sfy39587stp17
Aller au contenu principal

ORION 2026 : la frégate Mohammed VI, signal fort du Maroc en Méditerranée

Le Maroc participe, depuis le 8 février, au plus vaste exercice militaire organisé par la France depuis la fin de la guerre froide. En déployant la frégate FREMM Mohammed VI, navire amiral de la Marine royale, au sein de la coalition de 24 nations engagées dans ORION 2026, Rabat envoie un message stratégique fort à la Méditerranée, au Sahel et à ses partenaires européens.

Du 8 février au 30 avril, les côtes bretonnes et atlantiques françaises sont le théâtre d une mobilisation militaire exceptionnelle. ORION 2026, troisième édition de cet exercice interarmées et multinational, mobilise jusqu à 12 500 militaires, 25 bâtiments de guerre, 140 aéronefs et 1 200 drones sur quinze départements, de la Bretagne à la Guyane. Le scénario met en scène une nation expansionniste fictive, « Mercure », qui tente de déstabiliser un État voisin pour empêcher son rapprochement avec l Union européenne. L objectif : tester la capacité de la France à « entrer en premier sur un théâtre d opérations et à s intégrer dans un dispositif otanien », selon le ministère des Armées.

Dans ce dispositif colossal, la présence marocaine ne passe pas inaperçue. La frégate Mohammed VI, joyau technologique construit par DCNS à Lorient et livré en 2014 pour 470 millions d euros, opère aux côtés du porte-avions Charles de Gaulle et de la frégate espagnole Álvaro de Bazán. Long de 142 mètres, déplaçant 6 000 tonnes, ce bâtiment de classe FREMM est équipé de missiles ASTER 15, d Exocet MM40 et de torpilles MU90, ce qui en fait la plus puissante frégate du continent africain. Sa capacité en lutte anti-sous-marine, anti-surface et en défense aérienne la rend particulièrement adaptée aux opérations multinationales de coordination et d escorte que requiert ORION 2026.

Un partenariat militaire franco-marocain en pleine accélération

La participation du Maroc à ORION 2026 n est pas un acte isolé. Elle s inscrit dans une dynamique de coopération militaire bilatérale sans précédent. En 2025, les deux pays ont enchaîné les exercices conjoints : Chergui 2025 en septembre, centré sur la lutte antiterroriste au Sahel, puis Marathon 25 en juillet avec les Forces royales Air. La 23e réunion de la Commission militaire mixte maroco-française, tenue à Paris en décembre 2025, a formalisé cet approfondissement stratégique. Des négociations seraient même à un stade avancé pour la fourniture de sous-marins de type Barracuda aux Forces armées royales.

En envoyant son navire amiral dans un exercice de cette envergure, le Maroc affirme sa stature de partenaire militaire de premier plan pour Paris. « Le Maroc est un pilier de la stabilité en Afrique du Nord et au Sahel », rappellent les analystes de défense. À l heure où la France a été contrainte de quitter le Mali, le Burkina Faso et le Niger, Rabat apparaît comme un relais stratégique incontournable pour maintenir une présence sécuritaire dans la bande sahélo-saharienne.

L exercice se déroule en trois phases : une planification opérationnelle lancée dès le 6 janvier, une phase dynamique sur le terrain du 8 février au 1er mars incluant des opérations amphibies et aéroportées, puis une intégration dans la chaîne de commandement de l OTAN du 7 au 30 avril. Cette dernière séquence est particulièrement significative pour le Maroc, qui renforce depuis plusieurs années sa coopération avec l Alliance atlantique en tant que partenaire stratégique régional.

Un message géopolitique en Méditerranée et au-delà

Au-delà de l interopérabilité militaire, la présence de la frégate Mohammed VI au large des côtes françaises porte un message géopolitique clair. En Méditerranée occidentale, le Maroc se positionne comme un acteur naval crédible, capable d opérer selon les standards de l OTAN aux côtés des marines les plus avancées du monde. Face à l instabilité persistante en Libye et aux tensions en Méditerranée orientale, cette démonstration de capacité n est pas anodine.

La coalition réunie autour d ORION 2026 est elle-même révélatrice. Aux côtés des alliés traditionnels de l OTAN — États-Unis, Royaume-Uni, Allemagne, Italie —, figurent le Japon, la Corée du Sud, Singapour, le Brésil et le Qatar. Le Maroc est le seul pays du Maghreb présent, ce qui renforce sa singularité diplomatique dans une région où l Algérie, son voisin et rival, reste absente de ce type de manœuvres multinationales.

L exercice intègre aussi des dimensions nouvelles : guerre électronique, intelligence artificielle, cyberdéfense et brouillage satellitaire. La participation marocaine à ces volets technologiques témoigne de la modernisation continue des forces armées royales, engagées dans un vaste programme d acquisition et de montée en gamme de leurs équipements.

Avec ORION 2026, le Maroc franchit un palier. En engageant son navire le plus puissant dans le plus grand exercice militaire européen de l année, Rabat ne se contente pas de participer : il affirme son ancrage dans l architecture de sécurité euro-atlantique, tout en rappelant son rôle de pivot entre l Europe, l Afrique et le monde arabe. Un positionnement stratégique que ses partenaires, à commencer par Paris, observent avec le plus grand intérêt.

sfy39587stp16