Rouiba : l'usine de plaquettes de frein, symbole de la reconquête industrielle
Sur instruction du président Abdelmadjid Tebboune, le Premier ministre Sifi Ghrieb a inauguré mercredi à Rouiba, dans la banlieue est d'Alger, une usine de production de plaquettes de frein et accessoires automobiles. Cette unité industrielle, récupérée dans le cadre de la lutte contre la corruption, est désormais gérée par la Société de maintenance de l'Est (SME), filiale du Groupe industriel des ciments d'Algérie (GICA), et symbolise la volonté algérienne de transformer les biens confisqués en leviers de développement économique.
La cérémonie d'inauguration s'est déroulée en présence d'une délégation ministérielle composée du ministre de l'Intérieur, des Collectivités locales et des Transports Saïd Sayoud, du ministre de l'Industrie Yahia Bachir, du ministre des Finances Abdelkrim Bouzred, ainsi que de plusieurs responsables et opérateurs économiques. Cette mise en service intervient dans un contexte où l'Algérie accélère la récupération des fonds détournés et la réhabilitation d'unités industrielles saisies par la justice, transformant ainsi le produit de la lutte anticorruption en outil de relance productive.
L'usine de Rouiba, située dans la zone industrielle de Reghaïa, avait été construite en 2017 avant de cesser ses activités suite à l'implication de ses anciens propriétaires dans des dossiers de corruption. Sa récupération s'inscrit dans le vaste programme gouvernemental de transfert de 139 unités industrielles confisquées vers des entreprises publiques. Cette stratégie, dictée par le président Tebboune, vise à préserver les emplois, redynamiser le tissu industriel et éviter la dilapidation d'équipements modernes qui représentent un patrimoine productif considérable pour le pays.
Une capacité de production stratégique pour le marché automobile
Avec une capacité annuelle de 20 millions de plaquettes de frein destinées aux voitures particulières et aux véhicules utilitaires, l'usine de Rouiba est appelée à couvrir près des deux tiers des besoins du marché national. Les plaquettes produites répondent aux normes internationales SAE et ECE, garantissant leur conformité aux standards de sécurité automobile. L'unité emploiera environ 450 personnes en emplois directs, sans compter les retombées sur la chaîne d'approvisionnement et la maintenance industrielle.
Le site dispose d'équipements de pointe pour la fabrication de composants de freinage destinés à différents segments automobiles, du véhicule léger au poids lourd. Cette diversification permet de répondre aux exigences variées des constructeurs et du marché de la pièce de rechange, deux segments en croissance dans le contexte algérien. La gestion par le groupe GICA, premier producteur de ciment en Algérie avec 14 cimenteries et 23 filiales spécialisées, apporte une expertise en gestion industrielle et une capacité financière solide pour assurer la montée en puissance de la production.
L'industrie automobile algérienne connaît actuellement une dynamique de relocalisation portée par les groupes Stellantis, Renault et d'autres constructeurs présents sur le marché national. Récemment, Stellantis et Sigit ont signé un partenariat stratégique pour l'usine Fiat d'Oran. Ces acteurs recherchent activement des fournisseurs locaux pour accroître leur taux d'intégration et réduire leur dépendance aux importations. L'usine de Rouiba arrive donc à point nommé pour alimenter les chaînes d'assemblage locales et les réseaux après-vente qui, jusqu'à présent, importaient la quasi-totalité des pièces de freinage.
Réduction des importations et perspectives d'exportation
Les importations algériennes de plaquettes de frein sont estimées à 35 millions d'unités par an, représentant une facture importante en devises pour le pays. La mise en service de l'usine de Rouiba, combinée à d'autres initiatives privées comme celle de l'entreprise IKAM Auto Industrie à Tizi Ouzou (capacité de 20 millions d'unités/an depuis 2020), permet d'envisager une couverture quasi-totale des besoins nationaux à moyen terme. Cette substitution aux importations constitue un enjeu majeur dans la stratégie de rééquilibrage de la balance commerciale et de préservation des réserves de change.
Au-delà de la satisfaction du marché domestique, l'usine ouvre des perspectives d'exportation vers les marchés extérieurs, notamment en Afrique du Nord et subsaharienne. Les équipementiers algériens bénéficient de la proximité géographique avec l'Europe et de tarifs compétitifs pour pénétrer des marchés régionaux en quête de fournisseurs fiables. Le groupe GICA a d'ailleurs démontré sa capacité exportatrice en effectuant sa première livraison de ciment vers l'Europe en 2018, prouvant que les entreprises publiques algériennes peuvent conquérir des marchés exigeants.
La relance de cette unité industrielle s'inscrit également dans la politique gouvernementale visant à accélérer la réouverture des usines fermées et à valoriser les biens récupérés dans le cadre de la lutte contre la corruption. Depuis 2019, les efforts conjoints des appareils judiciaires, sécuritaires et financiers ont permis de récupérer des avoirs évalués à près de 30 milliards de dollars. Le transfert de ces biens aux entreprises publiques contre paiement au prix du marché permet non seulement de les remettre en exploitation, mais aussi de constituer un fonds de développement pour l'État.
L'inauguration de l'usine de Rouiba illustre la volonté des autorités algériennes de transformer un passif économique en actif productif. Elle témoigne également de la pertinence du choix de confier ces unités récupérées à des groupes publics dotés de moyens financiers et d'expertise managériale, comme en témoignent les exemples réussis d'Agrodiv (37 unités récupérées, dont 35 opérationnelles avec plus de 2 200 emplois maintenus) ou du groupe GICA lui-même. À l'heure où l'Algérie cherche à diversifier son économie et à renforcer son autonomie industrielle, cette usine de plaquettes de frein devient un symbole concret de la reconquête productive nationale.