Lyon : L'Humanité révèle des guet-apens planifiés par Némésis et des néonazis
Des échanges internes datant d'octobre 2025, dévoilés par le journal L'Humanité, révèlent que des militantes du collectif fémonationaliste Némésis planifiaient des guet-apens avec des groupuscules néofascistes pour piéger des militants antifascistes à Lyon. Ces révélations, publiées par le journaliste Thomas Lemahieu, éclairent d'un jour nouveau les événements qui ont précédé la mort de Quentin Deranque le 14 février dernier.
Le journal a eu accès à une conversation de plus de 150 messages échangés sur un canal de la messagerie chiffrée Telegram entre des cadres du collectif Némésis et des membres d'Audace Lyon, nouveau nom du groupuscule Lyon Populaire dissous en 2025. Le mode opératoire décrit est sans ambiguïté : les militantes de Némésis proposaient d'organiser des actions de tractage sur des campus lyonnais, en sachant que des antifascistes se mobiliseraient en réponse, pendant que des militants néofascistes se tenaient prêts à les agresser.
« On peut être deux, trois filles à tracter là où vous voulez les choper, un peu pour faire l'appât », écrit une responsable de Némésis dans ces échanges. En face, Calixte Guy, figure connue de la mouvance néonazie lyonnaise, répond qu'il allait réunir « entre 8 et 10 gars » parmi les membres d'Audace Lyon et de la Section Karcher, autre groupe violent d'extrême droite.
Une stratégie d'embuscade assumée sur les campus lyonnais
Ces échanges décrivent une stratégie politique délibérée. Le principe est posé très tôt dans les conversations : Némésis prévoit un tractage, en sachant que des antifascistes viendront. La responsable locale l'écrit elle-même : « Il est fort probable qu'ils aient prévu notre venue et mobilisé des gauches. » Les néonazis y voient une opportunité. Un de leurs dirigeants répond : « Nous, on monte une équipe sur place pour choper les gauches. »
Les actions visées se déroulaient notamment à l'université catholique de Lyon à l'automne 2025. Selon L'Humanité, ces opérations de tractage et d'agit-prop servaient de couverture à des embuscades coordonnées. Ce que révèlent ces documents, ce n'est pas un simple dérapage mais une stratégie organisée : utiliser Némésis comme vitrine publique, attirer les militants de gauche, et laisser les néofascistes frapper.
Les perquisitions menées au domicile de Calixte Guy ont d'ailleurs mis au jour des armes et des fichiers contenant des informations sur des militants antifascistes. L'Humanité révèle également que ce même individu avait été identifié par la police parmi les 25 nervis ayant organisé une descente en février 2025 à Paris contre la projection d'un film de Costa-Gavras par l'association kurde Young Struggle.
Un éclairage décisif sur les événements du 12 février
Ces révélations prennent une dimension particulière au regard des événements du 12 février 2026, lorsque des affrontements entre militants d'extrême droite et antifascistes ont éclaté devant l'Institut d'études politiques de Lyon, en marge d'une conférence de l'eurodéputée LFI Rima Hassan. Quentin Deranque, 23 ans, militant identitaire proche d'Audace Lyon, y a été mortellement blessé. Il est décédé deux jours plus tard d'un « traumatisme cranioencéphalique majeur ».
Depuis ce drame, les militantes de Némésis multiplient les apparitions médiatiques pour imposer un récit victimaire, affirmant que leur groupe aurait été pris dans un guet-apens tendu par des antifascistes. Les documents publiés par L'Humanité décrivent pourtant une réalité inverse : c'est bien le camp d'extrême droite qui planifiait des embuscades depuis des mois. Les images de vidéosurveillance montrent d'ailleurs que le groupe de Quentin Deranque était cagoulé et équipé, tandis que les antifascistes se trouvaient à visage découvert.
L'affaire Némésis met également en lumière les connexions entre différents groupuscules d'extrême droite à Lyon. Derrière la multiplication des sigles – Audace Lyon, Section Karcher, anciennement Lyon Populaire – se cachent souvent les mêmes individus qui recréent des structures violentes en dépit des dissolutions. Tiffany Joncour, figure de Némésis, est mariée avec Maxime Gaucher, décrit comme un militant néonazi et hooligan ultra violent. Ces révélations alimentent les appels à la dissolution du collectif fémonationaliste, alors que l'affaire Deranque continue d'embraser le débat politique en France.