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Cartouches d'encre : comment les fabricants nous arnaquent depuis des décennies

C'est un scandale qui dure depuis des années, mais que le grand public commence seulement à découvrir. Les fabricants d'imprimantes pratiquent une arnaque systématique sur les cartouches d'encre, utilisant des techniques sophistiquées pour forcer les consommateurs à racheter des consommables encore utilisables. Le YouTubeur Micode a mené l'enquête et les révélations sont accablantes.

L'affaire a pris une nouvelle dimension en novembre 2024, lorsque l'association Halte à l'Obsolescence Programmée (HOP) a déposé plainte contre HP, le géant américain du secteur. Après des mois d'investigation, l'organisation dénonce « des stratégies illégales, déloyales et agressives » visant à encourager la surconsommation de cartouches neuves.

Le mécanisme est redoutablement efficace. Contrairement à ce que l'on pourrait croire, les cartouches ne disposent pas de capteur mesurant le niveau d'encre réel. Elles fonctionnent avec un simple compteur de pages qui déclenche l'alerte « cartouche vide » après un nombre prédéfini d'impressions. Résultat : des cartouches déclarées épuisées alors qu'elles contiennent encore une quantité substantielle de liquide.

Des cartouches « vides » remplies à 45%

L'imprimerie américaine Bellevue Fine Art a fait une découverte stupéfiante en démontant ses cartouches usagées. Chacune contenait entre 60 et 80 millilitres d'encre, soit 17 à 23% du volume initial, alors que l'imprimante affirmait qu'il n'en restait que 1%. Sur l'ensemble de sa gamme de couleurs, l'entreprise a récupéré près d'un litre d'encre censée avoir été consommée.

Les tests du magazine PC World confirment l'ampleur du phénomène. Certaines imprimantes poussent au remplacement de cartouches contenant encore 45% de leur encre originale. Epson afficherait 8% d'encre restante, Canon 24%, tandis que Kodak atteindrait le record de 43% de gaspillage forcé. Dans l'enquête de Micode, une imprimante Epson indiquait être vide avec encore 29% d'encre disponible.

Le prix de cette arnaque défie l'entendement. Certaines cartouches HP atteignent l'équivalent de 7 500 euros le litre, un tarif plus élevé que le champagne millésimé ou le parfum de luxe. Une cartouche vendue 43 dollars ne coûterait en réalité que 23 centimes à fabriquer. L'encre d'imprimante rivalise ainsi avec les substances les plus précieuses de la planète, à près de 10 000 dollars le litre selon certaines estimations.

Des puces DRM pour verrouiller le marché

Pour empêcher les consommateurs de contourner le système, les fabricants ont développé un arsenal technologique digne des protections anti-piratage. Des puces électroniques intégrées aux cartouches vérifient leur authenticité et bloquent l'utilisation de produits compatibles ou reconditionnés. HP irait même plus loin en désactivant à distance les cartouches concurrentes via des mises à jour logicielles.

Selon HOP, « en l'absence de cartouches neuves de sa marque dans l'imprimante, HP pourrait même bloquer dans certains cas l'ensemble de l'appareil, empêchant l'utilisation du scanner qui pourtant ne requiert pas d'encre pour fonctionner ». Des lots entiers de cartouches deviendraient obsolètes du jour au lendemain suite à de prétendues mises à jour de sécurité.

Cette situation paradoxale a été mise en lumière par Canon en 2022. Confronté à une pénurie de composants électroniques, le fabricant japonais a dû commercialiser des cartouches sans puce DRM, avouant implicitement que ces verrous n'avaient aucune utilité technique. L'affaire a révélé ce que les consommateurs suspectaient : ces dispositifs servent uniquement à maintenir un monopole commercial.

L'impact environnemental de ces pratiques est considérable. En Europe, près de 200 millions de cartouches sont jetées chaque année, générant 60 000 tonnes de déchets. Les équipements d'imagerie mis au rebut produisent environ un demi-million de tonnes de déchets électroniques annuels dans l'Union européenne. Pourtant, les cartouches reconditionnées émettent jusqu'à 60% de CO₂ en moins que les neuves, selon l'ADEME.

Face à cette situation, les alternatives existent. Les cartouches compatibles ou reconditionnées coûtent 30 à 70% moins cher que les originales. Des services de recharge permettent de réutiliser ses cartouches vides. Certains fabricants comme Epson proposent désormais des modèles à réservoirs rechargeables, abandonnant le système des cartouches. La prise de conscience s'accélère également sur le plan juridique : une enquête préliminaire pour obsolescence programmée a été ouverte contre Epson à Nanterre, une première en France.

Le délit d'obsolescence programmée, inscrit au code de la consommation depuis 2015, est passible de deux ans de prison et 300 000 euros d'amende, voire 5% du chiffre d'affaires. Reste à savoir si les fabricants seront effectivement sanctionnés pour des pratiques que des millions de consommateurs subissent quotidiennement. Ce qui ressemblait à une théorie du complot s'avère être une réalité documentée et, peut-être bientôt, juridiquement condamnée.

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