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Italie : Rome veut encadrer le prix de la recharge électrique au kWh

En Italie, recharger sa voiture électrique sur une borne publique coûte en moyenne entre 0,50 et 0,95 euro le kilowattheure, l'un des tarifs les plus élevés d'Europe. Face à ce frein majeur à l'adoption du véhicule électrique, Rome multiplie les initiatives pour encadrer les prix et rendre la mobilité verte accessible à tous les automobilistes de la Péninsule.

Le constat est sans appel. Alors que l'Union européenne pousse ses États membres vers l'électrification du parc automobile, l'Italie se distingue par des tarifs de recharge publique particulièrement dissuasifs. Sur les bornes rapides (DC), les conducteurs italiens déboursent entre 0,60 et 1,00 euro par kWh. Sur les bornes ultra-rapides (HPC), la facture grimpe jusqu'à 0,95 euro le kWh en paiement à l'acte, soit près du double du coût d'une recharge à domicile.

Cette situation s'explique par une particularité réglementaire : en Italie, la recharge publique n'est pas classée comme un service d'utilité publique. Elle relève d'un marché ouvert où chaque opérateur fixe librement ses tarifs. L'ARERA (Autorità di Regolazione per Energia Reti e Ambiente), l'autorité de régulation de l'énergie, n'intervient que sur les tarifs du réseau électrique, sans pouvoir plafonner les prix pratiqués aux bornes.

Un observatoire des prix pour plus de transparence

Pour tenter de remédier à cette opacité tarifaire, l'association de consommateurs Adiconsum et la plateforme TariffEV ont lancé le premier « Osservatorio prezzi delle tariffe di ricarica della mobilità elettrica », un observatoire mensuel des prix de la recharge. Cet outil inédit dans la Péninsule permet de comparer les tarifs pratiqués par les différents opérateurs et de mettre en lumière des écarts de prix pouvant atteindre 30 à 40 % pour un même point de charge.

Les données publiées chaque mois révèlent l'ampleur des disparités. En courant alternatif (AC), les prix oscillent entre 0,48 et 0,69 euro le kWh. En courant continu rapide (DC), la fourchette s'étend de 0,52 à 0,82 euro. Quant aux bornes haute puissance (HPC), indispensables pour les longs trajets, les tarifs varient de 0,50 à 0,83 euro le kWh, selon les relevés de mai 2025.

« La structure tarifaire nationale ne prévoit aucun incitatif ni réduction d'onéreux pour favoriser les bornes à haute puissance », déplore Adiconsum, qui milite pour que la recharge publique soit reclassée en service d'utilité publique, soumis à une régulation stricte.

Le « bonus de puissance », une solution partielle

En attendant un éventuel encadrement des prix publics, l'ARERA a déployé des mesures concrètes pour alléger la facture des recharges à domicile. Le dispositif dit du « bonus di potenza », introduit en 2021 et prolongé jusqu'au 30 juin 2027, permet aux ménages italiens d'augmenter gratuitement la puissance de leur compteur jusqu'à 6 kW pendant les heures creuses – de minuit à 7 heures et les jours fériés. L'économie annuelle estimée se situe entre 60 et 200 euros par foyer.

Sur le front des aides à l'achat, le gouvernement italien maintient son programme Ecobonus, qui offre jusqu'à 11 000 euros de subvention pour l'acquisition d'un véhicule électrique neuf. Mais sans maîtrise des coûts de recharge, ces incitations peinent à convaincre les automobilistes de franchir le pas.

Le marché des abonnements offre toutefois une lueur d'espoir. Les conducteurs réguliers peuvent réduire significativement leur facture : Ionity Power propose la recharge ultra-rapide à 0,39 euro le kWh pour 11,99 euros par mois, tandis qu'Electra+ affiche le même tarif pour 9,99 euros mensuels. Ces formules permettent d'économiser 30 à 40 % par rapport au tarif sans engagement.

L'infrastructure de recharge italienne poursuit néanmoins son expansion. Le réseau public a progressé de 16 % entre fin 2024 et fin 2025, dépassant les 70 000 points de charge. Le règlement européen AFIR, qui impose des stations rapides tous les 60 kilomètres sur le réseau routier transeuropéen, accélère ce déploiement. Mais la répartition reste inégale : 55 % des bornes se concentrent dans le nord du pays, laissant le sud de l'Italie sous-équipé.

L'enjeu dépasse les frontières de la Péninsule. Dans toute l'Europe, la question du prix de la recharge publique devient un facteur déterminant pour l'adoption massive du véhicule électrique. Si l'Italie parvient à imposer un cadre tarifaire équitable, elle pourrait créer un précédent pour d'autres pays méditerranéens confrontés aux mêmes défis. Rome en a conscience : sans un kWh abordable, la transition électrique restera un privilège réservé à ceux qui peuvent recharger chez eux.

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