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Incursions de drones en Europe : l'UE durcit les règles d'enregistrement

Après une série d'incursions de drones non identifiés au-dessus de bases militaires, d'aéroports et d'infrastructures critiques dans une dizaine de pays européens, l'Union européenne accélère le durcissement de sa réglementation. Enregistrement obligatoire renforcé, identification à distance en temps réel, nouveaux scénarios de vol harmonisés : Bruxelles entend reprendre le contrôle de son espace aérien face à une menace hybride qui ne cesse de croître.

Le phénomène a pris une ampleur inédite ces derniers mois. De la Lituanie à la Roumanie, du Danemark à la Belgique, les signalements de drones suspects se multiplient sur le continent. En juillet 2025, un appareil armé d'explosifs, vraisemblablement parti de Russie, a été retrouvé dans une zone d'entraînement militaire lituanienne. En septembre, la Roumanie a détecté un drone kamikaze de type Geran, utilisé habituellement contre l'Ukraine. Au Danemark, cinq aéroports ont été visés par ce que les autorités ont qualifié d'« attaque coordonnée », contraignant Copenhague à interdire temporairement tous les vols commerciaux de drones sur l'ensemble de son territoire.

La Belgique n'a pas été épargnée. En novembre 2025, des drones ont survolé la base de Kleine Brogel, site de stockage d'armes nucléaires américaines, puis les aéroports de Bruxelles-Zaventem et de Liège, provoquant l'annulation de 54 vols et le détournement de 24 autres. En réponse, la France, l'Allemagne et le Royaume-Uni ont dépêché des unités spécialisées sur le sol belge.

Un arsenal réglementaire européen entièrement refondu

Face à cette escalade, l'Union européenne a engagé une refonte majeure de sa politique de défense et de souveraineté. Depuis le 1er janvier 2026, les scénarios nationaux de vol – les S1, S2 et S3 français, par exemple – ont été définitivement remplacés par les scénarios européens standardisés STS-01 et STS-02. L'objectif est clair : harmoniser les pratiques dans les 27 États membres et garantir un cadre commun à tous les télépilotes.

L'enregistrement des exploitants de drones, déjà obligatoire depuis fin 2020, est désormais adossé à un système d'identification à distance, le Remote ID, basé sur le protocole OpenDroneID. Concrètement, chaque drone en vol doit émettre en continu un signal permettant aux autorités de l'identifier et de vérifier ses autorisations. En France, les contrôles ont été renforcés avec des amendes de 750 euros pour les contrevenants, et la police utilise désormais ses propres drones équipés de récepteurs Remote ID pour traquer les appareils en infraction.

Les exigences de certification se sont également durcies. Pour opérer en catégorie spécifique, il faut désormais utiliser des drones portant le marquage de classe C5 ou C6, véritable « passeport européen » de l'appareil. Les qualifications nationales ont toutes expiré : les télépilotes doivent passer le nouveau Certificat d'aptitude théorique aux scénarios standards (CATS), valable cinq ans, assorti d'une formation pratique obligatoire.

Vers un « mur de drones » aux frontières orientales

Au-delà de la réglementation civile, Bruxelles déploie un volet sécuritaire sans précédent. Le 22 janvier 2026, le Parlement européen a adopté une résolution appelant à « l'intégration rapide et systématique des drones et des capacités anti-drones à tous les niveaux de la planification de défense de l'UE ». Le texte souligne une vulnérabilité critique : 60 % des composants de drones proviennent des États-Unis et de la Chine, Pékin contrôlant à lui seul 85 % de la capacité mondiale en batteries au lithium.

La Commission européenne a esquissé une Initiative européenne de défense par drones, dont les premières capacités sont attendues pour 2026-2027. Un projet de « mur numérique », inspiré des systèmes ukrainiens, est prévu le long de la frontière orientale avec la Russie pour 2027, capable de détecter et de neutraliser les drones hostiles en temps réel. La Belgique, de son côté, a lancé en janvier 2026 son Centre national de sécurité aérienne (NASC), installé sur la base de Beauvechain, qui fédère Défense, aviation civile, douanes et police fédérale pour une surveillance en temps réel de l'espace aérien.

L'enjeu dépasse largement la question technique. Comme le résume le rapport parlementaire, les drones sont devenus « un trait définissant la guerre moderne », capables de mener reconnaissance, leurrage, acquisition de cibles et frappes de précision. Pour l'Europe, la course contre la menace hybride ne fait que commencer.

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