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Égypte : les passeurs de Libye menacent de mort les familles de migrants

Quand Hamdy Ibrahim a quitté son village du delta du Nil pour tenter de rejoindre l'Europe, sa famille n'imaginait pas que la seule nouvelle qu'elle recevrait serait un appel glaçant depuis la Libye : « Payez maintenant ou le garçon mourra. » Ce chantage, exercé par des réseaux de passeurs sur des familles égyptiennes démunies, illustre la violence d'un système d'exploitation qui prospère sur la misère et le rêve d'une vie meilleure.

Le passeur exigeait 190 000 livres égyptiennes, soit environ 3 500 euros, pour garantir à Hamdy une place sur l'une de ces traversées clandestines de la Méditerranée. « Je lui ai répondu que nous n'avions pas les moyens », confie Youssef, le frère d'Hamdy, depuis le village de Kafr Abdallah Aziza, dans la province de Sharqiya. La réponse du passeur fut sans appel : « Débrouillez-vous comme les autres familles. Sinon, il sera jeté à la mer. »

Hamdy avait quitté les siens en novembre dernier, accompagné d'une douzaine de jeunes du même village. Tous avaient contacté des passeurs via les réseaux sociaux, attirés par la promesse d'un passage vers l'Italie. Parmi eux, Islam et El-Sayed, deux cousins de 18 ans, dont les familles avaient chacune rassemblé 140 000 livres — 2 500 euros — pour financer le voyage.

Des appels de Libye qui glacent le sang

Peu après le départ des jeunes, les familles restées au village ont commencé à recevoir des appels de Libye. Les menaces étaient explicites. « On nous a dit que si on ne payait pas, nos proches seraient égorgés, abandonnés dans les montagnes ou jetés à la mer », raconte Abed Gouda, 55 ans, dont le frère Mohamed faisait partie du groupe. Désespérés, des parents ont sacrifié leurs maigres économies et contracté des emprunts pour satisfaire les exigences des passeurs.

Quelques semaines plus tard, l'horreur a frappé. Une embarcation a sombré au large de la Crète, faisant 17 morts — dont six originaires du village — et 15 disparus, parmi lesquels Hamdy et Mohamed. Un drame qui rappelle le naufrage du chalutier Adriana en juin 2023, au cours duquel environ 650 migrants avaient péri au large de la Grèce. Sur près de 750 passagers, seuls 104 avaient survécu. Des poursuites judiciaires visent désormais les garde-côtes grecs, accusés d'homicide par négligence.

L'ampleur du phénomène est considérable. En 2025, plus de 17 000 Égyptiens ont traversé la Méditerranée, faisant de l'Égypte le premier pays d'origine des migrants africains rejoignant les côtes européennes, selon les données de Frontex. La route méditerranéenne reste la plus meurtrière au monde, avec 1 328 morts ou disparus recensés par les Nations unies sur la même période.

La Libye, passage obligé et piège mortel

Depuis que l'Égypte a renforcé en 2016 la surveillance de ses propres côtes, les candidats à l'exil empruntent un itinéraire par l'ouest, via la Libye. Le trajet à travers le désert, en minibus ou en pick-up, est « encore plus dangereux » que la traversée maritime elle-même, selon Nour Khalil, directeur exécutif de la plateforme Egypt Refugees. Les rescapés décrivent des « détentions arbitraires, tortures, viols, esclavage sexuel, privations alimentaires et travaux forcés », rapporte l'association SOS Méditerranée.

En Égypte, la chute de la monnaie nationale et une inflation galopante ont laminé des foyers déjà précaires, poussant une partie de la jeunesse vers l'émigration à tout prix. « Émigrer est devenu une ambition généralisée, y compris parmi les diplômés », affirme Nour Khalil. Ceux qui peuvent partir légalement le font ; les autres « sont poussés vers la migration irrégulière, même si le voyage comporte des risques extrêmes ».

En 2024, l'Union européenne a conclu un accord de 7,4 milliards d'euros avec Le Caire pour tenter de contenir les flux migratoires. Mais les résultats demeurent insuffisants face à l'ampleur de la crise économique et sociale que traverse le pays.

Malgré les drames, certains parviennent de l'autre côté. Hassan Darwish, ouvrier de 24 ans originaire de Sharqiya, a quitté l'Égypte en 2023. Installé aujourd'hui à Rome, il gagne environ 580 euros par mois et subvient aux besoins de sa mère et de son frère malade. « Cela n'aurait jamais été possible en Égypte », assure-t-il. « J'ai vu l'horreur, mais je le referais. » Un témoignage qui résume, à lui seul, l'impasse dans laquelle se trouvent des milliers de jeunes Égyptiens, prêts à risquer leur vie pour échapper à un avenir sans perspective.

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