Arnaque au faux conseiller bancaire : une cliente du Crédit Agricole perd 19 200 €
Une résidente de Dirac, en Charente, a été dépouillée de 19 200 euros le 2 février dernier après un appel téléphonique d'un escroc se faisant passer pour un conseiller du Crédit Agricole. Le numéro affiché correspondait à celui de son agence, et le faux conseiller disposait d'informations personnelles d'une précision redoutable. Cette affaire illustre la montée en puissance des arnaques par spoofing téléphonique, alimentées par des fuites de données massives.
Ce dimanche 2 février, la victime reçoit un appel qui ne suscite aucune méfiance. Le numéro inscrit sur son écran est celui de sa banque. L'homme au bout du fil se présente comme un conseiller du Crédit Agricole et déroule un discours parfaitement rodé. Il connaît son prénom, sa date de naissance, son numéro de compte. Plus troublant encore, il mentionne un rendez-vous que son mari a réellement eu en agence trois jours plus tôt.
« Il savait tout de ma vie, mon prénom, ma date de naissance et même notre numéro de compte », a confié la victime à la Charente Libre. Face à tant de précision, impossible pour elle d'imaginer qu'il ne s'agit pas d'un véritable employé de sa banque.
L'escroc invoque alors une urgence : des opérations suspectes auraient été détectées sur son compte. Il faut agir vite. Sous la pression, la cliente accepte de suivre les instructions. Elle relève son plafond de virement via son application bancaire et saisit un code de sécurité à six chiffres. En réalité, cette manipulation permet au fraudeur d'enregistrer un nouvel IBAN et d'ordonner un virement de 19 200 euros vers un compte tiers. En quelques minutes, l'argent s'envole.
Des fuites de données qui arment les escrocs
Cette arnaque sophistiquée repose sur une technique bien identifiée : le spoofing téléphonique, qui permet d'afficher un faux numéro d'appelant sur le téléphone de la victime. Mais ce qui rend ce type de fraude particulièrement redoutable, c'est la quantité d'informations personnelles dont disposent les escrocs.
Le 18 février 2026, la Direction générale des Finances publiques a confirmé une intrusion dans le fichier FICOBA, le registre national des comptes bancaires ouverts en France. Selon l'administration, les RIB, IBAN, identités et adresses de 1,2 million de Français ont été exposés. De quoi fournir aux fraudeurs la matière première nécessaire pour bâtir des scénarios d'une crédibilité imparable.
Ce cas n'est malheureusement pas isolé. En France, les arnaques téléphoniques explosent depuis plusieurs mois. À Reims, une association d'aide aux malades du cancer a perdu 17 000 euros selon un procédé similaire en février. En juillet 2025, quatre personnes âgées d'Aubagne ont été escroquées de 230 000 euros au total par un seul individu, depuis condamné à quatre ans d'emprisonnement.
La justice renforce les droits des victimes
Face à l'ampleur du phénomène, la jurisprudence évolue en faveur des victimes. Le 22 mai 2025, la Cour d'appel de Paris a rendu deux décisions confirmant la responsabilité des banques dans ces affaires. Les juges ont estimé que la sophistication de la fraude — usurpation d'un numéro officiel, connaissance d'informations personnelles précises — empêchait les victimes de déceler la supercherie. Être abusé par un faux conseiller ne constitue donc pas automatiquement une négligence grave.
Ces décisions ouvrent la voie à des remboursements plus fréquents, même lorsque le client a validé l'opération sous la pression de l'appel. Pour la cliente de Dirac, l'espoir d'obtenir réparation existe.
Les autorités rappellent la règle d'or : ne jamais valider d'opération bancaire à la demande d'un interlocuteur qui vous appelle, même si le numéro affiché semble fiable. En cas de doute, il faut raccrocher immédiatement et rappeler soi-même son agence via le numéro habituel. Les banques n'appellent jamais pour demander un code de sécurité ou la validation d'un virement.