ces élus savaient, qu'ils soient de droite ou de gauche, qu'il était essentiel de travailler ensemble, en synergie avec cette liste, à l’échelon de la prochaine assemblée départementale. Pour le bien des communes du canton de Frontignan et de leurs administrés.
Le résultat est là et exprime toute l'urgence d'une rénovation politique, sociale et économique plus que jamais attendue par les Français, avant qu'ils ne sombrent majoritairement et globalement dans le totalitarisme de l'extrême droite, à force d'exprimer toujours plus fort en vain, leur mécontentement et leur rejet des ''partis de gouvernement'', selon l'expression consacrée : sur 35 501 citoyens inscrits sur les listes électorales du canton de Frontignan, 18 909 seulement se sont exprimés et la liste républicaine conduite très honorablement par le binôme Pradelle-Bouloire a au final reçu l'aval majoritaire des citoyens de ce territoire avec 681 voix d'avance seulement...
Ce constat de l'ouverture impérieuse d'un nouveau chantier démocratique, Philippe Saurel, le président de la métropole de Montpellier, l'a aussi fait, depuis qu'il s'est retrouvé confronté aux manœuvres dignes d'un scénario à la Dallas du côté de Solférino dans sa course à la mairie de Montpellier. Après avoir appelé au rassemblement républicain contre le FN et vu 4 de ses 5 binômes sauréliens l'emporter à Montpellier face au FN au second tour des municipales, il a annoncé hier soir au conseil municipal de Montpellier être en cours de discussion avec Kleber Mesquida, candidat annoncé pour le PS majoritaire à la présidence du Département de l'Hérault dont l'élection aura lieu ce jeudi. En attendant de connaître l'issue de ces réflexions politiques qui seront rapportées ici-même sur Médiaterranée, et surtout, la suite des réponses politiques qui seront apportées globalement aux électeurs français dont ceux très nombreux du Front National, voici l'extrait vidéo de cette dite annonce de Philippe Saurel à visionner partir de la 15ème minute :
Mise à jour du 02.04.15, à 11h50 : Aucun acccord n'est intervenu entre le socialiste Kléber Mesquida et les Sauréliens. Seul candidat à la présidence du Département de l'Hérault, Kléber Mesquida a donc été élu avec 36 voix sur 50, tandis que du côté de la Lozère, le basculement de l'assemblée départementale était officialisé dans les urnes par l'élection de la présidente socialiste Sophie Pantel.