Détroit d'Ormuz : comment les tensions Iran-États-Unis font trembler le Bitcoin
Les tensions géopolitiques autour du détroit d'Ormuz, artère vitale du commerce pétrolier mondial, se sont considérablement intensifiées en février 2026. Les exercices militaires iraniens, les déploiements navals américains et les menaces de blocage de ce passage stratégique ont provoqué des ondes de choc sur les marchés financiers, et les cryptomonnaies n'y échappent pas. Le Bitcoin, qui avait déjà chuté sous les 80 000 dollars en janvier, reste particulièrement vulnérable à cette escalade.
Le détroit d'Ormuz, large d'à peine 33 kilomètres dans sa partie la plus étroite, voit transiter chaque jour environ 20 millions de barils de pétrole, soit près de 20 % de l'approvisionnement mondial. Ce goulet d'étranglement maritime, situé entre l'Iran et Oman, constitue depuis des décennies un levier de pression géopolitique majeur. En février 2026, il est redevenu le théâtre d'une confrontation directe entre Téhéran et Washington.
Les Gardiens de la Révolution iraniens ont lancé le 1er février un exercice naval de tir réel de deux jours, tandis que les États-Unis mobilisaient une dizaine de navires dans la région, dont le porte-avions Abraham Lincoln. Le 16 février, l'Iran a franchi un nouveau palier avec l'opération « Contrôle intelligent », déployant ses unités navales et systèmes de missiles à vingt-quatre heures de la reprise des négociations nucléaires à Genève. Le Pentagone a répondu par l'annonce du déploiement du porte-avions USS Gerald R. Ford en renfort.
Plus préoccupant encore, le parlement iranien a approuvé une proposition de fermeture temporaire du détroit, provoquant une onde de choc dans les chancelleries internationales. L'ayatollah Ali Khamenei a adressé un avertissement sévère aux États-Unis, déclarant que le détroit deviendrait « un enfer » en cas de provocation. Ce mardi 18 février, l'Iran et la Russie ont annoncé des manœuvres militaires conjointes dans la mer d'Oman, programmées pour le lendemain.
Le Bitcoin, victime collatérale de la flambée pétrolière
L'impact sur les marchés des cryptomonnaies a été brutal. Fin janvier, le Bitcoin a plongé sous les 80 000 dollars, un niveau plus vu depuis avril 2025, dans un contexte d'explosion à Bandar Abbas et de frappes américaines rapportées contre des installations nucléaires iraniennes. Plus de 948 millions de dollars de liquidations ont été enregistrés sur les marchés crypto en une seule journée. Ethereum est passé sous les 2 200 dollars, le XRP sous les 2 dollars.
Le mécanisme est désormais bien identifié par les analystes : la hausse des prix du pétrole, alimentée par les risques de perturbation dans le détroit, entraîne des pressions inflationnistes qui poussent les banques centrales vers des politiques monétaires plus restrictives. Les taux d'intérêt plus élevés renforcent le dollar et réduisent la liquidité disponible pour les actifs spéculatifs. JPMorgan Chase estime qu'un blocage prolongé du détroit pourrait propulser le baril à 120-130 dollars, portant l'inflation américaine à 5 %.
« Le plus grand risque, c'est si l'Iran ferme le détroit d'Ormuz. Si cela se produit, le pétrole connaîtra une hausse massive et les actifs à risque chuteront brutalement. Et si cela arrive un week-end, le marché qui fonctionne 24h/24 — les cryptos — encaissera le choc en premier », a prévenu Nic Puckrin, fondateur de Coin Bureau.
Le mythe de l'or numérique à l'épreuve des faits
Cette crise remet en question le récit du Bitcoin comme « or numérique » et valeur refuge. Tandis que l'or physique atteignait un record historique à 4 563 dollars l'once en janvier 2026, porté par la fuite vers la sécurité, le Bitcoin poursuivait sa chute libre. La sensibilité du coût de minage aux prix de l'énergie — estimée entre 15 et 20 % — limite la fiabilité du Bitcoin comme couverture en période de crise pétrolière.
L'adoption institutionnelle croissante et le lancement des ETF Bitcoin ont paradoxalement renforcé la corrélation avec les indices boursiers traditionnels. Le Bitcoin se comporte davantage comme un actif à risque que comme une réserve de valeur en période de turbulences géopolitiques majeures. Les analystes recommandent désormais des portefeuilles diversifiés privilégiant l'or et les obligations, avec une allocation prudente en Bitcoin.
Le paradoxe iranien mérite toutefois d'être souligné. L'écosystème crypto iranien a atteint 7,78 milliards de dollars en 2025. Les citoyens iraniens ont massivement retiré leurs bitcoins vers des portefeuilles personnels, utilisant les cryptomonnaies comme protection contre l'effondrement de leur monnaie nationale. Les prochaines semaines seront déterminantes : entre négociations à Genève et escalade militaire dans le Golfe, les marchés crypto restent suspendus aux décisions de Téhéran et Washington.