Microsoft prédit l'automatisation des emplois de bureau d'ici 18 mois grâce à l'IA
Le directeur de l'intelligence artificielle de Microsoft, Mustafa Suleyman, a déclaré dans un entretien au Financial Times que la quasi-totalité des tâches de bureau seraient automatisées par l'IA dans les 12 à 18 prochains mois. Une prédiction choc qui vise directement les avocats, comptables, chefs de projet et spécialistes du marketing, et qui relance un débat brûlant sur l'avenir du travail intellectuel.
Les mots sont sans détour. « Le travail de bureau, où vous êtes assis devant un ordinateur, que vous soyez avocat, comptable, chef de projet ou spécialiste du marketing – la plupart de ces tâches seront entièrement automatisées par une IA dans les 12 à 18 prochains mois », a affirmé Mustafa Suleyman lors de cet échange avec le quotidien économique britannique. Le patron de Microsoft AI va même plus loin en évoquant une « AGI de niveau professionnel » – une intelligence artificielle générale capable de rivaliser avec les compétences humaines – dans un horizon de deux ans.
Pour appuyer ses propos, Suleyman cite l'exemple du génie logiciel chez Microsoft. Selon lui, les ingénieurs de l'entreprise utilisent déjà des assistants de codage basés sur l'IA pour la grande majorité de leur travail. Le PDG de Microsoft, Satya Nadella, a lui-même affirmé que plus d'un quart du code de l'entreprise est désormais généré par l'intelligence artificielle. L'ambition est claire : Microsoft développe ses propres modèles de fondation pour réduire sa dépendance vis-à-vis d'OpenAI et proposer des outils toujours plus autonomes aux entreprises.
Des agents IA au cœur de la stratégie
La vision de Microsoft repose sur les agents IA, ces programmes capables d'enchaîner des tâches complexes de manière autonome : rédiger des rapports, analyser des données, gérer des plannings ou synthétiser des informations provenant de sources multiples. Le baromètre Work Trend Index 2025 de Microsoft révèle que 82 % des dirigeants mondiaux – 71 % en France – prévoient de soutenir leurs effectifs à l'aide d'agents IA au cours des 12 à 18 prochains mois. Près de la moitié des dirigeants interrogés déclarent que leur entreprise utilise déjà des agents pour automatiser entièrement des flux de travail, notamment dans le service client, le marketing et le développement de produits.
Les marchés financiers prennent ces annonces très au sérieux. Les valeurs technologiques du secteur logiciel ont récemment connu une vente massive, surnommée la « SaaSpocalypse », après les annonces d'Anthropic et d'OpenAI concernant le lancement de systèmes d'IA agentique destinés aux entreprises. Selon le cabinet Challenger, Gray & Christmas, quelque 55 000 suppressions d'emplois en 2025 étaient directement liées à l'IA. Microsoft n'a pas été épargnée, avec 15 000 postes supprimés l'an dernier.
Entre promesses et scepticisme
Mustafa Suleyman n'est pas le seul à tenir ce discours. Dario Amodei, patron d'Anthropic, a prévenu que l'IA pourrait supprimer environ la moitié des postes de bureau d'entrée de gamme. Le Forum économique mondial estime que l'IA, la robotique et l'automatisation pourraient déplacer 92 millions d'emplois d'ici 2030, tout en en créant 170 millions de nouveaux. Bill Gates, quant à lui, prédit la disparition de la plupart des métiers actuels d'ici 2035.
Pourtant, des voix s'élèvent pour tempérer cet enthousiasme. Un rapport Thomson Reuters de 2025 montre que les avocats, comptables et auditeurs expérimentent certes l'IA pour des tâches ciblées comme la revue documentaire, mais les résultats sont encore loin de signaler un remplacement massif des emplois. Une étude de l'organisation METR a même révélé que l'IA ralentissait les développeurs de 20 % sur certaines tâches, les obligeant à vérifier et revérifier les résultats produits par la machine.
Les critiques soulignent une distinction fondamentale : automatiser 80 % des tâches d'un analyste financier ne signifie pas supprimer son poste. Les 20 % restants – le jugement, la relation client, la navigation dans les dynamiques organisationnelles, les décisions éthiques – résistent bien davantage à l'automatisation. Comme le rappellent plusieurs observateurs, Suleyman occupe un poste stratégique qui l'incite à amplifier à la fois la promesse et l'urgence de l'IA. Sa prédiction doit être lue comme un signal industriel majeur, non comme une prophétie déterministe.