Zorro Ranch : le Nouveau-Mexique enquête sur deux corps présumés enterrés chez Epstein
Un courriel anonyme de 2019, récemment déclassifié par le département de la Justice américain, affirme que deux jeunes filles étrangères auraient été tuées « par strangulation lors de rapports sexuels brutaux et fétichistes » puis enterrées dans les collines entourant le Zorro Ranch de Jeffrey Epstein, au Nouveau-Mexique. L'État a rouvert une enquête pénale et lancé une commission de vérité inédite pour faire la lumière sur les activités criminelles présumées du financier déchu dans cette propriété isolée.
Le procureur général du Nouveau-Mexique, Raúl Torrez, a ordonné la réouverture de l'enquête après avoir examiné la dernière vague de documents publiés par le département de la Justice fédéral. « Bien que l'enquête initiale ait été close en 2019 à la demande du bureau du procureur des États-Unis pour le district sud de New York, les révélations contenues dans les dossiers FBI précédemment scellés justifient un examen plus approfondi », a déclaré Lauren Rodriguez, cheffe de cabinet du procureur.
Le courriel en question avait été envoyé quelques mois après la mort d'Epstein en prison, en août 2019, à Eddy Aragon, un animateur de radio local qui avait évoqué le Zorro Ranch à l'antenne. L'expéditeur, se présentant comme un ancien employé du ranch, réclamait un bitcoin en échange de sept vidéos montrant prétendument Epstein en compagnie de mineures. Il affirmait également que deux jeunes filles étrangères avaient été enterrées « quelque part dans les collines autour du Zorro » sur ordre du milliardaire. Un rapport du FBI datant de 2021 confirme qu'Aragon s'était rendu dans un bureau fédéral pour signaler ce message.
Une commission de vérité sans précédent
Parallèlement à l'enquête pénale, l'assemblée législative du Nouveau-Mexique a adopté à l'unanimité — démocrates et républicains confondus — la création d'une commission d'enquête bipartisane dotée d'un budget de 2,5 millions de dollars et du pouvoir d'assignation. Ce panel, composé notamment de l'ancienne procureure Andrea Reeb et de William « Bill » Hall II, agent retiré du FBI, devra recueillir les témoignages de victimes présumées et de résidents locaux. Ses premiers résultats sont attendus en juillet, avec un rapport final d'ici la fin de l'année 2026.
L'enquête porte sur des décennies d'activités présumées au sein de cette propriété de 3 000 hectares, achetée en 1993 à l'ancien gouverneur démocrate Bruce King pour environ 12 millions de dollars. Epstein y avait fait construire un manoir de 2 480 mètres carrés au sommet d'une colline et une piste d'atterrissage privée. Il louait également 500 hectares de terres publiques alentour, officiellement pour l'élevage, mais en réalité comme zone tampon pour garantir l'isolement de sa propriété — ces baux ont été résiliés en 2019.
Le département de la Justice du Nouveau-Mexique a adressé un courrier à Todd Blanche, procureur général adjoint des États-Unis, pour demander l'accès à la version non caviardée du courriel de 2019, ainsi qu'à l'ensemble des documents liés à l'affaire Epstein mentionnant le Zorro Ranch.
Des alertes ignorées et des soupçons persistants
Les documents déclassifiés révèlent également que le FBI avait été alerté sur la possible destruction de preuves au ranch. Un ancien policier qui patrouillait aux abords de la propriété depuis quinze ans avait signalé la construction d'une « grange suspecte » équipée d'un incinérateur, suggérant qu'Epstein pourrait y détruire des éléments compromettants. Ces avertissements n'avaient pas donné lieu à des fouilles du site.
Prudence reste toutefois de mise. Le département de la Justice a lui-même averti que certains documents déclassifiés « contiennent des affirmations fausses et sensationnalistes », y compris des accusations anonymes que les enquêteurs n'ont pas corroborées, voire ont jugé infondées. À ce jour, aucun corps n'a été retrouvé au Zorro Ranch. L'allégation du courriel de 2019 reste non confirmée, et l'enquête vise précisément à en déterminer la crédibilité.
Depuis 2023, la propriété appartient à la famille de Don Huffines, ancien sénateur républicain du Texas, qui l'a achetée avec des fonds issus de la succession d'Epstein reversés aux victimes. Rebaptisé Rancho de San Rafael, le domaine doit être transformé en retraite chrétienne. La famille Huffines a indiqué qu'elle coopérerait pleinement avec les autorités. L'affaire Epstein continue ainsi de livrer ses secrets, plus de six ans après la mort du financier, et le Zorro Ranch pourrait bien receler les preuves les plus accablantes de son réseau criminel tentaculaire.