Save America Act : une loi qui pourrait priver 21 millions d'Américains de vote
Le président américain Donald Trump fait pression sur le Congrès pour adopter le Save America Act, une réforme électorale qui imposerait à chaque citoyen de prouver sa nationalité pour s'inscrire sur les listes électorales et de présenter une pièce d'identité avec photo le jour du vote. Selon le Brennan Center for Justice, plus de 21 millions d'Américains pourraient se retrouver dans l'impossibilité de voter, faute de documents adaptés.
Pour Donald Trump, il s'agit de « l'une des lois les plus importantes de l'histoire des États-Unis ». Le président a même menacé de bloquer toutes les autres lois tant que celle-ci ne serait pas adoptée. « Je ne signerai aucun autre projet de loi tant que celui-ci ne sera pas voté », a-t-il déclaré sur son réseau Truth Social début mars 2026.
Le Save America Act, adopté par la Chambre des représentants le 11 février 2026 par 218 voix contre 213, est désormais examiné par le Sénat. Un seul démocrate, Henry Cuellar, a voté avec les républicains. Le texte prévoit que chaque électeur devra fournir un passeport américain ou un permis de conduire accompagné d'un acte de naissance pour s'inscrire sur les listes électorales. Ces documents devront être vérifiés en personne dans un bureau électoral.
Un obstacle majeur pour les plus vulnérables
Le problème, c'est qu'aux États-Unis, il n'existe pas de carte nationale d'identité comme en France. Environ la moitié des Américains ne possèdent pas de passeport valide, dont le coût minimum s'élève à 130 dollars. Selon une étude du Brennan Center for Justice, de VoteRiders et de l'Université du Maryland, plus de 21,3 millions de citoyens américains en âge de voter ne seraient pas en mesure de produire rapidement ces documents. Parmi eux, 3,8 millions n'en possèdent tout simplement pas.
Actuellement, les règles varient considérablement selon les États. En Californie et à New York, par exemple, aucune pièce d'identité n'est exigée pour voter. Les populations les plus touchées par cette réforme seraient les plus pauvres, les minorités ethniques, notamment les électeurs afro-américains, ainsi que les jeunes votant pour la première fois. Des dizaines de millions de femmes mariées seraient également concernées, car la loi compliquerait le vote pour les personnes dont le nom diffère entre l'acte de naissance et les papiers d'identité.
Une fraude électorale quasi inexistante
Officiellement, l'objectif affiché du Save America Act est d'empêcher les non-citoyens de voter. Mais les données disponibles montrent que ce phénomène est extrêmement marginal. Selon une analyse du Washington Post, seules 85 affaires suspectant des votes de non-citoyens ont été recensées entre 2002 et 2023 dans la base de données de la Heritage Foundation, un think tank ultra-conservateur. Sur 1,5 milliard de bulletins déposés lors des élections fédérales depuis 2000, cela représente 0,000007 % des votes.
Pour les opposants à la loi, celle-ci crée surtout des obstacles pour des citoyens qui ont pourtant le droit de voter. « Si cette loi est adoptée, ce serait la première fois dans notre histoire que le Congrès vote une loi restreignant l'accès au vote », a déclaré Wendy Weiser, vice-présidente du Brennan Center for Justice. Les inquiétudes sur les dérives autoritaires de l'administration Trump ne cessent de croître parmi les défenseurs des droits civiques.
Au Sénat, les républicains détiennent 53 sièges contre 47 pour les démocrates, insuffisant pour atteindre la majorité de 60 voix nécessaire pour contourner l'obstruction parlementaire. Certains élus républicains appellent à modifier les règles du Sénat pour faire passer le texte, mais le chef de la majorité John Thune s'y est jusqu'ici opposé. Le débat promet d'être long et âpre.