Gaza : une étude du Lancet révèle un bilan humain sous-évalué d’au moins 30 %, l’ampleur du drame encore méconnue
Le chiffre glace déjà le sang. Mais il serait encore en dessous de la réalité. Selon une étude de terrain publiée mercredi 18 février dans la revue scientifique The Lancet Global Health, le nombre de morts liés à la guerre à Gaza aurait été sous-évalué d’au moins 30 %. Un écart considérable, qui rebat les cartes d’un bilan humain déjà effroyable et souligne à quel point l’opinion internationale n’a sans doute pas encore pris la mesure de l’horreur vécue dans l’enclave palestinienne.
Reprise et analysée par le journal Le Monde, l’enquête repose sur un travail méthodique mené auprès de milliers de familles à travers le territoire. Les chercheurs ont comparé les déclarations recueillies sur le terrain avec les chiffres officiels publiés par le ministère de la Santé de Gaza. Leur conclusion est sans appel : les décès violents seraient largement supérieurs aux données communiquées depuis des mois. À ces morts directement causées par les bombardements et les combats s’ajoutent les décès indirects – absence de soins, maladies, malnutrition, effondrement du système hospitalier – qui aggravent encore le bilan.
Un territoire dévasté, des générations brisées
Au-delà de la bataille des chiffres, c’est une réalité humaine et territoriale qui se dessine. Gaza est aujourd’hui un champ de ruines. Quartiers entiers rasés, infrastructures d’eau et d’électricité détruites, hôpitaux hors service, écoles anéanties : la bande de terre coincée entre Israël et la mer est devenue pratiquement invivable. Plusieurs experts en reconstruction estiment qu’il faudra des décennies – certains avancent au moins cinquante ans – pour espérer rétablir des conditions de vie stables. Le tissu social a été déchiré, des familles entières ont disparu. Des générations de Palestiniens ont été décimées ou condamnées à grandir dans les décombres.
Si les armes se sont plus ou moins tues à Gaza, la violence ne s’est pas évaporée. Elle s’est déplacée. En Cisjordanie occupée, les opérations militaires se multiplient, les arrestations s’intensifient et le dispositif législatif israélien resserre encore l’étau sur les libertés déjà réduites des habitants palestiniens. Dans plusieurs localités, des colons se livrent à des exactions, souvent sous la protection ou le regard de l’armée. Les tensions y sont désormais quasi permanentes.
Face à cette situation, les réactions internationales apparaissent timides. Les puissances européennes murmurent des condamnations, appellent à la retenue, évoquent le droit international humanitaire. Mais aucune sanction majeure n’a été prise. Les dirigeants européens, pris dans des équilibres diplomatiques complexes, évitent l’affrontement frontal avec Israël et son Premier ministre Benyamin Netanyahou. Dans le même temps, l’administration américaine dirigée par Donald Trump réaffirme son soutien à son allié privilégié. Le contraste entre la violence des faits et la prudence des chancelleries nourrit un sentiment d’abandon dans une partie de l’opinion publique mondiale.
L’étude publiée dans The Lancet Global Health ne se contente donc pas d’ajouter des chiffres à une tragédie. Elle interroge la manière dont cette guerre est racontée, perçue, comprise. Sous-estimer les morts, même involontairement, c’est aussi amoindrir la portée d’un désastre humain sans précédent récent dans la région. Alors que les bilans restent approximatifs et que des corps demeurent ensevelis sous les gravats, la question centrale demeure : la communauté internationale est-elle prête à regarder en face l’ampleur réelle de ce qui s’est produit à Gaza ?
Car derrière les pourcentages et les controverses méthodologiques, il y a des vies, des familles, un territoire rendu exsangue. Et une région dont l’équilibre politique et moral semble plus fragile que jamais.