Nvidia et la Chine : le bras de fer autour des puces IA qui fait trembler la tech mondiale
L'administration Trump est prête à autoriser ByteDance, la maison mère de TikTok, à acheter les puces d'intelligence artificielle H200 de Nvidia. Mais le géant américain des semi-conducteurs n'a pas encore accepté les conditions imposées par Washington, créant un suspense qui tient en haleine l'industrie technologique mondiale.
Les négociations entre Nvidia et le gouvernement américain achoppent sur un point crucial : les exigences en matière de « Know Your Customer » (KYC), ces procédures de vérification destinées à garantir que l'armée chinoise n'aura pas accès aux précieux composants. « Nous sommes un intermédiaire entre le gouvernement américain et les clients potentiels qui devront se conformer aux restrictions américaines. Nous ne sommes pas en mesure d'accepter ou de rejeter seuls les conditions de licence », a déclaré un porte-parole de Nvidia.
L'enjeu est colossal. ByteDance prévoit de dépenser environ 100 milliards de yuans, soit plus de 12 milliards d'euros, en puces Nvidia pour l'année 2026. Une somme considérable qui représente une hausse par rapport aux 85 milliards de yuans investis en 2025. Cette commande massive illustre l'appétit insatiable des géants technologiques chinois pour les composants de pointe nécessaires au développement de leurs modèles d'IA.
Pékin donne son feu vert préliminaire
La Chine a déjà accordé une autorisation préliminaire à trois de ses plus grandes entreprises technologiques – ByteDance, Tencent et Alibaba – ainsi qu'à la start-up d'IA DeepSeek pour importer ces puces. Au total, ces firmes ont reçu l'autorisation pour plus de 400 000 puces H200. Mais les conditions réglementaires restent encore à finaliser des deux côtés du Pacifique.
Washington a fixé des exigences strictes pour ces exportations : les puces doivent subir des tests par des tiers sur le sol américain avant toute expédition, les exportateurs doivent s'acquitter d'une taxe de 25 % sur la valeur des unités H200 envoyées en Chine, et les entreprises doivent certifier que l'approvisionnement des chaînes de production américaines reste prioritaire.
Cette réduction de performance de 25 % imposée par la Maison Blanche constitue un compromis entre les intérêts commerciaux et les préoccupations de sécurité nationale. Les destinataires sont également soumis à l'interdiction formelle de toute application militaire.
Un calendrier politique serré
Selon des sources proches du dossier, au moins une partie des puces devrait être livrée en Chine avant la rencontre prévue entre Donald Trump et le président Xi Jinping en avril prochain. Nvidia avait d'ailleurs informé ses clients chinois de son intention de commencer les expéditions avant le Nouvel An lunaire, mi-février 2026.
Le contexte reste tendu. La Chine demeure interdite d'accès aux produits Blackwell de génération actuelle de Nvidia, les plus performants du marché. L'administration Trump a récemment autorisé la vente des GPU H200, basés sur l'architecture Hopper, considérés comme un compromis acceptable pour Pékin.
Cette bataille autour des semi-conducteurs dépasse largement le cadre commercial. Elle cristallise les rivalités technologiques entre les deux premières puissances mondiales dans la course à l'intelligence artificielle. L'issue des négociations entre Nvidia et Washington donnera le ton des relations sino-américaines dans le secteur stratégique des technologies de pointe pour les années à venir.