Le B-1 Lancer se replie sur le Royaume-Uni après le refus espagnol
Le bombardier stratégique B-1 Lancer de l'US Air Force a atterri vendredi à la base aérienne de RAF Fairford, dans le Gloucestershire, en Angleterre. Ce redéploiement fait suite au refus catégorique du gouvernement espagnol d'autoriser l'utilisation des bases militaires de Rota et Moron pour les opérations américaines contre l'Iran.
La décision espagnole, annoncée le 2 mars par le ministre des Affaires étrangères Jose Manuel Albares, a contraint Washington à chercher des alternatives. « Les bases ne sont pas utilisées pour cette opération militaire », a déclaré M. Albares à la télévision publique espagnole, précisant que Madrid n'autoriserait aucune utilisation « au-delà de l'accord ou en contradiction avec les Nations Unies ».
Le Premier ministre Pedro Sanchez avait auparavant qualifié les frappes américano-israéliennes sur l'Iran d'« intervention militaire injustifiée et dangereuse » contraire au droit international. Cette position ferme a provoqué la colère de Donald Trump, qui a menacé de rompre les relations commerciales avec Madrid.
Londres ouvre ses bases malgré les critiques de Starmer
Contrairement à l'Espagne, le Royaume-Uni a autorisé dès le 1er mars l'utilisation de ses installations militaires. Malgré les critiques formulées par le Premier ministre Keir Starmer contre les frappes américaines, Londres a justifié cette décision par la nécessité de « détruire à la source les missiles iraniens susceptibles de menacer les citoyens ou les intérêts britanniques ».
Deux sites ont été mis à disposition des forces américaines : RAF Fairford, dans le sud-ouest de l'Angleterre, et Diego Garcia, dans l'océan Indien. RAF Fairford se situe à environ 5 500 kilomètres du centre de l'Iran, une distance que le B-1 Lancer peut couvrir sans ravitaillement en vol grâce à son rayon d'action de plus de 9 400 kilomètres.
Le B-1 Lancer représente un atout majeur pour les opérations américaines. Capable de transporter jusqu'à 56 700 kilogrammes de charge utile, dont 24 missiles de croisière d'une portée supérieure à 900 kilomètres, cet appareil peut opérer à des vitesses dépassant Mach 1,25. Ces caractéristiques en font l'outil privilégié pour ce que Washington qualifie de « bombardement massif » contre les installations iraniennes.
L'Europe divisée face aux opérations américaines
Le refus espagnol a provoqué le départ de 15 avions américains des bases du sud de l'Espagne. Selon les données de FlightRadar24, neuf ravitailleurs KC-135 ont rejoint la base de Ramstein en Allemagne, tandis que deux autres se sont dirigés vers la France. Ce redéploiement illustre les fractures au sein de l'alliance atlantique face à l'escalade militaire contre Téhéran.
La position espagnole tranche avec celle d'autres alliés européens. La France et l'Allemagne préparent une coopération similaire à celle du Royaume-Uni, tandis que Madrid maintient sa ligne indépendante. La ministre espagnole de la Défense, Margarita Robles, a précisé que les bases ne fourniraient aucun soutien « sauf si, dans un cas donné, cela s'avérait nécessaire d'un point de vue humanitaire ».
Donald Trump a vivement réagi à la décision espagnole, allant jusqu'à suggérer que les États-Unis pourraient utiliser les bases espagnoles sans autorisation. « Nous pourrions utiliser leur base si nous le voulions. Nous pourrions simplement atterrir et l'utiliser. Personne ne va nous dire de ne pas l'utiliser », a déclaré le président américain, alimentant les tensions diplomatiques entre Washington et Madrid.