Uber dans la tourmente : l'Urssaf réclame 1,7 milliard d'euros pour travail dissimulé
Le géant américain du VTC fait face à une facture colossale. Selon les révélations de la Revue21 publiées le 2 février 2026, l'Urssaf réclame 1,7 milliard d'euros à Uber pour des cotisations sociales impayées et des pénalités. Une affaire qui pourrait redéfinir le statut des travailleurs des plateformes numériques en France.
Le bras de fer entre Uber et l'administration française prend une ampleur sans précédent. Dans un document de 142 pages consulté par les journalistes de la Revue21, le service de lutte contre le travail illégal de l'Urssaf Île-de-France détaille ses accusations : la plateforme américaine aurait « maquillé sciemment une relation salariale en contrat d'entreprise pour échapper à ses obligations d'employeur ».
L'addition est salée. L'organisme chargé de recouvrer les cotisations sociales estime le manque à gagner pour la Sécurité sociale à 1,2 milliard d'euros. S'y ajoutent 512 millions d'euros de majorations de redressement, portant la somme totale réclamée à 1,7 milliard d'euros. Cette réclamation concerne environ 71 000 chauffeurs ayant exercé entre 2019 et 2022 en Île-de-France.
Un « lien de subordination juridique » caractérisé
Au cœur du litige : la nature de la relation entre Uber et ses chauffeurs. « Sous l'apparence d'une simple centrale de réservation, Uber BV est en réalité liée aux chauffeurs par un lien de subordination juridique », argumente l'Urssaf dans son rapport. L'organisme identifie un triple pouvoir exercé par la plateforme sur ses conducteurs : direction, contrôle et sanction.
Cette analyse contredit frontalement le modèle économique revendiqué par Uber, qui présente ses chauffeurs comme des entrepreneurs indépendants. Une classification qui génère des obligations sociales nettement moins importantes que le statut de salarié, et qui permet à la plateforme d'économiser des sommes considérables en charges patronales.
Parallèlement aux démarches de l'Urssaf, une procédure pénale est en cours. Une enquête préliminaire a été ouverte par le parquet de Paris pour des faits de travail dissimulé. Le dossier est entre les mains de la juridiction interrégionale spécialisée (Jirs) de Paris, qui a déjà obtenu le gel de plus de 350 millions d'euros sur des comptes néerlandais du groupe.
Uber contre-attaque en invoquant la Cour de cassation
Face à ces accusations, Uber ne reste pas silencieux. « Concernant le statut des chauffeurs, de récents arrêts de la Cour de cassation ont confirmé leur statut d'indépendant et ainsi clarifié le cadre dans lequel nous opérons », a réagi une porte-parole du groupe auprès de l'AFP. La plateforme fait référence à deux arrêts rendus en juillet 2025 par la plus haute juridiction judiciaire française, qui avaient refusé de requalifier des chauffeurs comme salariés d'Uber.
« Nous échangeons actuellement avec l'Urssaf et nourrissons une approche collaborative, ouverte et transparente », a ajouté la même source, tentant de minimiser l'ampleur du conflit. De son côté, l'Urssaf a refusé de commenter ces révélations, invoquant des « raisons de confidentialité ».
Le lancement de ce bras de fer date officiellement du 17 décembre 2024, avec la transmission d'une lettre d'observations à la plateforme. Cette affaire illustre les tensions persistantes autour du modèle économique des plateformes numériques, qui emploient des dizaines de milliers de travailleurs en France sous le statut d'indépendant. Une décision défavorable à Uber pourrait créer un précédent majeur, avec des répercussions sur l'ensemble du secteur de l'économie collaborative. Cette situation rappelle d'autres controverses impliquant des entreprises françaises, comme récemment Capgemini et ses contrats avec l'ICE américaine.