sfy39587stp17
Aller au contenu principal

Meta brevète une IA capable de maintenir actif le compte d'un défunt

Meta, la maison mère de Facebook et Instagram, a obtenu fin décembre 2025 un brevet décrivant un système d'intelligence artificielle capable de prendre le contrôle du compte d'une personne décédée. Cette technologie, révélée par Business Insider, permettrait de continuer à publier du contenu, répondre aux messages et même passer des appels vidéo en imitant le comportement numérique du défunt. Une avancée qui soulève autant de fascination que d'inquiétude éthique.

Le brevet, déposé en 2023 et accordé en décembre dernier, porte la signature d'Andrew Bosworth, directeur technique de Meta. Le document décrit un modèle de langage de grande taille (LLM) entraîné sur l'ensemble des données numériques d'un utilisateur : publications, commentaires, réactions, messages privés, historique de navigation et même messages vocaux. L'objectif affiché est de créer un « double numérique » capable de reproduire fidèlement le style d'écriture, les habitudes d'engagement et les préférences relationnelles du titulaire du compte.

Concrètement, cette IA pourrait « liker » des publications, commenter des photos, répondre à des messages directs, voire générer de nouvelles publications dans le ton caractéristique de la personne disparue. Le brevet évoque même des scénarios plus avancés, incluant la simulation d'appels audio et vidéo grâce à des technologies de clonage vocal et de deepfake. Le document justifie cette approche en notant que « l'impact sur les utilisateurs est bien plus grave et permanent si cet utilisateur est décédé et ne peut plus jamais revenir sur la plateforme de réseau social ».

Une « technologie du deuil » qui divise les experts

Cette initiative s'inscrit dans le champ émergent de la « grief tech », ces technologies conçues pour préserver ou recréer des aspects de la présence numérique d'une personne après sa mort. Meta n'est d'ailleurs pas le premier géant technologique à explorer ce terrain. En 2021, Microsoft avait déjà breveté un chatbot capable de simuler des conversations avec une personne décédée. Des plateformes comme Replika ou You, Only Virtual proposent déjà des expériences similaires à leurs utilisateurs.

Mais la portée du brevet de Meta va bien au-delà d'un simple chatbot. La capacité de publier activement sur les réseaux sociaux, d'interagir avec les proches du défunt et de simuler des appels vidéo soulève des questions fondamentales sur le consentement et la dignité post-mortem. Le Dr Tomasz Hollanek, co-auteur d'une étude de l'Université de Cambridge sur les technologies d'intelligence artificielle, alerte : « Il est vital que les services de vie numérique après la mort prennent en compte les droits et le consentement non seulement de ceux qu'ils recréent, mais aussi de ceux qui devront interagir avec ces simulations. »

Entre modèle économique et questions de société

Joseph Davis, professeur de sociologie à l'Université de Virginie, met en garde contre l'impact psychologique de ces outils sur le processus de deuil. « L'une des tâches fondamentales du deuil est de faire face à la perte réelle », rappelle-t-il. Simuler la présence d'un proche disparu pourrait créer une confusion émotionnelle et empêcher ce travail psychologique nécessaire à la reconstruction.

Au-delà de l'éthique, la dimension économique du projet interroge. Dans un modèle d'affaires fondé sur l'engagement des utilisateurs et la monétisation des données, un compte « immortel » qui continue à interagir représente une source potentielle de revenus perpétuels. Chaque interaction générée par l'IA produit de nouvelles données exploitables pour la publicité ciblée, un aspect que les critiques n'ont pas manqué de souligner.

Face à la controverse, Meta a pris ses distances avec le projet. Un porte-parole de l'entreprise a déclaré que le groupe n'a « aucun projet de donner suite à cet exemple », précisant que les brevets sont souvent déposés pour protéger des idées qui ne seront peut-être jamais concrétisées. Une position de prudence qui contraste avec les propos tenus en 2023 par Mark Zuckerberg lors d'un entretien avec le podcasteur Lex Fridman, où le PDG de Meta avait évoqué la possibilité pour l'IA d'aider les gens à « interagir avec les souvenirs de leurs proches », ajoutant que Meta finirait par « avoir la capacité » de créer des répliques numériques d'individus.

Si le brevet ne se transforme peut-être jamais en produit, il illustre une tendance de fond dans la Silicon Valley : la volonté de repousser les frontières de l'existence humaine jusque dans l'espace numérique. Une ambition qui, pour l'heure, se heurte à des questions auxquelles ni la technologie ni la société n'ont encore trouvé de réponses satisfaisantes.

sfy39587stp16