Or et argent en chute libre : les raisons d'un krach historique sur les métaux précieux
En l'espace de trente minutes, les marchés des métaux précieux ont vécu un séisme sans précédent depuis quatre décennies. L'or a plongé de plus de 11%, l'argent de près de 36%, effaçant 5 900 milliards de dollars de capitalisation. Cette chute vertigineuse, survenue ce vendredi 30 janvier 2026, a pris de court les investisseurs qui surfaient sur une vague haussière historique.
Le déclencheur de ce krach éclair porte un nom : Kevin Warsh. L'annonce par Donald Trump de la nomination de cet ancien gouverneur de la Réserve fédérale américaine au poste de président de la Fed a agi comme un électrochoc sur les marchés. « La nomination de Warsh, si elle est confirmée, consolidera notre scénario de base selon lequel la Fed conserve son indépendance politique, un facteur baissier à moyen terme pour les prix de l'or », analyse Citi dans une note publiée dans la foulée.
Kevin Warsh est perçu comme le candidat le plus intransigeant sur l'inflation parmi les finalistes envisagés. Cette perspective a immédiatement rebattu les cartes des anticipations de politique monétaire. Jusqu'à jeudi, les investisseurs pariaient sur des baisses de taux agressives aux États-Unis, un scénario traditionnellement favorable aux métaux précieux qui n'offrent aucun rendement. Le renversement a été brutal.
Une bulle spéculative qui se dégonfle
Cette correction d'une violence inouïe intervient après une envolée sans précédent. En début de semaine, l'or au comptant avait atteint un record historique proche de 5 600 dollars l'once, tandis que l'argent dépassait les 121 dollars. Le métal jaune affichait une hausse de près de 24% sur le seul mois de janvier, sa meilleure performance mensuelle depuis les années 1980.
« Il semble que nous ayons atteint un pic d'euphorie », constate Phil Streible, stratégiste en chef chez Blue Line Futures. Les algorithmes de trading haute fréquence ont amplifié le mouvement. Dès les premiers seuils techniques franchis, des ordres de vente massifs ont été déclenchés automatiquement, accélérant la spirale baissière. Goldman Sachs avait d'ailleurs alerté sur les risques liés à une « vague record d'achats d'options d'achat » qui renforçait mécaniquement la hausse des prix.
Le marché de l'argent, plus étroit que celui de l'or, s'est révélé particulièrement vulnérable. « Les marchés de l'argent, du platine et du palladium sont petits par rapport à l'or ou au S&P 500, ce qui les rend sensibles aux flux spéculatifs qui ont laissé les prix totalement déconnectés de la demande physique », souligne un analyste de Goldman Sachs.
Des fondamentaux toujours solides
Malgré l'ampleur de la correction, les cours demeurent nettement supérieurs à leurs niveaux du début d'année. L'or conserve une hausse d'environ 18% depuis le 1er janvier, l'argent de 40%. Pour Ole Hansen, responsable de la stratégie matières premières chez Saxo Bank, « les raisons fondamentales de détenir de l'or demeurent aussi solides qu'auparavant ».
Entre les menaces douanières de l'administration Trump, les tensions géopolitiques en Iran et au Venezuela, et les craintes persistantes sur la dette mondiale, les facteurs de soutien aux métaux précieux restent nombreux. Cette correction pourrait même offrir un point d'entrée aux investisseurs restés sur la touche durant la récente euphorie. La politique commerciale de Donald Trump continue de générer une incertitude propice aux valeurs refuges.
Les prochaines semaines seront déterminantes. La confirmation de Kevin Warsh par le Sénat américain et les premières indications sur l'orientation de la politique monétaire donneront le ton. JPMorgan anticipe désormais un retour de l'argent vers 50 dollars l'once d'ici la fin de l'année, tandis que certains analystes maintiennent des objectifs ambitieux pour l'or à 10 000 dollars. Une chose est certaine : après ce vendredi noir, la volatilité restera au rendez-vous sur les marchés des métaux précieux.