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JOTT : douze offres de reprise pour sauver l'icône marseillaise de la doudoune

Placée en redressement judiciaire le 19 décembre 2025, la marque marseillaise JOTT (Just Over The Top), célèbre pour ses doudounes légères et colorées, voit poindre une éclaircie. Douze offres de reprise ont été déposées avant la date butoir du 5 février, suscitant un espoir prudent pour les 350 salariés de l'entreprise. Le tribunal des activités économiques de Marseille doit désormais trancher d'ici début mars.

L'engouement des repreneurs potentiels témoigne de l'attractivité persistante de la marque, malgré une dégringolade spectaculaire. Selon l'administrateur judiciaire, Maître Frédéric Avazeri, « douze offres ont été déposées » dans les délais impartis. Au total, près d'une cinquantaine de candidats avaient manifesté leur intérêt, allant de la simple prise d'informations à la candidature officielle, parmi lesquels figurent des investisseurs français et étrangers.

L'histoire de JOTT est celle d'une ascension fulgurante suivie d'une chute brutale. Fondée en 2010 par Nicolas et Mathieu Gourdikian à Marseille, la marque avait conquis le marché avec un concept novateur : des doudounes ultralégères, pliables et abordables. En janvier 2021, le fonds d'investissement L Catterton, lié à LVMH, rachète la majorité des parts via un LBO, avec l'ambition de transformer JOTT « d'une activité de grossiste à un véritable réseau de retail ». La marque ouvre alors près de 200 points de vente en France et en Europe.

Un effondrement vertigineux du chiffre d'affaires

Mais la réalité du marché rattrape vite les ambitions. Entre 2023 et 2024, le chiffre d'affaires s'effondre de 150 à 80 millions d'euros. La concurrence féroce des géants asiatiques, notamment Shein et ses doudounes à prix cassés, mais aussi d'Uniqlo et de ses modèles ultralégers à tarifs compétitifs, érode les parts de marché de JOTT. Les charges fixes liées au réseau de boutiques pèsent lourdement sur les comptes. En mars 2024, un redressement douanier de 430 000 euros et la perte d'un partenaire logistique majeur aggravent la situation.

Les actionnaires tentent de sauver les meubles. Huit millions d'euros sont réinjectés en décembre 2024, puis 99 millions en avril 2025. Mais la pression de la dette cumulée au LBO et les pertes opérationnelles rendent la situation intenable. Le départ de Didier Lalance, président entre 2021 et 2024, parti diriger L'Occitane, et son remplacement par Benjamin Durand-Servoingt, n'inversent pas la tendance.

Aujourd'hui, l'entreprise est structurée en deux entités : JOTT France, qui emploie 183 salariés pour un chiffre d'affaires de 24 millions d'euros, et JOTT Opérations, avec 98 salariés et 55 millions de chiffre d'affaires en 2024. Elle dispose encore de 130 boutiques en France et en Europe, réalisant 60 % de ses recettes sur le marché domestique.

Un optimisme mesuré pour le fleuron marseillais

Malgré ce tableau sombre, les observateurs du secteur restent confiants. L'analyste Jocelyn Meire décrit JOTT comme « une boîte sexy avec un bon produit, un beau réseau et surtout une belle image », estimant que la marque se distingue nettement d'autres enseignes tombées comme Kaporal. La notoriété de la griffe, son positionnement dans le segment des doudounes urbaines et son réseau de distribution constituent des atouts solides pour attirer un repreneur ambitieux.

Le tribunal des activités économiques de Marseille dispose désormais d'un mois pour examiner les douze dossiers. L'offre retenue sera annoncée début mars, lors d'une audience qui s'annonce décisive pour l'avenir de la marque et de ses 350 salariés. Ces derniers retiennent leur souffle, espérant qu'un repreneur suffisamment solide saura injecter les fonds nécessaires pour relancer l'icône marseillaise de la doudoune, dans un secteur du prêt-à-porter français en pleine tourmente.

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