Suppression des droits de douane chinois : une opportunité historique pour Alger
Le président chinois Xi Jinping a annoncé, à l'occasion du 39e sommet de l'Union africaine à Addis-Abeba, la suppression totale des droits de douane pour 53 pays africains dont l'Algérie, à compter du 1er mai 2026. Une décision qui pourrait repositionner Alger comme plaque tournante stratégique entre l'Afrique et l'Asie.
L'annonce a été formulée dans un message adressé au président en exercice de l'Union africaine, João Lourenço, ainsi qu'au président de la Commission de l'UA, Mahmoud Ali Youssouf. La Chine, déjà premier partenaire commercial du continent avec des échanges bilatéraux ayant atteint 348 milliards de dollars en 2025 – en hausse de 17,7 % par rapport à 2024 –, étend ainsi un dispositif qui ne concernait jusqu'ici que 33 pays africains les moins avancés. Seul l'Eswatini, en raison de sa reconnaissance diplomatique de Taïwan, est exclu de cette mesure.
Pour l'Algérie, qui cherche activement à diversifier son économie et à réduire sa dépendance aux hydrocarbures, cette ouverture du marché chinois – fort de près de 1,5 milliard de consommateurs – représente une opportunité considérable. Les produits algériens pourront désormais accéder à la deuxième économie mondiale sans barrière tarifaire, un avantage compétitif susceptible de transformer la structure même des exportations du pays.
L'Algérie, pont stratégique entre deux continents
Le rapprochement sino-algérien, accéléré ces dernières années par des projets d'infrastructure et des investissements industriels, prend une nouvelle dimension avec cette annonce. L'Algérie dispose d'atouts géographiques majeurs : sa façade méditerranéenne, la route transsaharienne reliant l'Afrique du Nord au cœur du continent, et des ports en développement comme celui de Cherchel, appelé à devenir une porte d'entrée essentielle vers le marché asiatique.
« Cette décision s'inscrit dans le cadre de la volonté de la Chine de renforcer ses partenariats africains », soulignent les analystes, qui y voient l'aboutissement de la stratégie de « la Ceinture et la Route » initiée par Pékin. L'Algérie pourrait ainsi se muer en plateforme de consolidation et de réexportation des produits africains vers l'Asie, en tirant parti de ses infrastructures logistiques et de son accès terrestre à la région du Sahel.
Les secteurs non pétroliers algériens – textile, cuir, produits miniers, agroalimentaire – sont identifiés comme les principaux bénéficiaires potentiels. Certains experts anticipent une croissance des exportations vers la Chine pouvant dépasser 300 % dans ces filières, portée par la suppression des droits de douane et des coûts de production nationaux compétitifs. L'énergie abondante et abordable de l'Algérie constitue un avantage supplémentaire, notamment pour les industries à forte intensité énergétique.
Des défis à la hauteur de l'ambition
Cette ouverture intervient dans un contexte mondial tendu, marqué par les surtaxes douanières imposées par Washington qui frappent l'ensemble des pays africains. Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a d'ailleurs salué l'initiative chinoise, estimant que « l'Afrique ne peut être pénalisée par des politiques commerciales restrictives et par des tarifs douaniers qui ne permettent pas aux produits africains d'être compétitifs ».
Les économistes tempèrent toutefois l'enthousiasme. Philippe Aguignier, professeur à l'Inalco, estime que « le principal bénéficiaire de la mesure pourrait être la Chine elle-même », rappelant que les exportations africaines de biens manufacturés vers Pékin demeurent limitées. La Chine a enregistré un excédent commercial de 100 milliards de dollars avec le continent en 2025. La banque africaine d'import-export Afreximbank soulignait dans un rapport de novembre 2025 que les pays africains devront engager des réformes structurelles pour capitaliser pleinement sur cette fenêtre : développement de chaînes de valeur régionales, renforcement des infrastructures logistiques et amélioration du climat des affaires.
Le véritable défi pour l'Algérie réside dans sa capacité à traduire cet avantage théorique en résultats concrets : respect des normes de qualité internationales, efficacité des chaînes d'approvisionnement et coordination avec les partenaires continentaux. Si Alger parvient à jouer le rôle de coordinateur régional et d'intermédiaire stratégique, elle pourrait devenir un maillon essentiel de la coopération Sud-Sud et redéfinir sa place au sein des échanges afro-asiatiques.
Source : vidéo d'analyse géopolitique (YouTube), Xinhua, Algérie Eco, Médias24, Afreximbank.