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Affaire Epstein : 2,5 millions de documents non publiés nourrissent le poison lent du complotisme

Le Département de la Justice américain a publié 3,5 millions de pages de documents liés à Jeffrey Epstein, mais près de 2,5 millions restent confidentiels. Cette transparence à géométrie variable, loin de clore le dossier, nourrit un complotisme rampant qui gangrène le débat public.

Le 30 janvier 2026, les États-Unis ont ouvert les vannes. Plus de 3,5 millions de pages, 2 000 vidéos et 180 000 photographies liées à l'affaire Jeffrey Epstein ont été mises en ligne sur le site du ministère de la Justice. Une masse documentaire sans précédent, fruit de l'Epstein Files Transparency Act, loi votée quasi unanimement par le Congrès et signée par Donald Trump le 19 novembre 2025.

Mais derrière cette apparente ouverture se cache une réalité plus trouble. « Le ministère de la Justice a déclaré avoir identifié plus de six millions de pages susceptibles d'être pertinentes, mais n'en publie qu'environ 3,5 millions », dénonce le représentant démocrate Ro Khanna, l'un des artisans de la loi. Près de 2,5 millions de documents restent donc sous scellés, officiellement pour protéger les victimes et exclure les contenus pédopornographiques.

Une transparence qui alimente la défiance

Le paradoxe est cruel. Cette publication massive, censée restaurer la confiance, produit l'effet inverse. « Montrer beaucoup ne signifie pas nécessairement expliquer clairement », analyse The Conversation. Le public se retrouve face à un matériau brut, hétérogène, impossible à hiérarchiser sans expertise. Les passages caviardés deviennent autant de preuves pour les adeptes du complot.

Sur les réseaux sociaux, les documents sont disséqués, surlignés, détournés. Des images générées par intelligence artificielle circulent comme des preuves authentiques. Un animateur radio américain connu pour propager des théories conspirationnistes a partagé un deepfake comme document officiel, semant la confusion dans un débat déjà pollué par la désinformation.

« L'objectif est de noyer le public sous une masse considérable de documents et d'incriminations », estime la politologue Nicole Bacharan. Cette stratégie du déluge informationnel détourne l'attention des questions essentielles, notamment des liens entre Epstein et la Maison-Blanche. Le nom de Donald Trump apparaît plus de 1 500 fois dans les fichiers publiés, sans qu'aucune nouvelle preuve d'implication criminelle n'émerge.

Les victimes, premières sacrifiées

Plus grave encore : la publication a exposé ceux qu'elle prétendait protéger. Des avocats représentant des survivantes ont révélé que l'identité d'au moins 31 victimes mineures au moment des faits n'avait pas été correctement expurgée. Noms, coordonnées, données financières ont été rendus publics. Une centaine de victimes réclament désormais la fermeture du site gouvernemental.

« Les documents publiés sont incomplets, les noms et photos de jeunes personnes anonymes ont été divulgués sans précaution au monde entier, tandis que le président a été soigneusement protégé », résume Le Temps. Cette asymétrie renforce le sentiment d'une justice à deux vitesses.

L'affaire Epstein révèle les limites de la transparence comme remède au complotisme. Lorsque l'État de droit est jugé insuffisant, la foule numérique se charge de rendre sa propre justice, alimentée par des bribes de vérité et des montagnes de fantasmes. Le financier américain, mort en 2019 dans des circonstances toujours contestées, continue de hanter l'Amérique. Et avec lui, la certitude que dans ce dossier, personne ne sortira indemne de la boîte de Pandore désormais ouverte.

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