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Faux avis sur Google : quand une ophtalmologue traque ses détracteurs

Une ophtalmologue installée en Isère a vu sa réputation professionnelle anéantie en quelques heures par des avis négatifs anonymes sur Google. Diffusé dimanche 22 février sur TF1, le documentaire « Grands Reportages – Arnaques, faux avis : enquête sur les pièges d'internet », réalisé par Céline Jallet, retrace son combat pour retrouver l'auteur de ces commentaires dénigrants et obtenir justice. Un phénomène qui touche de plus en plus de professionnels de santé en France.

Perrine est ophtalmologue. Lorsqu'elle ouvre son cabinet en Isère, elle ne se doute pas que sa carrière va basculer à cause de quelques lignes tapées sur un clavier. « Je venais d'ouvrir mon cabinet quatre mois plus tôt. Du jour au lendemain, tout s'effondre. On perd des rendez-vous, on se dit que les gens vont moins venir », témoigne-t-elle face caméra. Sur sa fiche Google, des commentaires anonymes assassins apparaissent, attaquant la qualité de ses soins et l'hygiène de son cabinet. Sa note chute brutalement.

Pour cette praticienne, la situation est d'autant plus cruelle que les avis semblent coordonnés, publiés dans un laps de temps très court, avec des formulations similaires. Le doute s'installe : il ne s'agit pas de patients mécontents, mais d'une campagne de dénigrement orchestrée. Avec l'aide de son avocat, Perrine décide de mener l'enquête pour identifier l'auteur de ces faux avis.

Une enquête pour démasquer l'anonymat

Pendant plus d'un an, l'équipe de « Grands Reportages » a suivi Perrine dans ses démarches. Le documentaire montre les difficultés auxquelles se heurtent les victimes de dénigrement en ligne : anonymat des auteurs, lenteur des procédures, et surtout le sentiment d'impuissance face à une réputation numérique qui se détruit bien plus vite qu'elle ne se construit.

Le cas de Perrine est loin d'être isolé. En France, les professionnels de santé sont particulièrement exposés à ce phénomène. Selon l'Ordre des médecins, les avis malveillants peuvent constituer de la diffamation, du dénigrement commercial ou porter atteinte à la vie privée. Mais les praticiens se trouvent dans une situation paradoxale : tenus par le secret médical, ils ne peuvent pas répondre publiquement pour rétablir la vérité sur une consultation.

Le reportage de TF1 ne se limite pas au monde médical. Il met également en lumière l'histoire de David, à Montbéliard, qui a perdu ses économies après avoir fait confiance à un influenceur immobilier se faisant appeler « Tom Monopoly ». Ce dernier, qui promettait à ses abonnés de devenir rentiers grâce à des placements prétendument juteux, fait aujourd'hui l'objet d'une enquête judiciaire.

Un arsenal juridique en renforcement

Le documentaire aborde aussi le cas glaçant de Pascal, ingénieur lyonnais, qui a perdu 350 000 euros après avoir visionné une vidéo truquée – un deepfake – dans laquelle l'acteur Jean Reno semblait promouvoir une plateforme d'investissement en ligne. « Ils ont volé mes économies, vidé mes comptes personnels, familiaux et professionnels. J'ai même convaincu ma femme de me donner ses économies. J'ai tout perdu », confie-t-il, effondré.

Face à ces dérives, le cadre juridique français se durcit. Les faux avis sont désormais passibles de deux ans de prison et de 300 000 euros d'amende en vertu du code de la consommation. La DGCCRF dispose d'un outil de détection baptisé « Polygraphe » pour traquer les commentaires frauduleux. De son côté, Google a supprimé 240 millions de faux avis en 2024 grâce à l'intelligence artificielle, un chiffre qui illustre l'ampleur du phénomène.

La directive européenne « Omnibus » impose par ailleurs aux plateformes de garantir que les avis proviennent de véritables clients. Mais pour les victimes comme Perrine, le chemin vers la justice reste long et coûteux. Comme le révélait récemment Mediaterranee.com, quatre Français sur dix ont été victimes de cyber-malveillance en 2025, confirmant que ces pratiques constituent désormais un enjeu de société majeur.

Le reportage de Céline Jallet a le mérite de mettre des visages sur ces statistiques et de rappeler une réalité amère : sur internet, une réputation bâtie en des années de travail peut être détruite en quelques clics. Pour les professionnels de santé comme pour les particuliers, la vigilance reste le premier rempart contre ces nouvelles formes de malveillance numérique.

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