Frappes sur l'Iran : l'Espagne interdit l'utilisation de ses bases par les États-Unis
Le gouvernement espagnol a fermement refusé que ses bases militaires servent aux opérations américaines contre l'Iran. Madrid adopte ainsi une position singulière au sein de l'OTAN, condamnant des frappes jugées « unilatérales et dangereuses ».
Le ministre des Affaires étrangères espagnol, José Manuel Albares, a été catégorique : les installations militaires de Rota et Morón de la Frontera, en Andalousie, n'ont pas été utilisées et ne le seront pas pour les opérations contre l'Iran. Ces deux bases, bien qu'accueillant des forces américaines depuis les années 1950 dans le cadre d'accords bilatéraux, restent sous souveraineté nationale espagnole.
La ministre de la Défense, Margarita Robles, a enfoncé le clou lors d'une conférence de presse à la base aérienne d'Armilla. « Aucune assistance d'aucune sorte, absolument aucune », a-t-elle martelé, précisant que toute opération doit être conforme au droit international et bénéficier d'un soutien de la communauté internationale.
Une condamnation sans équivoque de Pedro Sánchez
Le Premier ministre Pedro Sánchez s'est montré particulièrement virulent dans sa critique des frappes américano-israéliennes. Sur le réseau social X, il a qualifié l'intervention d'« action militaire unilatérale » contribuant à « un ordre international plus incertain et hostile ». Cette prise de position fait de l'Espagne le seul pays de l'OTAN à avoir ouvertement condamné l'opération « Epic Fury ».
Le chef du gouvernement socialiste a également dénoncé les actions du régime iranien et des Gardiens de la Révolution, appelant à un retour urgent à la voie diplomatique. « Nous ne pouvons pas nous permettre une autre guerre prolongée », a-t-il averti, alors que les tensions ne cessent de s'intensifier au Moyen-Orient.
Cette position tranche avec celle adoptée par d'autres dirigeants européens. Emmanuel Macron a opté pour une posture plus nuancée, tandis que le Premier ministre britannique Keir Starmer a autorisé l'utilisation des bases britanniques pour des frappes qualifiées de « défensives ». La France, l'Allemagne et le Royaume-Uni ont même publié un communiqué conjoint condamnant les tirs de missiles iraniens sans critiquer l'offensive initiale.
Retrait des avions américains vers l'Allemagne
Face au refus espagnol, le Pentagone a dû réorganiser son dispositif. Quinze avions ravitailleurs KC-135, déployés sur les bases andalouses, ont quitté le territoire espagnol ce week-end. Selon les données de FlightRadar24, neuf appareils ont décollé de Morón dimanche pour rejoindre la base aérienne de Ramstein, en Allemagne. Deux autres ont quitté Rota en direction du sud de la France.
Le journal El País a néanmoins révélé que deux destroyers anti-missiles de l'US Navy, l'USS Roosevelt et l'USS Bulkeley, stationnés à Rota, auraient participé aux frappes après s'être déplacés en Méditerranée orientale. Une information que Madrid n'a pas commentée.
Cette décision s'inscrit dans la continuité de la politique étrangère du gouvernement Sánchez. L'Espagne s'était déjà déclarée prête à déployer des soldats en Palestine pour maintenir la paix, marquant sa volonté de peser dans la résolution des conflits au Moyen-Orient.
La réaction israélienne ne s'est pas fait attendre. Le ministre des Affaires étrangères Gideon Sa'ar a accusé l'Espagne de « se ranger du côté de l'Iran » et de soutenir « tous les tyrans du monde ». Des propos qui illustrent les tensions croissantes entre Madrid et Tel-Aviv, déjà vives depuis la reconnaissance de l'État palestinien par l'Espagne.
Sur le plan intérieur, cette position ne fait pas l'unanimité. Santiago Abascal, président du parti d'extrême droite Vox, accuse le gouvernement d'affaiblir les alliances occidentales et de fragiliser la position internationale de l'Espagne. À l'inverse, la vice-présidente Yolanda Díaz a appelé à un cessez-le-feu immédiat.