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Mexique : chaos après l'élimination d'"El Mencho", chef du cartel CJNG

L'armée mexicaine a abattu dimanche 22 février Nemesio Oseguera Cervantes, alias « El Mencho », le chef du puissant cartel Jalisco Nueva Generación (CJNG), lors d'une opération militaire dans la localité de Tapalpa, dans l'État de Jalisco. Sa mort a déclenché une vague de violences sans précédent à travers le pays, les partisans du narcotrafiquant prenant d'assaut les routes et semant la terreur dans plus de vingt États mexicains.

L'opération, menée avec le soutien du renseignement américain, a pris pour cible le baron de la drogue le plus recherché au monde dans les montagnes de Jalisco. Blessé par balles lors de l'assaut, « El Mencho » est décédé pendant son transfert par hélicoptère vers Mexico. Au total, sept membres du cartel ont été tués et deux autres arrêtés. Les forces armées ont saisi un arsenal impressionnant, notamment des lance-roquettes capables d'abattre des avions et de détruire des véhicules blindés. Trois soldats ont été blessés au cours de l'affrontement.

« Les États-Unis ont fourni un soutien en matière de renseignement au gouvernement mexicain afin de l'aider dans cette opération », a confirmé Karoline Leavitt, porte-parole de la Maison-Blanche. Le sous-secrétaire d'État américain Christopher Landau a qualifié « El Mencho » de « baron de la drogue le plus sanguinaire et le plus impitoyable ». Les États-Unis offraient jusqu'à 15 millions de dollars pour sa capture.

Un pays plongé dans le chaos

La riposte du CJNG a été immédiate et d'une violence inouïe. Des hommes armés ont bloqué les routes à plus de 250 points dans vingt États mexicains, incendiant des véhicules et des commerces. Les images diffusées sur les réseaux sociaux montrent des scènes de panique à l'aéroport de Guadalajara et des colonnes de fumée s'élevant au-dessus de Puerto Vallarta, station balnéaire prisée des touristes.

Le bilan humain est lourd : 25 membres de la Garde nationale, un agent de sécurité, un fonctionnaire et une civile ont été tués dans les affrontements. Trente membres du cartel ont également péri face aux forces de l'ordre. Le gouverneur de Jalisco, Pablo Lemus, a activé le « code rouge » et suspendu les transports publics, appelant la population à rester chez elle. Plus de 1 000 visiteurs se sont retrouvés bloqués toute la nuit au zoo de Guadalajara, les routes étant impraticables.

Les conséquences se sont étendues bien au-delà du Jalisco. Au moins huit des trente-deux États mexicains ont suspendu les cours. Des compagnies aériennes comme Southwest, Alaska Airlines et Delta ont annulé des dizaines de vols. L'ambassade américaine a émis un ordre de confinement pour ses ressortissants dans plusieurs États, dont le Jalisco, le Michoacán et le Tamaulipas. La présidente Claudia Sheinbaum a appelé au calme, affirmant lundi que « la quasi-totalité des activités a été rétablie », après le déploiement de 2 500 soldats supplémentaires dans l'ouest du pays.

La fin d'un parrain, le début d'une guerre de succession

Né en 1966 dans une famille modeste du Michoacán, Nemesio Oseguera avait immigré jeune aux États-Unis, où il fut condamné pour trafic d'héroïne dans les années 1980. Expulsé après avoir purgé sa peine, il avait rejoint le cartel del Milenio avant de fonder le CJNG en 2009 dans l'État de Jalisco. Sous sa direction, le cartel est devenu l'organisation criminelle la plus puissante du Mexique selon le FBI, responsable de l'essentiel du trafic de cocaïne, d'héroïne, de méthamphétamine et de fentanyl vers les États-Unis.

Sa disparition laisse un vide de pouvoir considérable. Son fils aîné, « El Menchito », purge une peine de prison à perpétuité aux États-Unis depuis 2025. Son beau-fils, Juan Carlos González Valencia, qui supervise la branche paramilitaire du cartel, est considéré comme un successeur potentiel. Mais les analystes redoutent surtout une guerre intestine similaire à celle qui déchire le cartel de Sinaloa depuis l'arrestation d'« El Chapo » et d'Ismael « Mayo » Zambada.

L'enjeu sécuritaire est d'autant plus crucial que Guadalajara doit accueillir quatre matchs de la Coupe du monde de football 2026, dont un de la sélection mexicaine, avec près de trois millions de visiteurs attendus en juin. Le gouvernement mexicain devra démontrer sa capacité à démanteler les structures criminelles tout en contenant les vagues de violence qui accompagnent chaque élimination d'un chef de cartel. Une équation que le Mexique n'a jamais réussi à résoudre.

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