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Pâtes, riz, céréales : vers la fin des dates de péremption en France ?

Faut-il encore apposer une date de péremption sur un paquet de pâtes ou un sachet de riz ? La question, longtemps cantonnée aux cercles d'experts, fait désormais l'objet d'une mobilisation politique inédite. Portée par le député socialiste Guillaume Garot, une initiative parlementaire préconise la suppression pure et simple de la date de durabilité minimale (DDM) sur les produits secs et les céréales. L'objectif : réduire les quelque 100 à 160 euros de denrées encore consommables gaspillées chaque année par habitant en France.

L'idée n'est pas nouvelle, mais elle prend une ampleur nouvelle en 2025. Le 13 mars dernier, les États généraux de la lutte contre le gaspillage alimentaire se sont tenus à l'Assemblée nationale, en présence de la ministre de la Transition écologique Agnès Pannier-Runacher. Guillaume Garot, auteur de la loi pionnière de 2016 qui interdit aux supermarchés de jeter leurs invendus alimentaires, y a lancé un appel à « aller plus loin » dans la lutte contre le gaspillage.

Au cœur de ses propositions : la suppression de la DDM sur les produits secs comme les pâtes, le riz, les flocons d'avoine ou les légumes secs. « Ce sont des produits à durée de vie très longue. On pourrait allonger au plan européen la liste des produits qui ne sont pas soumis à une date de péremption », a expliqué le député de la Mayenne. Pour illustrer son propos, il a confié avoir consommé des pâtes datant de 2012, assurant que « c'était un excellent repas ».

DDM et DLC : une confusion qui coûte cher

Le problème réside dans la confusion persistante entre deux types de dates figurant sur les emballages alimentaires. La date limite de consommation (DLC), mentionnée par la formule « à consommer jusqu'au », concerne les produits périssables et ne doit pas être dépassée pour des raisons sanitaires. La date de durabilité minimale (DDM), en revanche, se traduit par « à consommer de préférence avant le » et concerne les produits secs : pâtes, riz, conserves, biscuits, épices. Au-delà de cette date, le produit peut perdre certaines qualités gustatives, mais reste parfaitement consommable.

Or, selon la Commission européenne, 53 % des Français confondent encore les deux mentions. Cette incompréhension serait responsable de 20 % du gaspillage alimentaire des ménages. Chaque année, un Français jette en moyenne 24 kilogrammes de nourriture encore comestible, dont 7 kilos de produits toujours emballés. À l'échelle nationale, ce sont près de 9,7 millions de tonnes de déchets alimentaires qui sont produits annuellement, représentant 4,2 % des émissions nationales de gaz à effet de serre.

Dès 2022, un décret avait tenté de clarifier la situation en autorisant les industriels à compléter la mention DDM par des phrases comme « ce produit peut être consommé après cette date ». Mais cette mesure, facultative, n'a pas suffi à changer les comportements. D'où la volonté d'aller plus loin, en supprimant purement et simplement la DDM sur les produits à durée de conservation très longue.

Un Agenda 2030 pour structurer la lutte

Guillaume Garot ne se contente pas de cette seule mesure. Avec la députée Graziella Melchior, il porte un ensemble de quatorze nouvelles propositions et a lancé un vaste « tour de France » des initiatives anti-gaspillage. Le premier rendez-vous a eu lieu le 29 avril à Villabé, en Essonne, en compagnie de Bertrand Swiderski, directeur RSE du groupe Carrefour, et de Pierre-Yves Pasquier, président de Comerso.

L'objectif de cette mobilisation est la préparation d'un Agenda 2030 de la lutte contre le gaspillage alimentaire. Des groupes de travail réunissant distributeurs, associations, entreprises et citoyens doivent se réunir régulièrement pour formuler des recommandations concrètes. Le troisième groupe de travail, consacré à la formation et à la sensibilisation des consommateurs, concentre une partie des réflexions sur la question des dates.

La France, pays précurseur en la matière depuis le vote de la loi antigaspillage en 2015, s'était fixé l'objectif ambitieux de réduire de 50 % le gaspillage alimentaire d'ici 2025 pour la distribution et la restauration collective, et d'ici 2030 pour les autres secteurs. Or les résultats restent en deçà des attentes : selon le Baromètre Anti-Gaspillage 2025, 47 % des industriels de l'agroalimentaire déclarent encore détruire régulièrement des produits en parfait état.

La question dépasse par ailleurs les frontières nationales. La modification des règles d'étiquetage relève de la réglementation européenne, ce qui suppose un accord au niveau de l'Union. Le Conseil et le Parlement européens se sont toutefois accordés en 2025 sur des objectifs de réduction de 30 % des déchets alimentaires dans la distribution, la restauration et les ménages. Un signal encourageant pour les partisans de la suppression des DDM, qui espèrent voir la France entraîner ses partenaires européens dans cette voie.

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