Cisjordanie : après le génocide à Gaza, l’annexion en marche sous les yeux complices de l’Europe (Abonnés)
Des familles palestiniennes assiégées chez elles, privées d’eau et d’électricité, tandis que des colons radicaux défient jusqu’aux soldats israéliens : le reportage publié vendredi 14 août par Le Monde à Qusra donne à voir une réalité devenue quotidienne en Cisjordanie occupée. Derrière ces violences largement impunies se dessine une politique plus vaste : l’expansion des colonies, soutenue par l’extrême droite au pouvoir, accompagne une annexion de fait du territoire palestinien. Dans le prolongement du génocide en cours et de la dévastation systématique de Gaza, le gouvernement de Benyamin Netanyahou poursuit une fuite en avant meurtrière qui enferme également Israël dans une impasse historique, tandis que l’Europe, par son silence et son inaction, se rend complice de ce qu’elle prétend condamner.
La scène racontée par Le Monde pourrait sembler invraisemblable si elle ne s’inscrivait dans une mécanique désormais bien documentée en Cisjordanie. À Qusra, au sud de Naplouse, des colons israéliens radicaux ont assiégé plusieurs habitations palestiniennes, coupé leur accès à l’eau et à l’électricité et installé des structures à proximité immédiate des maisons. Des familles se sont ainsi retrouvées prisonnières de leurs propres terres.
Plus saisissant encore : lorsque l’armée israélienne intervient, elle paraît incapable d’imposer son autorité à une poignée de « jeunes des collines », ces militants ultranationalistes qui multiplient les implantations sauvages. Les colons résistent aux militaires. Et la situation prend un tour presque absurde lorsque l’évacuation des Palestiniens eux-mêmes est envisagée afin d’assurer leur « protection ». La logique est renversée : plutôt que d’écarter durablement ceux qui menacent des habitants installés chez eux, ce sont les victimes qui risquent de devoir abandonner les lieux.
Qusra n’est pourtant pas une anomalie. Attaques contre les personnes et les habitations, incendies de véhicules, destruction d’oliviers, troupeaux volés, intimidations et implantation progressive sur les terres palestiniennes ont été abondamment documentés par les organisations israéliennes et internationales de défense des droits humains. La répétition des faits et la faiblesse des poursuites alimentent un sentiment d’impunité devenu structurel.
Des colons radicaux aux ministres : une même poussée vers l’annexion
Réduire ces violences aux agissements de quelques bandes fanatisées serait cependant manquer l’essentiel. Elles interviennent dans un contexte politique où l’expansion territoriale en Cisjordanie est ouvertement défendue au sommet de l’État. La coalition de Benyamin Netanyahou dépend de formations d’extrême droite dont plusieurs dirigeants assument leur opposition à la création d’un État palestinien et leur volonté d’étendre la souveraineté israélienne sur tout ou partie du territoire occupé.